Le malheur du bas, Inès Bayard

Quatrième de couverture :

Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

L’avis de MadameOurse :

Pour ce roman, je vous propose volontairement une photo noir et blanc. Parce que la couverture est déjà en noir et blanc à la base mais aussi parce que la couleur n’a pas vraiment sa place dans cette lecture. Et le rayon de soleil en arrière plan est trompeur.

Surtout, n’achetez pas ce roman sans savoir de quoi il traite. C’est un livre qu’il faut être prêt à lire, il n’est pas à placer entre toutes les mains et il faut pouvoir le lire à un moment adéquat. C’est un premier roman de l’auteure et il ne vous laissera pas indemnes. Il commence avec un énorme parallèle, que l’on ne peut pas s’empêcher de faire avec le roman ayant obtenu le Goncourt 2016. Ici, comme dans Chanson douce, le roman s’ouvre sur un chapitre dramatique, celui de la fin. Débuter la lecture par la fin de l’histoire, lorsque l’histoire en question est un drame, c’est percutant. On sait déjà que l’histoire va très mal finir.

Et on ne va pas tarder à savoir pourquoi. C’est Marie qui va vivre ici le drame d’une vie. Marie, parisienne, mariée, adorant son job, dynamique et prête à avoir des enfants. Marie qui va croiser la route d’un responsable hiérarchique paraissant bien sous tous rapports. Il lui propose de la raccompagner chez elle un soir où elle retrouve son vélo en miettes là où elle l’avait attaché. Et cet homme va effectivement la ramener chez elle mais non sans la violer, sauvagement, dans sa voiture, à 2 pas de chez la jeune femme.

Inès Bayard nous livre une scène très dure à lire, qui ne sera pas la seule du roman. A partir de ce crime que subit Marie, sa vie ne sera jamais plus la même. D’autant qu’elle se réfugie dans le silence, seule échappatoire qu’elle imagine possible. J’étais déjà remuée par l’horreur qu’elle avait subie mais j’étais en plus témoin de son silence. Horrifiée, j’avais envie de lui hurler : « parle ! ». D’autant qu’elle a, il me semble, un entourage à qui elle pouvait se confier. Mais bien sûr, son violeur l’a menacée et, bien sûr, cela a fonctionné. Ce livre est dramatique car il nous montre aussi le poids du silence. Lire ce roman, alors que #MeToo est encore si frais dans nos esprits, c’est un électrochoc de plus.

Je suis mère de deux petites filles et j’aimerais que TOUTES les femmes du monde soient armées pour faire face à ces crimes. Et je ne parle pas là d’une vraie arme mais de la possibilité de se défendre, après coup certes, en parlant. En allant consulter pour soigner le corps et l’âme. En portant plainte et en obtenant réparation de la justice. Sans être roulée dans la boue à travers un procès où il sera possible d’entendre des choses atroces, venant soutenir le viol. Que le silence n’ait plus sa place, jamais, nulle part, qui que soit le criminel, qui que soit la femme agressée. Et c’est désolant parce que ce « choix » du silence (comprenons le bien, ce n’est pas vraiment un choix ou alors par défaut) va transformer Marie en un véritable monstre…

Car Marie va se rendre compte, rapidement après ce viol, qu’elle est enceinte. Et son esprit va se dire que forcément, l’enfant est celui de son violeur (alors qu’en réalité son mari peut tout aussi bien l’être). Forcément, elle ne veut pas de cet enfant, elle va essayer sans succès de s’en débarrasser. C’est ainsi que la vie de Marie se poursuit dans l’horreur. Elle est une mauvaise mère car elle ne veut pas de ce rôle de mère. Son couple n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été, sa vie sexuelle est un désastre. Marie va réagir très bizarrement sur ce point, tentant de sauver les apparences en continuant à avoir des rapports dont elle ne veut pas. L’auteure ne nous épargne pas sur ce plan et le livre nous amène plusieurs autres pages difficiles à lire. Je faisais des pauses dans ma lecture par moments, me demandant si j’avais vraiment envie de poursuivre, de lire cet insoutenable…

Et la lecture va aller croissant dans la douleur, dans l’effroi, dans le traumatisme de ce viol dont on comprend bien qu’il ne sera pas possible de sortir guéri. Nous ramenant alors à ce premier chapitre dramatique…

Ma notation :

Je ne peux pas « noter » ce livre, je ne peux pas le qualifier de coup de cœur, son thème en est bien trop dur pour ça. Mais je peux remercier son auteure de nous avoir livré ce récit électrochoc. Et souhaiter très fort que d’autres auteurs continuent à écrire ce genre de livres. Certes, ils dérangent, ils sont durs à lire. Mais ils sont nécessaires si l’on ne veut pas avancer dans l’ignorance. Et je sais qu’il y a malheureusement beaucoup de sujets sur lesquels il y a des choses à dire.

A vous de voir si vous souhaitez lire ce livre, si vous avez les ressources pour faire face à ce qui y est dit. Je ne veux pas juger, c’est un livre dur et il est compréhensible que certaines personnes ne puissent pas, ne veuillent le lire. Je souhaite juste que ceux d’entre vous qui le liront le fassent en étant avertis.

(Roman lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire Rakuten)

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3 commentaires sur « Le malheur du bas, Inès Bayard »

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