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L’heure des chiens, Thomas Fecchio

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Quatrième de couverture :

En l’espace d’un week-end, le quotidien de la ville de Soissons sombre dans le chaos. Les tombes musulmanes de la nécropole dédiée aux soldats de 14-18 sont atrocement profanées et de l’autre côté de la ville, Julia, en convalescence à la suite d’un accident traumatisant, trouve une main sauvagement coupée sur les berges de l’Aisne.
L’adjudant Gomulka, gendarme désabusé et proche de la retraite, se voit confier ces deux enquêtes.

Face à la violence et la noirceur de ces crimes, il ne s’opposera pas à ce que le lieutenant Delahaye, surnommé « la Machine », lui prête main forte. Au cœur d’une ville qui porte les stigmates du premier conflit mondial, les deux hommes vont devoir démêler l’écheveau de ces deux affaires, qui n’en formeront peut-être qu’une. « L’invasion s’arrête ici ».

L’avis d’Audrey :

Les premiers moments du roman, m’ont tout de suite fait comprendre que j’aimerai cette histoire. Une impression de lire du Nicolas Lebel, ma belle découverte dans ce genre,  c’est vous dire la qualité de cet auteur alors. Des personnages charismatiques, une enquête qui part dans tous les sens, très addictive et qui réserve pas mal de surprises.

L’ambiance est posée d’emblée lorsque, à peu près au même moment, un carré musulman d’un cimetière dédié à la 1ere guerre mondiale est profané, et qu’à l’autre bout de la ville de Soissons, on trouve une main découpée au bord d’un cours d’eau. Rapidement, Julia Laurenson qui a trouvé la main, semble suspecte, au vu de nombreuses caractéristiques de son passé et vécu. L’enquête est menée par un duo de policiers, loin d’être lisses. J’aime ce genre de personnages, cabossés par la vie et qui donne beaucoup de relief à l’intrigue.

Une intrigue, qui justement va nous mener vers de multiples pistes, entre concurrence professionnelle ou groupes d’extrême droite (Un mal qui ronge la société, et dans mon bassin sinistré, tout comme dans le Soissons du roman, ce poison nationaliste est bien trop présent). Les scènes fortes et assez dures se succèdent, l’ambiance est pesante et noire, mais reste largement supportable pour moi qui n’apprécie pas les thrillers trop « hard ».

Un roman difficile à reposer une fois que l’on a mis un pied à Soissons pour résoudre cette enquête. J’ai trouvé l’écriture très visuelle, avec un rythme intense. Je ne fus donc pas étonnée après ma lecture de constater que l’auteur est également scénariste, et qu’il a contribué notamment à quelques épisodes de la série Candice Renoir si j’ai bien compris.

Ma notation:

Un polar brillant et une rencontre réussie avec cet auteur et ses personnages.

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(Roman lu dans le cadre des opérations masse critique de Babelio.com)

Les promises, Jean-Christophe Grangé

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Quatrième de couverture :

Les Promises, ce sont ces grandes Dames du Reich, belles et insouciantes, qui se réunissent chaque après-midi à l’hôtel Adlon de Berlin, pour bavarder et boire du champagne, alors que l’Europe, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, est au bord de l’implosion.
Ce sont aussi les victimes d’un tueur mystérieux, qui les surprend au bord de la Spree ou près des lacs, les soumettant à d’horribles mutilations, après leur avoir volé leurs chaussures…
Dans un Berlin incandescent, frémissant comme le cratère d’un volcan, trois êtres singuliers vont s’atteler à l’enquête. Simon Kraus, psychanalyste surdoué, gigolo sur les bords, toujours prêt à faire chanter ses patientes. Franz Beewen, colosse de la Gestapo, brutal et sans pitié, parti en guerre contre le monde. Mina von Hassel, riche héritière et psychiatre dévouée jouant les martyrs dans un institut oublié.
Ces enquêteurs que tout oppose vont suivre les traces du Monstre et découvrir une vérité stupéfiante. Le Mal n’est pas toujours du côté qu’on croit…

L’avis d’Audrey :

Aujourd’hui parait ce nouveau roman de Jean-Christophe Grangé. Un auteur dont on n’a jamais parlé avec Laure, un univers peut-être un peu trop éloigné de ce que l’on aime lire. Je me souviens avoir lu Kaiken il y a plusieurs années, et j’en avais gardé un souvenir assez malaisant : l’histoire d’un tueur en série qui s’en prenait aux femmes enceintes… brrrrr

Dans Les promises, ce qui a motivé ma lecture, c’est le contexte historique. On est à la fin des années 30, à Berlin, quelques semaines avant que la guerre ne soit déclarée. Le premier personnage que l’on va rencontrer est Simon Krauss. Il est psychanalyste, spécialiste des rêves, et dans son bureau défile le beau monde de la capitale, dont de nombreuses femmes, épouses des élites du parti national socialiste. Il va les écouter, noter le contenu de leurs songes mais en profite surtout pour les mettre dans son lit afin de les faire chanter. Tout s’envenime pour lui, lorsque l’une de ses patientes est retrouvée morte.

C’est Franz Beewen, un agent de la Gestapo, brutal, froid et cynique qui se charge de l’enquête. Il n’a aucune confiance en Simon, et pourtant il va avoir besoin de lui lorsque d’autres meurtres ont lieu, pour essayer de comprendre ce qu’il se passe et qui peut bien en vouloir à ces femmes. Tous deux vont s’accompagner également de Mina Von Hassel, une psychiatre talentueuse, bien qu’alcoolique et torturée.

Le trouble s’installe quand un point commun semble relier les meurtres : un homme au visage de marbre. Qui est-t-il ? Pourquoi ce masque ? L’enquête s’annonce compliquée, il ne faut pas faire de vague au sein du parti et se méfier de tous.

Ce roman a exigé une lecture très patiente et minutieuse. Le roman est dense, tout est finement détaillé et rend l’histoire très riche et infiniment passionnante. J’ai passé ces 650 pages au cœur de Berlin, dans son ambiance nauséabonde en plein nazisme. L’auteur nous décrit les rues, les paysages, les travaux. Les personnages sont présentés dans toute leur noirceur et vérité. Ils sont imparfaits pour beaucoup, mais on sait pourquoi. Tout est expliqué, décortiqué.

Cette histoire de tueur en série est glaçante et je me suis vite sentie passionnée par ce fait-divers. A cette enquête policière vient se lier le thème de la psychanalyse, de l’étude des songes. Tout le travail documentaire mis à profit pour rendre ce thème complet est très instructif (On est juste après les années Freud, avec l’essor de cette discipline.) Le récit est très addictif, révélant de nombreuses surprises.

Un thriller historique au cœur du mal, mais le monstre ne se cache pas forcément où l’on pense.

Ma notation:

Je ne pourrais pas comparer ce roman à d’autres titres de l’auteur. Mais je peux dire que j’ai été carrément bluffée par ce roman, une histoire et une plume comme je n’ai pas lu depuis longtemps.

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(Merci à Stéphane de chez 20 minutes pour la lecture)

Tout le monde savait, Valérie Bacot

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Quatrième de couverture :

Tout le monde savait. Tout le monde se doutait. Beaucoup de gens avaient leur petite idée de ce qui pouvait m’arriver dans l’intimité du foyer. Les coups, la violence banalisée, les humiliations quotidiennes… Tous les invariables de cette vie qui n’en est pas vraiment une. Un jour, pour qu’il ne nous tue pas, je l’ai tué.

Depuis cette nuit-là, celle du 13 mars 2016, le sommeil ne m’a plus jamais trouvée.

Je pense à mon procès. Ces cinq jours devant la cour d’assises de Chalon-sur-Saône, au cours desquels la société va me demander de raconter mon histoire. C’est encore un combat entre lui et moi.

Est-il possible qu’on me comprenne ? Vais-je être écoutée, ou entendue ? Est-il encore capable de me faire du mal, de m’envoyer finir ma vie en prison ?

Dès l’âge de douze ans, Valérie Bacot connaît la peur et l’emprise auprès de Daniel, son beau-père, son violeur, puis son mari et proxénète. Elle raconte ici sa vérité, celle de la tyrannie quotidienne et de l’abandon.

L’avis de Laure :

Je voulais lire ce témoignage comme j’ai lu celui de Betty Mannechez, Ce n’était pas de l’amour. Et une fois de plus, j’ai plongé dans l’enfer de l’histoire de Valérie Bacot. Avec toujours en arrière pensée : comment de telles choses peuvent encore avoir lieu aujourd’hui ? aux yeux de tous ?

Valérie Bacot a subi un beau père violeur, violent, maltraitant. Devant une mère qui savait mais n’a jamais rien fait pour protéger sa fille. Il y a eu dans son parcours, une dénonciation, qui vaudra à Daniel quelques années derrière les barreaux. Et qui permettra à Valérie de vivre quelques années d’adolescence paisible. Ca aurait pu bien tourner, un homme derrière les barreaux, la justice présente, qui met fin aux viols et violences subis par une adolescence. 

Oui mais, un jour il sort. Et tout recommence. Pire même puisque c’est toute la vie d’adulte de Valérie qui va se trouver à présent anéantie. Car cet homme, dont la justice a pourtant reconnu qu’il n’avait pas à avoir de relations avec sa belle fille, va non seulement se remettre en couple avec elle (sans qu’elle l’ait choisi bien sûr), mais va ensuite devenir le père de 4 enfants qu’ils auront ensemble et le mari de Valérie. On entre dans le détail d’une vie de famille où rien, absolument rien n’est normal, heureux, serein, apaisé, dès lors que Daniel est présent au foyer. Violences psychologiques, physiques, viols, maltraitance en tout genre, contrôle de chaque instant de sa vie, interdits en pagaille…. Ce sera ça la vie d’adulte de Valérie.

Pire, car il va l’empêcher de travailler en lui reprochant de ne rien rapporter au foyer (sic), il va alors décider de la prostituer. En lui amenant des clients violents et en gardant un oeil pervers sur tout ce qu’il se passera. Et c’est 2 décennies que Valérie va tenir ainsi. Cela me parait inimaginable. Même si, comme elle nous l’explique, elle l’a fait pour ses enfants. Jusqu’au jour de trop, au moment où elle va prendre conscience qu’il lui faut protéger sa fille à présent également. Alors, elle va mettre fin à ses tortures, de la pire des manières qu’on puisse imaginer ou bien de la seule qui lui semblait possible : le tuer lui avant qu’il ne la tue elle ainsi que leurs enfants.

Et c’est là que s’ouvre la médiatisation d’une histoire familiale affreuse. Là aussi que Valérie va apprendre ce qui se cachait aussi dans le passé de Daniel. Un être qui a été malfaisant dès son plus jeune âge, envers tous. Tout le monde savait, c’est ce titre qui fait froid dans le dos, tout le monde avait peur de cet homme, tout le monde le savait capable du pire. Pourtant, une peine derrière les barreaux n’a pas mis fin au triste destin de Valérie. Et on lit son témoignage avec la rage de tous ces silences, celui d’un juge, d’une famille, d’une mère, de voisins, etc. Inadmissible et épouvantable. J’aimerais espérer que la médiatisation de ces drames familiaux soit enfin l’électrochoc qui va changer les choses de manière définitive et durable. Car la loi française se doit de mettre à l’abri tous ces mineurs maltraités. Et tous, nous sommes concernés, pour sortir du silence, sitôt que l’on aurait connaissance d’une personne de notre entourage qui subirait elle aussi des faits aussi dramatiques. Changeons ! et vite.

Ma notation :

Un témoignage court, qui peut sembler incomplet par moment mais qui bouleverse et glace.

Plus fort qu’elle, Jacques Expert

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Quatrième de couverture :

Cette nuit-là, dans la banlieue chic de Bordeaux, Cécile, 44 ans, est réveillée par une voix familière : « Debout, il faut qu’on parle. » Quelques instants après, elle est précipitée dans l’escalier de marbre de sa maison et tuée sur le coup.

Aux origines du meurtre, la police le comprend très vite, il y a la liaison passionnée entre le mari de Cécile et son assistante, Raphaëlle. Liaison pour laquelle Raphaëlle a tout quitté, y compris ses enfants, métamorphosée par cet amour plus fort qu’elle. Qui a tué Cécile ? Le mari, la maîtresse ? Les deux ensemble ?

L’avis d’Audrey :

Ce roman c’est l’histoire banale d’un homme, Patrick, marié et père de deux enfants, qui a besoin de tester ses charmes auprès d’autres femmes que la sienne. En prenant un nouveau poste, son assistante Raphaëlle est tout de suite séduite. Pour lui elle va tout quitter, mari et enfants. Plus rien ne comptera à part les quelques heures qu’elle peut passer auprès de lui lors de rendez-vous furtifs.

Alors quand plus de deux ans après le début de cette liaison, Clémence l’épouse trompée est retrouvée morte chez elle, on comprend bien pourquoi la police soupçonne le mari puis l’amante d’être derrière cet accident.

Ce qui est original avec ce roman, c’est qu’en tant que lecteur, on sait ! On sait ce qui s’est passé. On sait qui du mari ou de l’amante ment et manipule tout le monde autour de soi. On assiste aux manigances et aux stratagèmes pour arriver à ses fins. C’est habile et purement addictif comme façon de raconter une histoire. J’avais peur de m’ennuyer, après tout quel intérêt de lire un roman où l’on pense tout savoir. Mais suivre l’enquête, tout en étant dans la confidence est assez jubilatoire.

J’ai retrouvé avec ce roman tout le style propre à l’auteur. Une plume nette, sans fioritures et qui avec peu de choses peut vous rendre l’ensemble du récit totalement passionnant. Le titre laisse supposer qu’il faut peut-être se méfier des apparences. Pour cela, lisez le roman pour voir quel final nous réserve cet auteur.

Ma notation:

Un roman captivant, qui en partant d’un fait divers commun va vous faire tourner la tête.

Ce n’était pas de l’amour, Betty Mannechez

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Quatrième de couverture :

Aux yeux de tout le monde, la famille de Betty est dévouée et aimante. Dans son village de la région parisienne, elle donne l’impression d’une famille parfaite avec un père qui travaille dans l’informatique et une mère au foyer modèle. Mais, derrière les portes closes de la maison, les parents se révèlent être de véritables bourreaux.

Les enfants subissent sans arrêt coups et insultes. Pire  : le père de Betty commence à abuser d’elle, un calvaire qui durera des années. Virginie, sa sœur, subit le même sort, jusqu’au jour où un enfant naît de ces abus répétés.

Épuisée, écœurée, Betty trouve la force de dénoncer son père à la justice française. Mais, là encore, la jeune femme se retrouve seule face à un système insensible, incapable d’agir. Et, pendant dix années, les abus vont continuer. Jusqu’à l’impensable…

L’avis de Laure :

Ces dernières semaines, j’ai regardé sur Internet plusieurs interventions TV ou dans les médias de Betty Mannechez et d’une autre jeune femme ayant subi l’inceste d’un beau père. J’ai voulu en savoir plus en lisant le témoignage de Betty Mannechez. 

Et, fiou ! Bien évidemment, il est question d’une famille incestueuse et violente alors ce n’est pas une lecture gaie, ce n’est pas ce que je recherchais en le lisant. Mais je le referme admirative du parcours de reconstruction de Betty, la lire aujourd’hui, faire l’analyse de son vécu, savoir ce qu’elle en a tiré dans sa vie personnelle me stupéfie. Je n’ose imaginer la force qu’il faut pouvoir puiser en soi pour avoir cet aboutissement.

Dans la famille de Betty, tout était anormal, 2 fils, 2 filles (avant une 3ème née plus tardivement), aucun amour, une vie de violence, de brimades, de rejet. Pire, les parents ont construit un cadre familial dans lequel les enfants entre eux n’avaient aucun lien, histoire de bien les asservir au maximum. En les coupant les uns des autres, ils évitaient tout risque d’alliance contre leurs bourreaux. Avec cette lecture, on comprend comment peu à peu l’emprise se construit. Betty, sa sœur aînée et leurs deux frères n’ont rien connu d’autre. Et surtout, quelle horreur de voir à quel point l’entourage plus ou moins proche a été aveugle. Lorsque le père a commencé à violer ses filles, Betty est tombée enceinte. Elle a avorté par 3 fois à 13, 15 et 17 ans. Et ces avortements si jeune, n’ont pas questionné. Pas plus que tant d’autres éléments de l’histoire qui sont pourtant choquants quand on les lit.

A travers cette lecture, j’ai pris conscience du rôle que la société a à jouer contre les parents incestueux. Il y a tant d’enfants concernés et tant d’adultes de leur entourage qui ferment les yeux. C’est épouvantable de penser à toutes ces vies qui vont se construire dans la violence et la destruction. Comment se relever ensuite ? On le voit bien avec Betty ici, impossible de s’en sortir indemne.

Car Betty a quand même fini par prendre la fuite et dénoncer ses bourreaux (car la mère était tout aussi coupable). Il y a eu un procès. Biaisé parce que les enfants avaient toujours des contacts avec leurs parents, qui ont su faire pression sur eux, qui ont aussi su se défendre à grand renfort d’avocats payés à prix d’or. Ce simulacre de justice est lui aussi épouvantable. Quand on lit des mots comme « il peut y avoir des incestes heureux » cela sous entend qu’on ne punira pas systématiquement l’inceste et c’est inimaginable.

Je pourrai vous dire encore bien des choses sur l’histoire de Betty qui va aller jusqu’au bout dans le drame car, à aucun moment, aucun des enfants de cette famille ne sera protégé contre leurs bourreaux. Lisez-le ! Nous avons tous besoin de savoir ce qu’il se passe dans ces familles pour ouvrir les yeux. Nous serons peut-être demain le soutien d’un enfant qui en a besoin.

Ma notation :

Un témoignage glaçant mais nécessaire.