Archives du mot-clé viol

Et j’ai cessé de t’appeler Papa, Caroline Darian

009

Quatrième de couverture :

Le 2 novembre 2020, Caroline Darian reçoit un appel de la police de Carpentras. Son père est en garde à vue. La saisie de son matériel informatique révèle l’impensable : depuis 2013, il drogue sa femme avant de la livrer, inconsciente, à des hommes, de tous les horizons et sans contrepartie.

Caroline Darian, femme debout, raconte cette déflagration, le périlleux vertige de découvrir qu’une personne aimée, son père, est capable du pire.
Elle alerte aussi sur la soumission chimique, quand l’armoire à pharmacie du foyer se transforme en arme préférée des violeurs…

Une voix forte, exceptionnellement courageuse, qui révèle une autre facette des violences faites aux femmes.

L’avis de Laure :

C’est toujours difficile de parler d’un témoignage. Ici, en effet, il ne s’agit pas de juger d’une histoire racontée mais de se plonger dans une histoire vraie et bien souvent dramatique. Je ne connaissais pas du tout l’histoire de Caroline Darian et de sa mère avant de découvrir ce témoignage édité par les éditions Lattès.

C’est une plongée dans l’enfer et l’insoupçonnable que la famille a fait un jour de 2020. Le père est interpellé et sa femme et leurs 3 enfants adultes, dont Caroline qui relate l’histoire, sont mis au courant des faits commis : le père a drogué sa femme pendant une dizaine d’années pour la violer et la livrer à divers violeurs. Pour preuve, photographies et vidéos de tous ces viols seront facilement retrouvés par les enquêteurs.

Pour la famille c’est le ciel qui leur tombe sur la tête. Cela vient expliquer un petit peu les absences que leur mère pouvait avoir. Mais c’est aussi le début d’un parcours du combattant, un parcours juridique qui ne prendra fin qu’avec le procès, prévu en 2024. Caroline est elle même également victime puisque des photos d’elle sont aussi retrouvées, ainsi que de ses belles sœurs, les épouses de ses frères. Victimes de voyeurisme ou plus, on ne le sait pas. Caroline s’écroule bien évidemment, elle remet en lumière toutes les années passées à la lumière de cette nouvelle facette de son père, celle de l’horreur. Sa mère ne réagit pas de la même manière et c’est aussi source de tensions avec Caroline.

Si ce témoignage éclaire de l’intérieur comment une famille peut vivre un tel drame, comment on peut se reconstruire et tenter de continuer à avancer, c’est aussi un choc considérable que de se rendre compte que la drogue du violeur qui fait beaucoup parler n’est pas que celle qui peut être utilisée en boite de nuit ou autre lieu public. Imaginer qu’un proche puisse sciemment droguer son épouse, à domicile, pendant des années, c’est choquant ! Les médecins consultés n’ont rien vu, jamais aucune analyse de sang n’a été prescrite, le père parvenait visiblement facilement à obtenir tous les médicaments nécessaires pour droguer sa femme.

Et le cas de cette famille ne serait pas isolé, il éclaire alors un pan très méconnu des crimes familiaux. Je trouve ça important d’en entendre parler, de savoir que cela existe. Et j’espère que le traitement judiciaire réservé à cette affaire où sont inculqués, outre le père, des dizaines d’hommes concernés, sera à la hauteur.

Ma notation :

Un crime choquant mais une lecture nécessaire.

Merci à Marion des éditions JC Lattès pour cette lecture

J’étais si jolie, Katie Piper

010

Quatrième de couverture :

Katie Piper était belle, jeune et insouciante jusqu’à ce qu’un homme l’asperge d’acide.

Défigurée après avoir connu le pire de la violence dans sa relation amoureuse, Katie a toute une vie à reconstruire. Un chemin d’épreuves fait de découragement mais aussi d’espoir, qu’elle nous dévoile dans ce récit puissant.

Sincère et émouvante, Katie répond à l’horreur avec une incroyable force de vie.

L’avis de Laure :

Je lis de temps à autre des témoignages comme celui-ci, les sujets durs ne me font pas peur, je trouve ça important d’avoir conscience des horreurs qui peuvent avoir lieu dans le monde. Et l’histoire de Katie Piper ne fait pas défaut. 

Cette jeune femme avait tout, sa beauté lui avait ouvert les portes du mannequinat et elle commençait à se faire connaitre comme présentatrice TV. Il lui manquait l’amour pour se sentir pleinement heureuse. Le jour où elle rencontre Danny, parfait en toutes apparences, elle se dit qu’elle va enfin pouvoir construire un avenir. Mais jamais elle n’aurait imaginé à quel point cet homme abject allait finalement la détruire.

Tout m’a mis la puce à l’oreille très vite et c’est dommage qu’il n’en ait pas été de même  pour Katie, j’ai été navrée de l’enchainement d’évènements que va subir Katie dont la pire partie aurait pu, je pense, être évitée. C’est d’abord un homme qui va peu à peu emprisonner Katie moralement. Ainsi, elle n’ose pas dire non quand il lui propose une nuit à l’hôtel. Quand elle dit non, il est alors trop tard, elle va vivre une nuit d’horreur. Le lendemain, à force de mots, elle parvient à le convaincre de la libérer. Mais elle est sous son joug moralement et n’osera pas porter plainte, seule solution qui aurait pu permettre à ce qu’il cesse à lui nuire. Elle est sous son emprise et même si elle parle à ses amis, convaincue qu’elle pourra fuir sous peu, partir à l’étranger et ne jamais le revoir, aucun d’entre eux ne lui dit « non Katie, on porte plainte, tout de suite ». C’est tristement révélateur malheureusement du fait qu’être victime ne suffit pas à mettre en marche la justice.

Il restait seulement quelques heures à Katie avant de pouvoir se mettre en sécurité. Quelques heures qui ont suffit à faire tourner sa vie au cauchemar. Un verre d’acide, une souffrance épouvantable et un parcours du combattant pour se relever, se battre pour sa survie et pour la condamnation des deux hommes à l’origine de cet horrible crime. On suit un parcours médical semé d’embûches, de douleurs, de dizaines d’opérations. La reconstruction et l’acceptation nécessaire d’un nouveau visage. Le nouveau sens à imaginer à sa vie. Cette partie médicale est fort bien décrite et Katie Piper nous montre vraiment quel parcours du combattant cela représente.

Plus tard, la jeune femme se relève enfin et décide de vivre. En aidant les autres, victimes eux aussi de brûlures graves. La jeune femme est héroïque sur ce plan et je ne peux que saluer l’énergie et l’investissement notable qu’elle a mis en œuvre une fois le pire passé. 

Ma notation :

Une lecture nécessaire et instructive.

(Livre lu dans le cadre des Masse Critique Babelio)

Délivre nous du mal, Chrystel Duchamp

6KZI5EwpTU+2W5vmECTQOg

Quatrième de couverture :

Février 2018. Anaïs sollicite l’aide de son ami Thomas Missot, commandant à la PJ de Lyon. Pour elle, pas de doute, sa sœur Esther a été enlevée. Pourquoi aurait-elle, sinon, laissé derrière elle ses clés de voiture, ses papiers et son téléphone portable ?
Les mois passent et, tandis que l’enquête s’enlise, d’autres jeunes femmes se volatilisent. Jusqu’à ce qu’un corps soit retrouvé pendu dans une usine désaffectée, le crâne rasé, la langue sectionnée. Puis un deuxième…
Thomas sait désormais qu’un tueur en série sévit dans la région. Mais il ignore encore que ces cadavres ne sont que la partie immergée du plan machiavélique d’un individu avide de vengeance…

L’avis d’Audrey :

Après L’art du meurtre et Le sang des Belasko, Chrystel Duchamp nous livre ici un troisième roman, au ton et au scénario encore une fois bien différents. On peut dire que l’auteure sait se renouveler, tout en gardant son style d’écriture et sa plume pleine de talent.

Thomas, commandant à la PJ de Lyon, passe beaucoup de temps dans ses enquêtes pour oublier un peu sa vie bancale. Il n’y a que sa fille Léa, qui lui fait dire qu’il n’a finalement pas tout merdé dans sa vie personnelle. Notre flic va être contacté par Anaïs, une amie, qui s’inquiète de la disparition de sa sœur Esther. Cette dernière est introuvable, laissant chez elle papiers, téléphone et affaires. Rien ne permet de savoir ce qu’il s’est passé, pas même les pistes qui mènent vers son ancien petit-ami.

Après plusieurs mois de vaines recherches, l’enquête est relancée quand une jeune fille est trouvée pendue dans une usine désaffectée. Tout pourrait laisser croire à un suicide, mais le détail de sa langue coupée laisse présager que les raisons de sa mort soient plus sordides que cela. Et si Esther était mêlée à cette affaire ? Et si elle avait été victime de ce tueur ? Est-elle encore séquestrée ? Tant de questions que Thomas va essayer de résoudre, dans une enquête aux multiples rebondissements au climat sombre, violent et anxiogène.

3 parties, pour mieux comprendre et nous amener doucement vers le dénouement. Disparaitre – Mourir – Renaitre. J’avoue que la troisième partie a failli me perdre. Je ne comprenais pas pourquoi l’auteure nous amenait vers un changement total d’intrigue. J’avais bien compris que Thomas, notre flic, avait besoin de mettre le nez dans une nouvelle affaire après des mois sans résultat dans les recherches d’Esther. Mais Chrystel Duchamp a vite balayer mes doutes. Rien n’arrive sans raison, et tout a une origine et une explication (aussi technique et scientifique soit-elle). Et comme elle le dit si bien dans sa dédicace :

eUrhm+BdR3m213ASnZ1wsw

Ma notation:

Un très bon thriller malgré un thème central que j’ai tendance à fuir comme la peste.

archipel

(Merci à Mylène de L’Archipel pour la lecture)

La bête en elles, Camille Lysière

009

Quatrième de couverture :

Le bac en poche, Marie quitte sa province pour prendre un job d’été à Paris. Tous les possibles s’offrent à elle. Elle sera journaliste peut-être comme Olivier, l’ami de son père qui l’héberge avec sa femme pendant son séjour. L’homme se montre froid et distant d’abord. Puis il finit par lui prêter attention et Marie se réjouit de leurs tête-à-tête complices dans son bureau. Leur belle relation pourtant dérape. Quand Olivier s’invite dans sa chambre, elle se débat, mais cela ne suffit pas. Marie est dévastée. Aurait-elle séduit Olivier sans le vouloir ? Alors elle se tait. Elle étouffe sa honte et sa douleur qui font grossir la bête en elle. Marie n’est pas seule. Elle vit en 2009 ce que d’autres jeunes femmes de 17 ans comme elle ont vécu en un autre temps. Claudine en 1937, Isabelle en 1973 et Amandine en 1990. Traversant les époques, ce roman saisissant nous donne à lire la même histoire : le tragique et l’arbitraire du viol qui vient briser les destins.

L’avis de Laure :

Claudine, 1937.
Isabelle, 1973.
Amandine, 1990.
Marie, 2009.

Quatre femmes, une seule histoire. Deux mois d’été à Paris, pour travailler et gagner de l’argent, hébergée par un couple d’amis de leurs parents. Lui est d’abord complètement absent, ne lui adresse jamais la parole, ignore sa femme. Et puis il commence à parler littérature avec la jeune fille de 17 ans. Et un jour, c’est dans sa chambre qu’il se rend. Où elle va subir un viol. Duquel va s’ensuivre un été d’abus. Et pour la jeune fille, les interrogations permanentes de ce qu’elle aurait pu faire pour l’inciter à cela, comme si elle en était forcément responsable, l’ayant séduit sans vraiment le vouloir…

Des quatre jeunes filles anéanties, l’auteure raconte l’histoire, par alternance. Le récit reste linéaire, d’une jeune fille à l’autre. Et le lecteur recolle les éléments puisque toutes vivent la même chose. Ne changent que les prénoms des protagonistes et des éléments historiques qui font parfois varier quelque peu le contexte. Ce roman est donc d’une très grande originalité dans son écriture à travers ce procédé. C’est réussi parce que peu importe quelle jeune fille on suit, qui est la voix du moment, ne reste que le viol qui est venu dynamiter la vie d’une jeune fille de 17 ans.

Quelque que soit l’époque, aucune n’est armée, aucune ne portera plainte, ce ne sera toujours que non dit, culpabilité totale de ce dont elles sont pourtant victimes. Triste illustration d’un fait : la cause des femmes victimes d’un viol n’a pas évolué. Quand la vérité éclate dans le cercle familial, aucune n’a de soutien. Quand par la suite, les conséquences du viol viennent à nouveau perturber l’avenir des jeunes filles, il n’y a toujours pas de soutien. Alors, on assiste au déclin de nos 4 personnages, qui ne savent pas guérir de ce qu’elles ont subi, qui ne savent pas en parler, qui ne sont plus que colère. La bête en elles, elle nous fait peur, elle est triste, elle est injuste, elle ne devrait pas exister.

Ma notation :

Un sujet nécessaire servi par une narration audacieuse, originale et réussie.

Merci aux éditions Eyrolles pour cette lecture

Tout le monde savait, Valérie Bacot

3

Quatrième de couverture :

Tout le monde savait. Tout le monde se doutait. Beaucoup de gens avaient leur petite idée de ce qui pouvait m’arriver dans l’intimité du foyer. Les coups, la violence banalisée, les humiliations quotidiennes… Tous les invariables de cette vie qui n’en est pas vraiment une. Un jour, pour qu’il ne nous tue pas, je l’ai tué.

Depuis cette nuit-là, celle du 13 mars 2016, le sommeil ne m’a plus jamais trouvée.

Je pense à mon procès. Ces cinq jours devant la cour d’assises de Chalon-sur-Saône, au cours desquels la société va me demander de raconter mon histoire. C’est encore un combat entre lui et moi.

Est-il possible qu’on me comprenne ? Vais-je être écoutée, ou entendue ? Est-il encore capable de me faire du mal, de m’envoyer finir ma vie en prison ?

Dès l’âge de douze ans, Valérie Bacot connaît la peur et l’emprise auprès de Daniel, son beau-père, son violeur, puis son mari et proxénète. Elle raconte ici sa vérité, celle de la tyrannie quotidienne et de l’abandon.

L’avis de Laure :

Je voulais lire ce témoignage comme j’ai lu celui de Betty Mannechez, Ce n’était pas de l’amour. Et une fois de plus, j’ai plongé dans l’enfer de l’histoire de Valérie Bacot. Avec toujours en arrière pensée : comment de telles choses peuvent encore avoir lieu aujourd’hui ? aux yeux de tous ?

Valérie Bacot a subi un beau père violeur, violent, maltraitant. Devant une mère qui savait mais n’a jamais rien fait pour protéger sa fille. Il y a eu dans son parcours, une dénonciation, qui vaudra à Daniel quelques années derrière les barreaux. Et qui permettra à Valérie de vivre quelques années d’adolescence paisible. Ca aurait pu bien tourner, un homme derrière les barreaux, la justice présente, qui met fin aux viols et violences subis par une adolescence. 

Oui mais, un jour il sort. Et tout recommence. Pire même puisque c’est toute la vie d’adulte de Valérie qui va se trouver à présent anéantie. Car cet homme, dont la justice a pourtant reconnu qu’il n’avait pas à avoir de relations avec sa belle fille, va non seulement se remettre en couple avec elle (sans qu’elle l’ait choisi bien sûr), mais va ensuite devenir le père de 4 enfants qu’ils auront ensemble et le mari de Valérie. On entre dans le détail d’une vie de famille où rien, absolument rien n’est normal, heureux, serein, apaisé, dès lors que Daniel est présent au foyer. Violences psychologiques, physiques, viols, maltraitance en tout genre, contrôle de chaque instant de sa vie, interdits en pagaille…. Ce sera ça la vie d’adulte de Valérie.

Pire, car il va l’empêcher de travailler en lui reprochant de ne rien rapporter au foyer (sic), il va alors décider de la prostituer. En lui amenant des clients violents et en gardant un oeil pervers sur tout ce qu’il se passera. Et c’est 2 décennies que Valérie va tenir ainsi. Cela me parait inimaginable. Même si, comme elle nous l’explique, elle l’a fait pour ses enfants. Jusqu’au jour de trop, au moment où elle va prendre conscience qu’il lui faut protéger sa fille à présent également. Alors, elle va mettre fin à ses tortures, de la pire des manières qu’on puisse imaginer ou bien de la seule qui lui semblait possible : le tuer lui avant qu’il ne la tue elle ainsi que leurs enfants.

Et c’est là que s’ouvre la médiatisation d’une histoire familiale affreuse. Là aussi que Valérie va apprendre ce qui se cachait aussi dans le passé de Daniel. Un être qui a été malfaisant dès son plus jeune âge, envers tous. Tout le monde savait, c’est ce titre qui fait froid dans le dos, tout le monde avait peur de cet homme, tout le monde le savait capable du pire. Pourtant, une peine derrière les barreaux n’a pas mis fin au triste destin de Valérie. Et on lit son témoignage avec la rage de tous ces silences, celui d’un juge, d’une famille, d’une mère, de voisins, etc. Inadmissible et épouvantable. J’aimerais espérer que la médiatisation de ces drames familiaux soit enfin l’électrochoc qui va changer les choses de manière définitive et durable. Car la loi française se doit de mettre à l’abri tous ces mineurs maltraités. Et tous, nous sommes concernés, pour sortir du silence, sitôt que l’on aurait connaissance d’une personne de notre entourage qui subirait elle aussi des faits aussi dramatiques. Changeons ! et vite.

Ma notation :

Un témoignage court, qui peut sembler incomplet par moment mais qui bouleverse et glace.