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L’empathie, Antoine Renand

Quatrième de couverture:

 » Il resta plus d’une heure debout, immobile, face au lit du couple. Il toisait la jeune femme qui dormait nue, sa hanche découverte. Puis il examina l’homme à ses côtés. Sa grande idée lui vint ici, comme une évidence ; comme les pièces d’un puzzle qu’il avait sous les yeux depuis des années et qu’il parvenait enfin à assembler. On en parlerait. Une apothéose.  »
Cet homme, c’est Alpha. Un bloc de haine incandescent qui peu à peu découvre le sens de sa vie : violer et torturer, selon un mode opératoire inédit.
Face à lui, Anthony Rauch et Marion Mesny, capitaines au sein du 2e district de police judiciaire, la  » brigade du viol « .

L’avis d’Audrey :

J’ai gardé ce dernier titre de la sélection Prix Nouvelle Voix du Polar 2020 pour la fin car je sentais que ce livre allait être une sacré lecture. Les retours que j’en ai à la bibliothèque et les avis qui passent sur les blog ou chez les bookstagrameurs sont essentiellement positifs. J’ai donc commencé ce roman en me demandant s’il allait me plaire à moi aussi. Et contrairement aux 3 autres livres de la sélection, j’ai dès les premières lignes été embarquée par l’histoire et le style de l’auteur.

D’un coté un homme violent, torturé et monstrueux. Il observe, attaque, viole et tue ses proies : Alpha ou le lézard, surnom qui lui est donné car il se faufile par les fenêtres après avoir escaladé les façades d’immeubles. Il est intelligent, calculateur et froid.

De l’autre coté, deux enquêteurs qui peinent à remonter sa trace : Anthony (dit La poire) et Marion. Le lecteur est plongé au coeur de l’intrigue et prend place dans l’intimité de ces 3 personnages. On comprend ainsi les vécus, les blessures. Quelques chapitres nous emmènent dans le passé d’Anthony et Marion, une manière de nous montrer qui ils sont vraiment, et de mieux saisir alors la façon dont ils gèrent cette traque.

Avec ce roman, j’ai eu l’impression d’être montée à bord d’une montagne russe. Les émotions et les situations montent et descendent sans cesse, mélangeant tout un panel de ressenti. Tout est minutieusement bien décrit, travaillé, la psychologie des personnages nous est livrée avec tant de soin. C’est souvent violent, dérangeant et malsain.

La construction du récit m’a captivée, et il est impossible de poser le livre une fois que vous entrez dans l’histoire d’Anthony et de Marion. C’est intéressant de voir que la lumière n’est pas mise uniquement sur le méchant du roman. L’auteur détaille et gratte jusqu’à la plus infime trace la vie et la psychologie des enquêteurs.

Ma notation :

Un thriller qui claque et qui marque. Vous éprouverez de l’empathie pour les personnages…. ou pas.

La petite fille sur la banquise, Adélaïde Bon

Quatrième de couverture :

« Elle ne sent pas les méduses s’immiscer en elle ce jour-là, elle ne sait pas qu’elles vont la déporter de sa route, l’attirer vers des profondeurs désertes et inhospitalières, entraver jusqu’au moindre de ses pas, la faire douter de ses poings, rétrécir année après année le monde qui l’entoure à une poche d’air sans issue.
Personne ne la prévient, personne ne lui explique, le monde s’est tu. »
Quand ses parents trouvent Adélaïde muette et en pleurs, elle ignore ce qui lui est arrivé. Ils l’emmènent au commissariat et portent plainte contre X pour attouchements sexuels. Elle grandit sans rien laisser paraître, le sourire aux lèvres. Des années de souffrance et de solitude, à se battre contre les méduses.
Vingt-trois ans après, elle reçoit un appel de la brigade des mineurs. Un suspect a été arrêté. Tout s’accélère.

L’avis de Laure :

Une photo ultra sobre pour ce livre parce qu’il n’y a pas d’enrobage, parce que le sujet ne peut pas s’égayer. C’est ma copine Elodie qui m’a offert ce livre, lorsque je l’ai débuté elle m’a dit « il est dur ». Je l’ai refermé en me disant « il est très, très dur ».

Adélaïde Bon nous plonge dans son enfer. Commencé dans l’innocence de sa vie d’enfant. 9 ans, une cage d’escalier, un prédateur de la pire espèce et un traumatisme qui ne la quittera plus jamais.

On lit son enfance à partir de ce jour noir, l’enfance d’une petite fille traumatisée. Elle va avoir « la chance » de pouvoir en parler tout de suite. Ses parents sauront, une plainte sera déposée. Mais le mal est fait, la petite fille a déjà enfoui au fond d’elle même une partie de ce qu’elle a vécu. De là, sa vie ne sera qu’errance, une construction comme elle le peut, au gré de tous les moyens possibles pour se comprendre, pour avancer. Psychothérapies en tous genres, théâtre, médecines alternatives. Elle doit guérir pour se construire. Sauf que tout est si profondément enfoui en elle qu’elle ne sait même pas de quoi.

Elle a l’impression que le problème est ailleurs. Pourtant, c’est bien ce que ce serial violeur lui a fait qui l’a détruite. Il va lui falloir des années de cheminement pour que tout réapparaisse, aucun détail ne nous sera alors épargné. Et puis un jour, enfin, cet homme est identifié. Mêlé à une enquête de grande ampleur, 72 victimes connues au moment du procès. Des dizaines d’années de viols et agressions sexuelles sur mineures. Et un expert qui annoncera à la cour qu’on peut multiplier ce chiffre par 10. Pour toutes celles qui n’ont jamais parlé.

Ce livre est terrorisant, choquant, ulcérant, poignant, épouvantable, révoltant. Jusqu’au procès, aux mots des victimes. Et à la réponse de la justice constituée de prescriptions, de refus de reconnaître comme viols certains faits. [L’agression sexuelle est un délit, le viol est un crime. Le viol est constitué dès lors qu’il y a pénétration buccale, vaginale, anale par quelque objet que ce soit. Et cette définition là n’est malheureusement que très peu appliquée.]

Je suis admirative de la force d’Adélaïde. En la lisant, on comprend le chemin parcouru, l’énergie déployée. Elle n’a jamais lâché. Elle n’oubliera jamais. Pourtant elle a su se battre, pour elle, pour les autres victimes. Et cela demande une force considérable. Faire face encore à cet homme abject, à sa violence verbale, à l’image qu’il a de lui même. Quelle horreur.

Ma notation :

Un livre extrêmement dur. Qui met en lumière l’horreur de la pédophilie et des violences faites aux femmes de manière générale. Quand cela va-t-il ENFIN changer ? Il le faut ! On ne peut pas continuer à voir ainsi une partie de la population être détruite par de tels prédateurs.

 

Anatomie d’un scandale, Sarah Vaughan

Quatrième de couverture :

Kate vient de se voir confier l’affaire de sa vie, celle qui accuse l’un des hommes les plus proches du pouvoir d’un terrible crime. Kate doit faire condamner James Whitehouse. Sophie adore son mari, James. Elle est prête à tout pour l’aider et préserver sa famille. Sophie doit trouver la force de continuer comme avant.
Comme avant, vraiment ? Quels sombres secrets dissimule le scandale, et à quel jeu se livrent réellement ces deux femmes et cet homme ?

ELLE VEUT LE DÉTRUIRE. ELLE VEUT LE SAUVER. LA VÉRITÉ EST UNE CHOSE DANGEREUSE.

L’avis de MadameOurse :

J’avais lu Sarah Vaughan en 2017 et j’étais très surprise de la découvrir sous ce nouveau titre. Passer de l’historique au thriller c’est plutôt inhabituel, encore plus quand on est une jeune auteure. Et ça a bien attisé ma curiosité !

Tout ce thriller tourne autour d’un crime : le viol dont Olivia accuse James Whitehouse, politicien. Elle est son assistante parlementaire, ils ont eu une liaison avant ce viol. Il est marié, a deux enfants, n’a jamais avoué à sa femme cette liaison qui a duré 5 mois et ce passage devant les tribunaux va être un épisode bien pénible pour sa carrière politique.

Et c’est Kate qui va devoir défendre Olivia face à James. Elle a conscience de la difficulté de l’affaire, comment faire accuser cet homme beau et charismatique, comment faire admettre aux jurés qu’Olivia n’était pas consentante alors même qu’elle avait eu une liaison avec celui-ci ? Le roman permet d’aborder la difficulté de la notion de consentement et la façon surtout dont les hommes prennent la chose, leur irrespect de la parole des femmes sur ce point. En cela, cette lecture est très actuelle, ça m’a beaucoup intéressée, on touche à des thématiques précises qu’il est difficile de défendre : le viol conjugal, la notion de consentement.

Et surtout, ce roman va plus loin, ce n’est pas que l’histoire d’un jugement. On va remonter dans la jeunesse de nos personnages et y découvrir bien des secrets ! J’étais plutôt surprise d’ailleurs de l’écheveau d’événements qui se sont passés avant le viol qui a mené James devant le tribunal. Même si, honnêtement, l’auteure ne cache pas ce qu’elle va nous révéler, ça vient tout doucement mais on fait assez facilement le lien, les évidences sont là. Ce n’est pas un thriller redoutable mais c’est un roman d’ambiance, qui fait réfléchir sur des thématiques intéressantes.

Ma notation :

J’ai aimé. L’auteure a aussi su me convaincre dans ce genre bien différent de celui de son précédent roman.

(Roman lu en partenariat avec Netgalley)

Le malheur du bas, Inès Bayard

Quatrième de couverture :

Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

L’avis de MadameOurse :

Pour ce roman, je vous propose volontairement une photo noir et blanc. Parce que la couverture est déjà en noir et blanc à la base mais aussi parce que la couleur n’a pas vraiment sa place dans cette lecture. Et le rayon de soleil en arrière plan est trompeur.

Surtout, n’achetez pas ce roman sans savoir de quoi il traite. C’est un livre qu’il faut être prêt à lire, il n’est pas à placer entre toutes les mains et il faut pouvoir le lire à un moment adéquat. C’est un premier roman de l’auteure et il ne vous laissera pas indemnes. Il commence avec un énorme parallèle, que l’on ne peut pas s’empêcher de faire avec le roman ayant obtenu le Goncourt 2016. Ici, comme dans Chanson douce, le roman s’ouvre sur un chapitre dramatique, celui de la fin. Débuter la lecture par la fin de l’histoire, lorsque l’histoire en question est un drame, c’est percutant. On sait déjà que l’histoire va très mal finir.

Et on ne va pas tarder à savoir pourquoi. C’est Marie qui va vivre ici le drame d’une vie. Marie, parisienne, mariée, adorant son job, dynamique et prête à avoir des enfants. Marie qui va croiser la route d’un responsable hiérarchique paraissant bien sous tous rapports. Il lui propose de la raccompagner chez elle un soir où elle retrouve son vélo en miettes là où elle l’avait attaché. Et cet homme va effectivement la ramener chez elle mais non sans la violer, sauvagement, dans sa voiture, à 2 pas de chez la jeune femme.

Inès Bayard nous livre une scène très dure à lire, qui ne sera pas la seule du roman. A partir de ce crime que subit Marie, sa vie ne sera jamais plus la même. D’autant qu’elle se réfugie dans le silence, seule échappatoire qu’elle imagine possible. J’étais déjà remuée par l’horreur qu’elle avait subie mais j’étais en plus témoin de son silence. Horrifiée, j’avais envie de lui hurler : « parle ! ». D’autant qu’elle a, il me semble, un entourage à qui elle pouvait se confier. Mais bien sûr, son violeur l’a menacée et, bien sûr, cela a fonctionné. Ce livre est dramatique car il nous montre aussi le poids du silence. Lire ce roman, alors que #MeToo est encore si frais dans nos esprits, c’est un électrochoc de plus.

Je suis mère de deux petites filles et j’aimerais que TOUTES les femmes du monde soient armées pour faire face à ces crimes. Et je ne parle pas là d’une vraie arme mais de la possibilité de se défendre, après coup certes, en parlant. En allant consulter pour soigner le corps et l’âme. En portant plainte et en obtenant réparation de la justice. Sans être roulée dans la boue à travers un procès où il sera possible d’entendre des choses atroces, venant soutenir le viol. Que le silence n’ait plus sa place, jamais, nulle part, qui que soit le criminel, qui que soit la femme agressée. Et c’est désolant parce que ce « choix » du silence (comprenons le bien, ce n’est pas vraiment un choix ou alors par défaut) va transformer Marie en un véritable monstre…

Car Marie va se rendre compte, rapidement après ce viol, qu’elle est enceinte. Et son esprit va se dire que forcément, l’enfant est celui de son violeur (alors qu’en réalité son mari peut tout aussi bien l’être). Forcément, elle ne veut pas de cet enfant, elle va essayer sans succès de s’en débarrasser. C’est ainsi que la vie de Marie se poursuit dans l’horreur. Elle est une mauvaise mère car elle ne veut pas de ce rôle de mère. Son couple n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été, sa vie sexuelle est un désastre. Marie va réagir très bizarrement sur ce point, tentant de sauver les apparences en continuant à avoir des rapports dont elle ne veut pas. L’auteure ne nous épargne pas sur ce plan et le livre nous amène plusieurs autres pages difficiles à lire. Je faisais des pauses dans ma lecture par moments, me demandant si j’avais vraiment envie de poursuivre, de lire cet insoutenable…

Et la lecture va aller croissant dans la douleur, dans l’effroi, dans le traumatisme de ce viol dont on comprend bien qu’il ne sera pas possible de sortir guéri. Nous ramenant alors à ce premier chapitre dramatique…

Ma notation :

Je ne peux pas « noter » ce livre, je ne peux pas le qualifier de coup de cœur, son thème en est bien trop dur pour ça. Mais je peux remercier son auteure de nous avoir livré ce récit électrochoc. Et souhaiter très fort que d’autres auteurs continuent à écrire ce genre de livres. Certes, ils dérangent, ils sont durs à lire. Mais ils sont nécessaires si l’on ne veut pas avancer dans l’ignorance. Et je sais qu’il y a malheureusement beaucoup de sujets sur lesquels il y a des choses à dire.

A vous de voir si vous souhaitez lire ce livre, si vous avez les ressources pour faire face à ce qui y est dit. Je ne veux pas juger, c’est un livre dur et il est compréhensible que certaines personnes ne puissent pas, ne veuillent le lire. Je souhaite juste que ceux d’entre vous qui le liront le fassent en étant avertis.

(Roman lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire Rakuten)

Un matin ordinaire, Marjorie Tixier

 

Quatrième de couverture :

Laurence rêve d’un grand voyage mais son mari manque de confiance en lui pour l’emmener à l’autre bout du monde. Et puis surtout, elle a deux petites filles et un père gravement malade. Alors, pour s’évader et se ressourcer, elle court chaque vendredi à heure fixe, selon un rituel immuable.

Ce jour-là, pourtant, une rencontre inattendue l’attend…

C’est donc par un matin ordinaire que le destin de Laurence va basculer et redistribuer les cartes d’une vie de famille jusque-là bien réglée.

L’avis de Lunatic :

Ce roman m’a intriguée car je me demandais bien quelle rencontre Laurence avait pu faire lors de son jogging hebdomadaire pour faire basculer sa vie. J’avoue que si j’avais connu le thème du roman avant de le lire, je ne l’aurai peut-être justement pas lu. Sans être violent ou trop difficile, je n’avais pas envie de lire cela. Je m’imaginais une rencontre bien différente de celle décrite par l’auteure.

La construction du roman m’a par contre bien plu, c’est ce qui a fait pencher la balance pour que je continue ma lecture. L’auteure donne la parole à de nombreux personnages de l’entourage de Laurence : enfant, époux, voisine… Ainsi on aperçoit comment un même événement est vécu différemment par chacun des personnages. On est témoins d’une multitude de sentiments, d’émotions et de réactions. J’ai beaucoup aimé l’utilisation de ces divers points de vue. Les personnages sont décrits avec minutie, avec beaucoup de réalisme et pour ma part j’ai été particulièrement touchée par la fille cadette de Laurence. Je parlais de minutie, un peu trop peut-être. La multitude de détails peut vite lasser les lecteurs.

Sans être une lecture qui me marquera, ce roman est très plaisant et la plume de l’auteure est vraiment agréable à lire. Je la relirai avec curiosité.

Ma notation :

Un roman plaisant mais pas inoubliable.

 

(Merci à Librinova pour cette lecture)