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Celles qui restent, Samuelle Barbier

Quatrième de couverture :

Celles qui restent est une histoire de sœurs. De femmes. De liens si puissants que les rompre bouleverse tout.
Clara est l’aînée, la sage, l’exemple à suivre. Celle qui fait tout comme il se doit, quitte à grincer des dents en se forçant à sourire.
Constance est la cadette. Si discrète, qu’on en oublie qu’elle existe… jusqu’à ce qu’elle décide de cesser d’exister en se jetant du haut d’un pont.
Lucy est la benjamine. Celle qui rit trop fort, parle trop fort, vit trop fort. Parce qu’elle a peur qu’on l’oublie.
Mais il y a aussi Marielle, qui elle, n’a ni sœur, ni frère, ni enfant, tout juste un vieux chien obèse. Celle qui a consacré sa vie aux autres pensait arriver au bout de son chemin dans l’indifférence,jusqu’à ce qu’un ange vêtu d’un manteau rouge se jette d’un pont, juste devant elle, et remette tout en question.

L’avis de Laure :

L’an dernier, j’ai vu beaucoup d’avis sur le premier roman de Samuelle Barbier alors cette année, je me suis associée aux lecteurs découvrant son second roman.

Roman choral, Celles qui restent donne la parole à 4 femmes. 3 sœurs : Clara, Constance et Lucy. Et une jeune retraitée bien isolée, Marielle. Un matin, Marielle assiste au drame qui va venir bousculer leurs vies à toutes. Constance, la sœur cadette, vient de se suicider en se jetant du haut d’un pont. Ne sachant pas nager, Marielle ne peut rien faire à part appeler les secours et assister à l’inévitable. Quelques minutes plus tard sont de trop pour laisser une chance à Constance, en ce froid matin d’hiver.

Clara et Lucy vont alors plonger dans le deuil, un deuil douloureux que chaque sœur vivra à sa façon, un deuil qui marquera un avant et un après dans leur vie, un électrochoc qui fera tout changer. Elles vont vivre toutes les étapes du deuil, la forte culpabilité de n’avoir rien vu, la colère pour ce que cette sœur leur fait vivre, la peine immense toujours. Au cours de ces semaines difficiles, elles vont renouer le lien avec la sœur qui reste mais aussi avec Antoine leur ami d’enfance. Et si le geste de Constance avait une explication ? Elles veulent comprendre et j’ai beaucoup apprécié cette part du récit où elles mènent l’enquête sur les événements de la vie de Constance.

Le livre est doux et beau parce qu’il évoque un des drames de la vie humaine, sa reconstruction et je me suis attachée à Lucy et Clara, elles qui ont toutes les deux leurs failles et qui vont bousculer leur être pour en ressortir changées. En revanche, la présence de Marielle dans le récit m’a moins enthousiasmée, j’ai eu du mal à lier la présence de ce personnage secondaire avec le reste du récit.

Celles qui restent est un doux récit sur le deuil, le suicide, les choix. La destinée des 3 sœurs est très touchante.

Ma notation :

Une jolie découverte.

(roman lu en partenariat avec Netgalley)

Corentine, Roselyne Bachelot



Quatrième de couverture:

1919. Le train de Paris s’arrête dans un jet de vapeur. Tailleur chic, voilette, Corentine tient sa revanche. C’est la première fois qu’elle revient en Bretagne, dans ces Montagnes noires qui l’ont vue naître et, dès l’enfance, trimer aux champs. Vendue à sept ans à un maquignon, placée à douze chez des bourgeois de la capitale, la petite paysanne illettrée en a fait, du chemin – d’humiliation en humiliation, de chambre de bonne en usine d’armement. Viendrait l’amour. Viendrait la Marne.
Un destin de combat auquel sa petite-fille, cent ans plus tard, rend ici un hommage poignant.

L’avis d’Audrey :

Le roman s’ouvre en 1919, on part à la rencontre de Corentine. Elle est de retour en Bretagne après des années loin des siens et loin de cette terre. On sait quelques détails sur la vie qu’elle vient de quitter, arrivant de Paris avec sa fille Juliette. A Gourin, son village natal, c’est le moment de retrouver la famille, le dialecte breton et la misère. C’est le moment de se rappeler son enfance et le début de sa vie de femme.

C’est une enfance pauvre, où la faim ronge et où le malheur guette. L’école s’arrête vite pour la petite Corentine, qui doit veiller sur un jeune frère et seconder sa mère. Une vie difficile à laquelle elle est extraite à l’âge de 7 ans pour aller servir de boniche dans une autre maison, et en envoyant tout son maigre salaire à sa famille. Puis c’est le départ pour Paris : elle officiera dans une première maison où elle connaitre humiliations et maltraitance. Corentine ne se plaint jamais, elle résiste et se forge un sacré caractère. Puis vint le moment d’une rencontre, une belle rencontre qui lui permettra le temps de quelques mois d’espérer que le malheur l’ait un peu oublié. Et le drame revient frapper sans crier gare.

Au fil des rencontres, des événements, des difficultés et victoires, Corentine devient la femme sûre d’elle, à la tête droite et haute qu’a connu sa petite fille Roselyne. Ce roman c’est l’histoire de cette femme, et quelle femme ! L’histoire d’une destinée qui a permis à la petite jeune fille de campagne de s’élever et d’aspirer à une autre vie.

L’histoire de cette femme est contée avec beaucoup de tendresse, de pudeur et d’amour. On ressent à travers sa description toute la fierté qu’éprouve l’auteure pour son aïeule. En parlant de Corentine, c’est aussi le moment parfait pour nous parler de la Bretagne, de la place des femmes dans la société, des conditions sociales dans lesquelles vivent les pauvres au début du vingtième siècle ou encore d’évoquer rapidement le monde ouvrier d’après guerre.

En lisant ce roman, j’ai vraiment été saisie d’une certaine émotion sans pouvoir bien l’expliquer. Et en lisant le dernier paragraphe de Roselyne Bachelot, j’avais l’impression que derrière mon épaule, Corentine approuvait d’un léger sourire. Oh oui, quelle belle revanche !

Ma notation :

Un livre intéressant et émouvant. Si vous avez l’occasion de le lire, faites-le sans hésiter.

La belle mère, Sally Hepworth

Quatrième de couverture:

Avocate appréciée pour son dévouement, Diana se bat pour améliorer le sort des réfugiés, mais elle se montre froide et distante, sinon blessante, envers les siens. Ce dont souffre Lucy, sa belle-fille, qui rêvait de trouver en elle une mère de substitution.
Dix années ont passé, et Diana vient de mourir. Elle se serait suicidée. Mais, à l’autopsie, nulle trace d’un cancer… Qu’est-il donc arrivé à Diana, dont le testament a été modifié peu de temps avant sa mort ?
Avec ce suspense psychologique, dans la lignée des succès de Liane Moriarty, Phoebe Morgan ou B.A. Paris, Sally Hepworth livre le portrait glaçant d’une famille en apparence harmonieuse. En apparence seulement…

L’avis d’Audrey :

Une famille et plusieurs points de vue entre passé et présent pour nous parler de Diana, qui vient d’être retrouvée morte chez elle, de son défunt mari Tom, de son fils Ollie, de Lucy sa belle fille, ou encore de Nettie sa fille et Patrick son époux. Une famille comme tant d’autres, entre moments de bonheur, réunions familiales, tensions, secrets et colères. Et si la mort de Diana n’était pas un suicide comme le laisse supposer la police? Que cachent les membres de cette famille et qui auraient pu en vouloir à Diana pour la tuer ? Lucy n’a jamais porté sa belle-mère dans son cœur et elle semble bien troublée par les événements.

Ici on a entre les mains un pur thriller psychologique comme je les aime. Pas d’enquête minutieuse, pas d’équipe de flics, pas de meurtres qui s’enchaînent. On entre au cœur d’une famille, dans l’intimité de chaque personnage, au plus près de leurs doutes, de leurs pensées et témoins, de leurs erreurs et agissements. J’ai aimé l’alternance de voix et de temps, qui nous font avancer minutieusement dans l’histoire. Grace aux retours dans le passé, on apprend à mieux cerner nos personnages. Comment et pourquoi Diana est devenue cette femme si droite et rigide, qui semble peu prompte à aider ses enfants ?Pourquoi Nettie est si fragile ? Que cachent vraiment les activités professionnelles d’Ollie ?

Le duo bru et belle-mère colle à l’image que l’on s’en fait bien souvent. Une jeune femme jamais assez parfaite pour la mère de son époux, une belle-mère qui sans l’exprimer véritablement émet jugements ou commentaires et qui se mêle de l’éducation que l’on donne aux enfants. Une continuelle rivalité entre deux femmes que tout oppose et qui place pour le lecteur Lucy en suspect numéro 1, mais ce serait trop simple. Et si l’auteure nous trompait dès les début, c’est ce qu’on se dit dès les premiers chapitres.

J’ai dévoré ce roman, trouvant facilement ma place au sein de cette famille. Même si le final n’est pas si surprenant que cela, la façon dont l’auteure nous y amène fait oublier cette petite faiblesse. Un roman très réussi sur la maternité, sur la famille, sur la valeur des choses et la construction personnelle.

Ma notation :

Un thriller à suspens au sein d’une cellule familiale, convaincant et brillant.

 

(Merci à Mylène de L’Archipel pour cette lecture)

Horrora Borealis, Nicolas Feuz



Quatrième de couverture:

Sur les rives du lac de Neuchâtel, en Suisse, des coups de feu éclatent en plein festival de musique. Le site est évacué. La grande scène devient le théâtre d’une prise d’otages. Un négociateur intervient. Le groupe d’intervention de la police s’organise. Dans l’esprit de Walker, une seule question compte : que s’est-il passé en Laponie ? Ses souvenirs sont flous. Mais il est clair que, de longue date, il ne croit plus au Père Noël. Et vous, y croyez-vous encore ?

L’avis d’Audrey :

Un double récit. Entre la Suisse et la Finlande, entre passé et présent, entre un voyage familial s’annonçant inoubliable finissant par un drame et une prise d’otage en plein festival de musique.

Lors d’un festival de musique, Walker semble reconnaître sur place un homme qu’il n’est pas prêt de laisser filer. Il le reconnait, c’est lui, l’homme qui a détruit sa vie, responsable de la disparition de sa famille. Un duel se met en place alors entre les deux hommes, tant pis pour ceux qui sont autour. Les rôles s’inversent, Walker n’hésite pas à devenir preneur d’otage pour qu’enfin éclate la vérité. Il exige surtout de ne parler qu’avec un seul flic, Marc Boileau, qui de son coté est en plein chaos personnel. 

Et si pour rétablir la vérité, il fallait se souvenir. Se souvenir des siens, de sa famille,  de ce séjour en famille?

Avec des chapitres mettant en avant le passé, on assiste au voyage de la famille Walker en Laponie (les parents, deux adolescents et un garçon plus jeune). Une maison perdue au milieu de nulle part, la neige, le froid, le vent et l’impression que quelqu’un les observe et les guette. Le séjour prend rapidement une dimension cauchemardesque lorsqu’Alia,  la fille de la famille disparaît. Que s’est-il passé en Finlande? Et pourquoi l’homme à l’origine de tout ce malheur est-il venu jusqu’en Suisse? On imagine bien vite que ces vacances vont être chamboulées, on se prépare au cri et au drame, mais jamais vous ne pourrez imaginer ce qui attend vraiment la famille Walker. Oh non !

Quel roman ! Quel ambiance ! Et quel dénouement ! J’ai dévoré ce roman, j’ai frissonné, j’ai senti la neige sous mes pieds, j’ai eu froid, j’ai entendu le cri des Huskies, senti l’odeur du sang et j’ai eu peur. Le style de l’auteur est hyper addictif. On ne sait pas où il nous emmène et il nous berne avec brio. Pourtant quelques détails étaient si simples à deviner, mais je me suis laissée avoir et j’ai jubilé en découvrant le final pourtant si violent, dur et noir. 

Ma notation :

Un thriller diaboliquement réussi avec un final qui glace le sang. J’ai adoré.

Mon père, ma mère, mes tremblements de terre, Julien Dufresne-Lamy

Quatrième de couverture :

 » Est-ce que, sur la table de chirurgie, mon père ressent le chaud, le froid ? Allez savoir. Dans la salle d’attente, ma mère porte sa chemise saharienne et le soleil blanc tape doucement sur les fenêtres. L’air est doux. Un air qui n’a rien à voir avec la mort, les drames. Ici, ce n’est pas un drame. C’est autre chose qui se passe. « 

Dans cette salle, Charlie, quinze ans, patiente avec sa mère. Bientôt, son père sortira du bloc. Elle s’appellera Alice. Durant ce temps suspendu, Charlie se souvient des deux dernières années d’une vie de famille terrassée. Deux années de métamorphose, d’émoi et de rejet, de grands doutes et de petites euphories. Deux années sismiques que Charlie cherche à comprendre à jamais. Tandis que les longues minutes s’écoulent, nerveuses, avant l’arrivée d’Alice, Charlie raconte la transition de son père. Sans rien cacher de ce parcours plus monumental qu’un voyage dans l’espace, depuis le jour de Pâques où son père s’est révélée. Où, pour Charlie, la terre s’est mise à trembler.

L’avis de Laure :

J’avais suivi l’année dernière l’engouement autour du précédent roman de Julien Dufresne-Lamy qui a obtenu le Prix des Blogueurs 2019. Sans l’avoir lu j’étais intriguée, alors cette fois, avec ce nouveau thème fort, je n’ai pas hésité à le découvrir.

Au cœur du roman, une petite famille en apparence banale : une mère assistante maternelle, un père chimiste et un adolescent, Charlie. Et puis un jour, un tremblement de terre va venir bouleverser la vie de la famille lorsqu’Aurélien annonce à sa femme et à son fils qu’il n’a jamais été lui même dans cette peau d’homme. Il veut devenir une femme.

Charlie va nous raconter les tremblements de terre que la famille va subir alors que sa mère et lui attendent dans la salle d’attente d’un hôpital qu’Aurélien devienne Alice. C’est un roman très complet tant sur le parcours de la transidentité que sur les remous psychologiques qu’un tel changement entraîne. L’auteur le dit, il y a autant de parcours de transidentités que de personnes trans aussi il ne faut pas généraliser l’histoire d’Aurélien / Alice. J’ai profondément aimé cette lecture sur ce thème qui m’est totalement méconnu, sur tous ces petits points que l’auteur souligne et qu’on est loin d’imaginer de l’extérieur.

Charlie et sa mère m’ont beaucoup émue. Ils sont dans l’acceptation, dans le soutien, dans la bienveillance bref dans l’amour pour ce père et mari qui va amener pourtant des événements très durs dans leur vie. Car bien sûr, la famille sera confrontée aussi au rejet. J’ai été particulièrement surprise notamment que le couple parvienne à survivre à ce bouleversement, le contraire m’aurait semblé si évident.

C’est un livre qu’il faut lire pour comprendre ce que vivent les personnes trans, parce qu’être renseignés c’est un premier pas vers l’acceptation de la différence et l’inclusion.  C’est un livre que j’ai aimé pour son côté complet sur le parcours psychologique et physique de la transformation du corps, car le parcours médical est particulièrement chargé. J’ai beaucoup apprécié la plume précise et concise de Julien Dufresne-Lamy. Ces chapitres courts font si bien passer le message. Et merci aussi pour le vocabulaire qu’il m’a apporté. Je retiens notamment « mon père, elle… » parce qu’ici Charlie ne perd aucunement son père, il a été, il restera. Différemment mais toujours là.

Ma notation :

Un livre fort sur la transidentité. A partager pour savoir, s’enrichir.

Merci à Claire des éditions Belfond pour cette lecture.