Le jour d’avant, Sorj Chalandon

Quatrième de couverture :

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

L’avis de Lunatic :

Décembre 1974, un coup de grisou dans une mine de Saint-Amé à Liévin dans le Pas-de-Calais fait 42 morts. 43 morts si l’on compte Jojo, le frère de notre narrateur Michel Flavent. Jojo n’est pas mort au fond, mais est décédé quelques jours après des suites de ses blessures. La famille sombre, et le père des deux frères, avant son suicide écrit à Michel « Venge nous de la mine ».

2014, Michel, devenu chauffeur routier, exilé à Paris, veille sa femme qui décède. Il est alors l’heure pour lui de se venger, de retourner dans ses terres et retrouver celui qu’il juge comme responsable de la mort de Jojo, le contremaitre Lucien Dravelle.

Dès le début de ma lecture j’ai été surprise avec quelle précision et réalisme l’auteur a su dépeindre le quotidien des mineurs, la vie dans un bassin houiller et tant de détails se rapportant au milieu des mineurs. Jojo, Dravelle, leur compagnon de travail, j’en côtoie quotidiennement, et leur souvenir est tel que Sorj Chalandon le décrit dans son roman. Je suis native d’un bassin houiller, j’y ai grandi, j’y travaille alors l’univers du roman me parlait, et j’étais très curieuse de le lire. J’avais peur que l’auteur tombe dans des clichés comme on en lit souvent, mais non, j’imagine qu’il a dû beaucoup se documenter pour son livre (je lisais qu’il était journaliste et couvrait les événements en 1974).

Au-delà de la mine, ce roman est le portrait d’un homme qui vit une tragédie, qui doit avancer malgré la perte de son frère. J’étais assez mal à l’aise avec cette idée de vengeance, je ne comprenais pas trop pourquoi faire porter à Lucien Dravelle toute la responsabilité du drame, Michel Flavent devenait alors à mes yeux un personnage très sombre, loin d’être sympathique. On assiste rapidement à sa vengeance et Michel est incarcéré et on est spectateur de son procès. A partir de ce moment, je pensais m’ennuyer, mais lors d’une audience au tribunal, on nous révèle un élément essentiel qui donne au roman un nouveau sens (et je comprenais enfin le choix de ce titre : Le jour d’avant). Le récit en devient alors encore plus captivant, touchant et on voit Michel et ses actes sous un œil nouveau.

Ma notation :

J’ai été totalement charmée par l’écriture de Sorj Chalandon. Une belle découverte que je vais partager autour de moi.

Roman lu dans le cadre de Matchs de la rentrée littéraire Priceminister
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La plage de la mariée, Clarisse Sabard

Quatrième de couverture :

2015, Nice.Zoé, 30 ans, est en pleine dispute avec sa conseillère Pôle Emploi lorsque sa vie bascule. Ses parents viennent d’avoir un grave accident de moto. Son père est décédé sur le coup, sa mère est trop grièvement blessée pour espérer survivre, mais encore assez lucide pour parler. Elle va révéler à Zoé qu »elle lui a menti depuis toujours : l’homme qui l’a élevée n’est pas son véritable père. Elle donne un seul indice à sa fille pour retrouver son père biologique : « La Plage de la mariée ».

Après quatre mois de déni, Zoé finit par craquer et part à la recherche de la vérité. Elle atterrit en Bretagne et se fait embaucher dans une « cupcakerie » tenue par une ancienne psychologue franco-américaine, Alice. Dans ce salon de thé, plusieurs personnages se croisent et voient leurs destins se mêler, tandis que Zoé part à la recherche de son père et tente de comprendre pourquoi sa mère lui a menti durant toute ces années.

L’avis de Lunatic :

J’avoue qu’au début de ma lecture j’étais réticente, j’avais tellement aimé Les lettres de Rose que j’avais peur d’être déçue, de trouver ce roman moins bien, de ne pas retrouver ce que j’avais aimé dans son premier roman.
Ce titre est différent mais il est aussi très ressemblant et j’ai ainsi retrouvé tous les ingrédients que j’ai aimé chez cet auteur.

Ce roman c’est l’histoire de Zoé, une jeune trentenaire qui vient de vivre un drame. Ses parents ont été victimes d’un grave accident de moto et sa mère, juste avant de mourir, lui révèle que son père n’est pas son père biologique. Un seul indice la plage de la mariée. Zoé prend alors la décision de partir à la découverte de ses racines, de sa mère et de ce père qu’elle ne connaît pas. Direction la Bretagne là où sa mère a grandi, là où elle pense trouver réponse à ses questions. Son arrivée dans le petit village ne passe pas inaperçue. Elle fait très vite de jolies rencontres, se crée de nouveaux liens, de nouvelles amitiés et petit à petit retrace le parcours de sa mère, découvre les secret de famille jusqu’à un dénouement que j’avais bien envisagé au bout de quelques chapitres.

Qu’est-ce que j’ai aimé ce roman. Qu’est-ce que j’ai aimé Zoé. J’ai ri avec elle, j’ai pleuré avec elle, et moi aussi j’aurais voulu rencontrer Gaël, Alice, Georges, Hamza…Chaque personnage est attachant à sa manière. On y retrouve des thèmes comme la famille, les secrets de famille, l’amitié, l’amour, le besoin de savoir et de connaître d’où l’on vient, qui sont ceux qui nous ont précédé. Avec ce roman on s’ennuie pas, et en plus on voyage, comme Zoé on découvre la Bretagne, on ressent presque l’air marin qui effleure notre visage pendant notre lecture. Et si je vous dis qu’à chaque fois que je prenais mon ce livre en main j’avais envie de manger des cupcakes !
Difficile d’expliquer vraiment pourquoi j’aime la plume de Clarisse Sabard. Ce qui est sûr c’est qu’elle sait nous dépeindre des gens touchants, si vrais et qu’on rêverait d’avoir dans nos vies.

Ma notation :

Un jolie histoire qu’on quitte avec le sourire aux lèvres.

Place Furstenberg, Lorraine Fouchet

Quatrième de couverture :

Jeune romancière, Amélie est très proche de sa soeur jumelle Marie. Elles ont grandi avec leur père qu’elles adoraient, le célèbre comédien de théatre Hubert Saint Jean, brusquement disparu il y a dix ans. Depuis, Amélie le fait revivre à travers ses livres ; Marie, elle n’a plus jamais prononcé son nom. Un jour lors d’une signature dans une librairie, une inconnu s’adresse à Amélie en lui parlant de son « grand frère ». Amélie la détrompe, elle a une soeur, aucun frère. Pourtant la jeune femme insiste, elle est formelle.

Parce que Marie ne veut rien entendre, Amélie mène l’enquête sans elle, épaulée par Mimmo, le vieux voisin rescapé des camps. Et elle découvre avec stupéfaction que leur père a bien eu un fils avant elles.

Alors, avec Mimmo et malgrè l’opposition farouche de sa jumelle, Amélie se lance sur les traces de son frère dans l’espoir fou de le retrouver en lui leur père et de ranimer le temps du bonheur, quand ils vivaient tous trois la vie de bohème, dans leur appartement joyeusement foutraque de la place Furstenberg, à Paris.

L’avis de Lunatic :

On parle beaucoup du roman Entre Ciel et Lou cet été, et avant de pouvoir lire ce roman, j’avais envie de découvrir cet auteur, j’ai donc pris au hasard dans mes rayonnages ce titre. Il s’agit ici d’un roman sur la famille, les secrets de famille. Amélie et Marie, jumelles, ont perdu leur père il y a 10 ans. Amélie, écrivaine, apprend par hasard au détour d’une séance de dédicace que son père a eu un fils. Elle part alors en quête de ce frère, même si sa sœur de son côté ne souhaite pas remuer le passé. Mais ce roman ne se focalise pas sur l’histoire des jumelles et d’Hubert le père, on y rencontre aussi Mimmo, ce vieux monsieur attachant et sympathique, à la vie si tragique qui va soutenir Amélie dans ses recherches. Puis Arthus, qu’Amélie pense être son frère et qui sera confronté à son tour aux secrets de familles, au passé de ses parents. J’ai aimé la place que prend l’appartement de la famille, où nos jumelles ont grandi, place Furstenberg. Un lieu plein de symboles, de souvenirs, un élément central dans le roman.

J’ai aimé les personnages de ce roman, sauf Marie que j’ai trouvé un peu autocentrée sur elle-même ! Amélie est touchante par sa ténacité à vouloir accéder à la vérité. Un roman plein de sensibilité, d’émotions qui efface le côté un peu lent de l’écriture sur le début du roman. Le récit nous fait quitter Paris pour quelques pages et nous emmène en Bretagne, sur l’ile de Groix, un beau voyage que j’ai hâte de refaire en me plongeant dans son dernier roman.

Ma notation :

Une lecture qui change de mes habitudes, que j’ai apprécié.

Le rideau déchiré, Jodi Picoult

Quatrième de couverture :

Élevée par Andrew, son père, Delia Hopkins a connu une enfance heureuse dans le New Hampshire. C’est alors que, sur le point de se marier, elle découvre que son père est recherché depuis vingt-huit ans pour l’enlèvement d’une certaine petite Bethany… qui n’est autre qu’elle-même. Sous le choc, la jeune femme cherche la vérité, au risque de bouleverser sa vie et celle de ses proches. Un subtil roman choral sur les pièges de la mémoire, la subjectivité des souvenirs, et la douloureuse profondeur des conflits familiaux.

L’avis de MadameOurse :

Après avoir découvert l’an dernier un premier roman de Jodi Picoult que j’avais adoré, j’ai eu envie de découvrir un peu plus les romans de cette auteure. Parmi les titres qu’elle a écrit et qui ont été traduits en français, Le rideau déchiré avait retenu mon attention pour son côté secrets de famille.

C’est une lecture qui m’a beaucoup surprise dans le sens où elle ne m’a pas menée là où je m’attendais. Et malheureusement, quand on a des attentes bien particulières et qu’on tombe à côté, parfois on en ressort déçus. Dans cette histoire, nous faisons la connaissance de Delia, une jeune mère de famille prête à épouser le père de sa fille. Sa vie va être chamboulée du jour au lendemain lorsque son père va se retrouver en prison pour un enlèvement commis 28 ans auparavant. Et il ne s’agit pas de n’importe quel enlèvement mais de celui de Delia elle même, la fille d’Andrew. Elle avait 4 ans lors des faits. Ses parents étaient divorcés et son père l’a enlevée à sa mère. Il a changé d’identité, lui a fait croire au décès de sa mère et … 28 ans se sont écoulés ainsi avec un secret bien gardé.

Je m’attendais dans cette lecture à découvrir une histoire énorme qui irait expliquer pourquoi Delia a été enlevée par son père, de quoi celui-ci a voulu la protéger. En fait, on va découvrir assez vite les grandes lignes de l’histoire et ce n’est pas l’explication colossale à laquelle je m’attendais. Le cœur du roman nous raconte plutôt comment les vies des personnages vont être chamboulées par cette révélation et comment chacun va passer ce cap et construire la suite de sa vie après un tel tsunami. On suit donc le procès qui va juger les faits commis par Andrew. Le roman est raconté tour à tour par Delia, par Eric son fiancé et avocat d’Andrew, par Fitz leur meilleur ami et par Andrew lui-même. Il y a, du coup, un certains nombres de passages où Andrew relate sa vie en prison. C’est relativement dur et je pense que c’est malheureusement tristement réaliste. Je n’ai pas trop apprécié ces passages.

C’est un roman qui se lit bien, le récit alterné entre les divers personnages rend la lecture fluide. Je l’ai trouvé assez juste. La finalité de l’histoire est crédible, les événements font que chaque personnage va forcément sortir de là changé et j’ai aimé les développements finaux du roman.

Ma notation :

Ce roman n’est, à mes yeux, pas aussi bon que le précédent titre que j’avais lu de l’auteure. Il confirme cependant son talent à évoquer des grands faits de société et j’ai bien l’intention de continuer à découvrir cette auteure dont j’ai déjà repéré 2 autres titres qui se trouvent dans ma wish list.

Petit bémol final : je suis incapable de vous expliquer d’où vient le titre du roman…

Les lumières de Cape Cod, Beatriz Williams

Quatrième de couverture :

1966, Cape Cod.
 » Tiny  » c’est Christina, la troisième sœur de la famille Schuyler, la plus élégante, la plus douce, la plus parfaite. Mariée à Frank Hardcastle, homme politique très influent, Tiny mène une vie de gala et de cocktails dans les jardins cossus de Cape Cod, où les Hardcastle ont établi leur bastion. Mais alors que Frank est donné favori pour les élections présidentielles, deux événements viennent troubler la vie a priori idyllique de sa belle épouse : c’est d’abord les courriers menaçants d’un maître chanteur ; puis, les retrouvailles inattendues et déstabilisantes avec le vétéran Caspian Harrison, de retour de la guerre du Vietnam. Avec ce premier amour qui réapparaît, c’est tout le passé de Tiny qui ressurgit. Un passé bien moins lisse qu’il n’y paraît, fait de passion, de mensonges, de drames. Et dont l’écho, s’il venait à gronder, pourrait nuire à la réputation irréprochable de toute la famille Hardcastle…
Les sentiments ont-ils une place dans la course au pouvoir suprême ?

L’avis de MadameOurse :

Voici encore une lecture que j’ai découverte sur Netgalley et que les éditions Belfond m’ont permis de lire. Ce n’est qu’en commençant ma lecture que je me suis rendu compte que le roman faisait partie d’une saga sur les sœurs Schuyler dont le premier tome est La vie secrète de Violet Grant. (Le 3ème tome n’est pas encore traduit en français). En fait, je me suis lancée quand même dans ma lecture sans avoir lu le premier roman car chaque livre conte l’histoire d’une des 3 sœurs de la famille et peut donc se lire indépendamment. Moi je n’ai pas du tout été perturbée par la catégorisation saga en tout cas.

Lorsque j’ai débuté ma lecture dans le Cape Code des années 66, j’ai eu un peu peur. L’auteure dépeignait Tiny, jeune épouse d’un homme qui se destine à une carrière politique. Très vite, on ressent le côté potiche que la famille de son époux lui attribue, des histoires d’infidélité émergent et je me suis dit « bof ». Ben oui, bof quoi ce genre de personnage mou et qui vit en dépendance des autres non hein.

Sauf que ! Entre les chapitres des années 66, on revient 2 ans en arrière. A cette époque, Tiny n’était encore que fiancée à Frank et venait de rencontrer le major Caspian Harrison. C’est une très belle rencontre dont on ressent tout de suite à quel point elle est forte, on se doute vite qu’il y a eu une idylle entre ces deux là. Et on se demande alors pourquoi elle a quand même épousé celui avec qui elle était fiancée.

Le roman se déroule alors en alternance, 1964 puis 1966. En 64, on rentre tout doucement dans la très belle histoire d’amour qu’ont vécue Capian et Tiny. C’est une partie du roman chargée d’émotions, je l’ai vraiment adorée c’est magique et beau. Pendant ma lecture je m’imaginais moi aussi me blottir dans les bras de Caspian (un beau gosse vous imaginez bien !). Et en même temps, on est sur le fil à se demander pourquoi cette histoire n’a pas perduré.

De l’autre côté en 66, on suit une Tiny à la vie bien plus triste. Elle a fait plusieurs fausses couches, sa relation avec son mari n’est pas parfaite et puis elle est la potiche qui est censée faire de lui une superbe image pour faire avancer sa carrière politique ! Au delà, le roman aborde très bien ce qu’était la vie d’épouse dans les années 60 entre le poids encore très marqué des convenances (surtout dans les grandes familles riches comme celle des Hardcastle) et un début de libéralisation de la vie des femmes à travers les premiers divorces.

J’ai beaucoup aimé comment les événements nous sont amenés par l’auteure et jusqu’où elle va dans son histoire. C’est loin d’être plat, je ne m’attendais pas à une intrigue aussi approfondie, à des événements aussi durs à traverser pour Tiny. Et j’ai vraiment adoré cette surprise ! Pour moi tout y est, le personnage de Tiny est beau et j’ai trouvé la fin du roman la concernant très intelligente dans les choix qu’elle fait.

Ma notation : 

Une très belle surprise. Je recommande sans souci ! Avec mention pour le côté historique intégré dans le roman qui m’a fait voyager dans une période de l’histoire sur laquelle il est toujours plaisant d’apprendre des choses.

(Roman lu en partenariat avec Netgalley)