Archives pour la catégorie Un livre : un avis

Les veuves de Malabar Hill, Sujata Massey

Quatrième de couverture :

Bombay, 1921.
Perveen Mistry travaille dans le cabinet d’avocats de son père, devenant la toute première femme avocate en Inde. Un statut qui ne manque pas de faire débat, alors que seuls les hommes sont autorisés à plaider au tribunal… Mais quand un meurtre est commis dans une riche maison musulmane pratiquant la purdah (séparation stricte des femmes et des hommes), elle est la seule à pouvoir mener l’enquête.
Faisal Mukri a été retrouvé poignardé à Malabar Hill, chez son ancien employeur, Omar Farid, un riche marchand, lui-même décédé quelques semaines auparavant. Les potentielles témoins du crime sont ses trois veuves, vivant recluses dans une partie de la maison interdite aux hommes. Perveen arrivera-t-elle à comprendre ce qui s’est réellement passé ?
Une enquête passionnante, qui nous plonge au coeur de la société indienne du début du XXe siècle et de la place qu y occupent les femmes.

L’avis de Laure :

C’est complètement à l’aveugle que je me suis plongée dans cette première lecture de l’aventure de Lectrice Charleston. Je ne connaissais pas l’auteure et ne savais rien de ce dont il allait être question. J’avais bien sûr le résumé au dos du livre mais j’aime bien ne pas les lire pour me laisser surprendre justement.

Et ce bouquin est, je trouve, un drôle de roman, à cheval entre roman historique féminin et roman policier. Pendant la majeure partie de la lecture, les chapitres alternent entre 2 périodes de la vie de Perveen. En 1916, 1917, on suit la jeune femme dans ses études et le début d’une histoire d’amour puis d’épouse. Et en 1921, on la retrouve avocate aux côtés de son père et assistant les 3 veuves de Malabar Hill. C’est une lecture que j’ai trouvé un peu étonnante par cette construction qui m’a donné l’impression de lire 2 histoires n’ayant que peu à voir au lieu d’une. Et pour autant, j’ai aimé les 2 facettes du roman. Je me suis d’abord attachée à Perveen, à la jeune femme et à ses rêves avant d’être intriguée par l’enquête à laquelle elle va être mêlée.

C’est un roman extrêmement dépaysant qui m’a menée dans l’Inde du début du siècle, dans ce pays dont je ne connais rien, un pays multiculturel assez complexe vu de nos yeux d’européens. C’est l’Inde des castes, l’Inde qui mélange des gens de confession musulmane et hindou mais aussi l’Inde d’un autre temps en lequel les femmes n’avaient que très peu de libertés. Tout ça on le voit à travers Perveen, première avocate à pouvoir exercer cette profession en Inde (et encore elle ne plaide pas !) et on le voit aussi via les 3 veuves d’un même homme qui vivent isolées du monde, ne rencontrant aucun autre homme que leurs fils et époux. Au début de la lecture, j’étais un peu perdue car il y a tout un vocabulaire très précis et complètement méconnu qui vient nous expliquer la société indienne. Et puis plus j’avançais dans ma lecture et moins ça m’a posé problème.

La destinée de Perveen m’a surprise, je ne m’attendais pas à ce coup du sort qu’elle va vivre. Comment ne pas être outrée par ce traitement réservé aux femmes, par les injustices dont elle va être victime ? J’ai appris ici quelque chose de si aberrant, révoltant sur la façon dont les femmes sont traitées.

L’enquête policière est plaisante, Perveen va y être mêlée de près car elle est l’avocate des 3 veuves dans la maison desquelles sera retrouvé mort l’homme chargé de veiller sur elles.  En tant que femme, elle est la seule à pouvoir échanger directement avec les veuves et va donc collaborer avec la police. Je n’avais pas du tout deviné ce qui se cachait derrière ce meurtre. Tout se tient, tout est logique une fois qu’on a connaissance des derniers détails.

Ma notation : 

Un roman étonnant par sa construction qui donne la sensation de lire 2 romans en 1 entre roman policier et roman féminin. Une plongée forte au cœur de l’Inde des années 20 et de sa culture si opposée à notre vécu d’européens.

Les derniers, Sophie Nahum

Nous sommes le 27 janvier 2020. Il y a 75 ans, le camp de concentration d’Auschwitz était enfin libéré par l’armée soviétique. 75 ans plus tard, nous parlons toujours du régime nazi et de la terrible politique qu’il a menée. Tellement de gens y sont restés. Bien peu en ont échappé, parfois seuls survivants de toute une famille. 75 ans plus tard, une poignée d’entre eux est encore là et continue inlassablement d’en parler, de témoigner de l’horreur qu’ils ont vécue. Ils vouent leur énergie à cela, espérant qu’aucun homme n’ait à revivre ce qu’ils ont enduré.

C’était il y a 75 ans mais il faut encore en parler, écouter / lire les survivants. Les derniers nous révèlent ici une partie de ce qu’ils ont vécu.

Quatrième de couverture :

Ils ne sont plus nombreux à pouvoir témoigner des camps de concentration. À peine une centaine d’hommes et de femmes, qui se sont longtemps tus face à une France d’après-guerre peu encline à les écouter. Rescapés grâce à une succession de hasards avant tout, ils ont su se reconstruire avec un courage remarquable.

Sophie Nahum est allée à la rencontre des « Derniers », ces résilients hors du commun, dont Ginette Kolinka et Élie Buzyn, pour une série de documentaires courts, de laquelle résulte ce livre choral. Leurs témoignages croisés se font écho tout en laissant apparaître la singularité de chaque destin. Ainsi, les derniers survivants de la Shoah nous offrent 75 ans après la libération d’Auschwitz un regard poignant sur leur vécu.

L’avis de Laure :

Cette lecture a fait électrochoc en moi dès l’introduction où l’on comprend la puissance du rôle de retranscripteur que prend Sophie Nahum. C’est le rôle d’une vie, ça ne peut en aucun cas être un projet journalistique parmi d’autres. Les témoignages qu’elle a entendus vont certainement l’habiter toute sa vie, ce ne sera jamais un projet clos et laissé derrière elle.

Pour nous lecteurs, ça n’est pas non plus une lecture qu’on lit pour passer à autre chose ensuite. Comme tous les témoignages des rescapés de la Shoah, certains détails vont nous marquer et rester gravés dans nos souvenirs. Ce ne sera pas forcément les mêmes pour moi que pour vous mais on ne peut rester insensible.

J’ai beaucoup aimé la forme générale du livre. Il est découpé en parties qui évoquent tous un moment clé de chaque parcours : l’arrestation, la vie en camp de concentration, la libération, l’après, etc. Des 24 hommes et femmes qui ont témoigné, nous avons aussi pour chacun, une page dédiée à leur histoire. Elles sont toutes poignantes à leur façon. Le livre est illustré des photos personnelles de chacun, dans leur jeunesse avant la guerre à aujourd’hui.

Il y a une chose qui m’a particulièrement émue dans leurs témoignages c’est l’après. Le vécu des camps, j’y suis assez familiarisée par le nombre de lectures que j’ai pu faire sur le sujet. Mais l’après est plus rarement évoqué. L’Histoire a été cruelle avec eux, leur retour n’a pas été facile, pendant des dizaines d’années, ils n’ont pas pu parler tant tout était nié, il fallait aller de l’avant, écrire une nouvelle page, oublier la guerre. Les récits de l’Horreur n’étaient pas les bienvenus. Mais comment pouvaient-ils oublier ? Comment se reconstruire ? Comment redevenir des êtres humains après de tels traitements ?

Nombre d’entre eux ont par ailleurs refusé soit d’avoir des enfants, soit de leur parler de cela, ne voulant pas leur faire porter un si lourd héritage. Et aujourd’hui, et c’est cela qui me peine particulièrement, ils nous disent que l’on n’a pas tiré de leçons de l’Histoire, que les choses se reproduisent, pas exactement à l’identique mais l’âme des hommes n’a pas changé. Le racisme anti juif est toujours là et le racisme au sens large également. J’ai vraiment de la peine à lire leur découragement, je me sens responsable, ils ont enduré cela pour nous, les nouvelles générations. Mais rien ne change.

Ma notation :

Une lecture importante, je vais garder ce livre dans ma bibliothèque et le ferai lire à mes filles en complément de leurs cours d’histoire lorsque la seconde guerre mondiale sera à leur programme.

Vous pouvez aussi retrouver les témoignages des derniers à la télévision ou sur le site Internet dédié.

Un happy end pour moi aussi, Mélanie Lacroix

Quatrième de couverture :

Si « tout finit toujours bien », alors pas de doute : Alice est loin, très loin de la fin !

Aujourd’hui, Alice a tout perdu : le petit ami, le job à Paris et le super appart. Pire encore, elle doit s’exiler dans le nord de la France… Alors, quand elle découvre que la maison qu’elle a héritée de sa tante se situe rue de l’Espoir, elle hésite entre le rire et les larmes devant cette ironie du sort. Finalement, ce sera le rire car cette maison est l’occasion d’un nouveau départ et, si la vie ne veut pas lui donner de happy end, Alice compte bien se l’écrire toute seule !

L’avis de Laure :

Parce que je ne résiste jamais à une petite romance légère de temps en temps (et peut être même de plus en plus souvent), je me suis laissée tenter par ce titre.

C’est une histoire de renaissance, de nouveau chemin de vie qui sera fort nécessaire à Alice pour rebondir. Elle vient d’être quittée par un petit ami avec qui elle ne partageait rien; le propriétaire de son appartement a vendu et elle va se retrouver à la rue; et enfin son employeur veut délocaliser son poste hors de Paris. La totale !

Mais à Lille où son employeur veut qu’elle parte travailler, elle va aussi hériter fort inopinément, de la maison d’une tante qu’elle adorait. Et d’une jolie somme d’argent, idéale pour rénover celle-ci. Alors Alice ne va pas hésiter trop longtemps, elle quitte Paris pour Lille où de beaux projets l’attendent. Là, on prend plaisir à la suivre dans un quotidien fait de renouveau. Il y a les mystères de l’héritage et de la vie de sa tante, il y a les nouveaux amis qu’elle se fera dans une ambiance décontractée si agréable, il y a le projet de rénovation de la maison que j’ai beaucoup aimé.

Et puis il y a … les hommes, les rencontres, l’envie d’être aimée. Et un drôle de trio amoureux puisqu’Alice va se retrouver à hésiter entre deux hommes bien différents. Du cœur ou de la raison, qui écoutera-t-elle ? Malheureusement, la romance est la partie de l’histoire que j’ai le moins appréciée. Surtout parce que tout se dénoue à la fin du roman et qu’on n’a pas l’occasion de vivre les débuts de sentiments amoureux d’Alice. C’est dommage !

Ma notation :

Une très agréable lecture que j’ai beaucoup plus appréciée dans sa partie feel good, renaissance de vie, projets de rénovation de la maison que pour la partie romance un peu trop hâtive à mes yeux.

(roman lu en partenariat avec Netgalley)

Le chant de nos filles, Deb Spera

Quatrième de couverture :

Alors que la région se remet encore de l’infestation de charançons qui a dévasté les plantations et l’économie, Gertrude, une mère de quatre enfants, doit prendre une décision terrible. Elle est prête à tout pour sauver ses filles de la famine et échapper à son mari violent.
Retta navigue dans un monde difficile en tant qu’esclave affranchie de première génération, toujours employée par les Coles qui ont autrefois été propriétaires de sa famille.
Annie, la matriarche de la famille Coles, doit faire face à la sinistre vérité qui a déchiré sa famille. Ces trois femmes n’ont apparemment rien en commun ; elles sont pourtant liées par les cruelles injustices qui sévissent depuis longtemps dans leur petite ville et auxquelles elles décident de faire face.

L’avis de Laure :

Deuxième lecture du début de cette aventure de lectrice Charleston, je m’y suis plongée sans attente particulière, sans savoir de quoi il allait être question et cet état d’esprit était parfait pour découvrir ma lecture.

On fait la connaissance de 3 femmes qui vivent dans la même ville de Caroline du Sud : Gertrude une femme blanche, mère de 4 filles et mariée à un ignoble homme alcoolique et maltraitant, il boit tout ce qu’il gagne et la famille vit dans une grande misère. Il y a Retta une ancienne esclave noire, une femme d’un certain âge, pleine de sagesse, qui travaille depuis des années pour la famille Coles. Et il y a Annie Coles, sa maîtresse, une femme blanche ayant vécu une destinée plus facile au sein d’une famille ayant du pouvoir. Et pourtant, cette femme est seule, elle a perdu un fils, n’a pas vu ses 2 filles depuis 15 ans…

Gertrude va être amenée à faire la connaissance de Mrs Coles qui a du travail à lui proposer au sein de son atelier de couture. Elle fait la connaissance également de Retta, au passage, à qui elle confie sa petite dernière le temps de régler ses problèmes personnels. On va alors suivre chacune des 3 femmes, le roman a une ambiance très douce, on lit leurs histoires, les peines et embûches que chacune a eu à surmonter dans la vie. Blanche, noire, riche, pauvre, elles ont toutes leurs lot de misère et c’est intéressant de le lire ainsi, sans hiérarchie de la peine.

Je progressais tranquillement dans ma lecture, prise par le quotidien de chacune. Et je n’ai rien vu venir. Il y avait pourtant eu quelques scènes étranges qui nous mettent le doute sur un personnage. Jusqu’au moment où… ça devient explosif ! Et je salue le grand talent de Deb Spera qui signe ici son premier roman. Elle nous amène vers quelque chose que j’étais bien loin d’imaginer, quelque chose dont il est très difficile de parler (dans la littérature ou ailleurs). Et j’ai été d’autant plus bluffée que ce sujet est amené tout en suggestion, tout est relaté de manière si douce, subtile alors qu’on a affaire à quelque chose de sombre et terrible. Le procédé narratif est très particulier mais je le trouve tellement adapté au récit, aux choses qui sont révélées ici. Si tout avait été relaté de manière directe, frontale, avec des détails précis, l’impact à la lecture aurait été complètement différent.

J’ai refermé ce livre stupéfaite, choquée mais aussi touchée par ce final où les femmes vont savoir s’unir pour en finir avec l’horreur et faire face aux terribles secrets qui pesaient sur la famille Coles.

Ma notation :

Un premier roman bluffant au procédé narratif tout en suggestion qui a parfaitement sa place au cœur du récit sombre dont il est question. Le chant de nos filles est une très belle histoire de vengeance et de renaissance au cœur des années 20.

Chuuut !, Janine Boissard

Quatrième de couverture :

Un beau château entouré de vignes, près de Cognac. C’est celui d’Edmond de Saint Junien, exploitant du  » nectar des dieux « .
Devise de la famille :  » On se tait, on se tient !  » Quoi qu’il arrive. Et même lorsqu’il s’agit de Roselyne, la fille aînée,  » perdue « , dont on est sans nouvelles depuis des années.
L’arrivée au domaine de son fils, Nils, dix-huit ans, dont tous ignoraient l’existence, va faire exploser un secret de famille et voler en éclats l’unité apparente des Saint Junien…

L’avis de Laure :

Je vous présente la première relique de ma PAL lue en 2020, un titre que j’ai depuis si longtemps que je ne saurai vous dire en quelle année je l’ai acheté, avant 2017 c’est sûr. C’est le côté secrets de famille qui m’a attirée dans ce roman évidemment et, bien que j’aie déjà lue l’auteure, je n’avais pas forcément eu envie de sauter sur un autre de ses romans.

J’ai beaucoup aimé le cadre du roman, le château de Saint Junien, agencé pour la cohésion familiale. Il y a le corps du château où vivent les grands parents Edmond et Delphine et autour des 2, ils ont séparé chacune des ailes du château en 2, créant ainsi 4 logements pour leurs 4 enfants. Il y a la famille de Baudouin avec ses 3 enfants, il y a Brigitte et son adolescent, autiste et il y a la jolie famille de Fine, notre héroïne. Vous allez me dire, il manque quelqu’un, ça ne fait que 3 familles pour 4 logements.

Le logement dédié à Roselyne est en effet resté vide depuis des années. Jusqu’au jour où celle-ci décède et où Nils, son fils de 18 ans, prend contact avec son grand père. Il est alors accueilli comme un roi et sera vite intégré à la grande famille des Saint Junien. Ses deux cousines Philippine et Fine sont notamment ravies de faire sa connaissance. Bien évidemment, comme dans toutes les familles, certains voient aussi cette arrivée d’un mauvais œil.

Nils est un personnage très attachant, son histoire est émouvante et j’étais contente de le voir si bien accueilli dans cette famille qu’il n’a jamais connue.  Jusqu’au drame. Le voir accusé en se doutant bien qu’il n’a rien fait, n’avoir aucune piste sur le coupable réel, voir la famille se déchirer autour de cette histoire. Et puis enfin, le suivre dans son enquête vers la réhabilitation, stupéfaite par la révélation finale bien cachée au cœur de cette famille.

Ce roman est un peu entre le thriller et l’histoire de secrets de famille, les événements qui conduisent au drame sont intéressants et bien pensés. Mais ça reste une lecture simple, pas le genre que je recommanderai aux amateurs de thrillers. Et d’ailleurs, il est justement classifié comme un roman.

J’ai été surprise par le chemin de vie que vont prendre les personnages principaux à la fin du roman, l’ouverture d’esprit de la famille est très positive et dessert bien l’évolution de la société d’aujourd’hui. Néanmoins, ça reste surprenant concernant ces personnages en particulier qu’ils aient si bien accepté les événements, je ne trouve pas que ce soit en accord avec leur génération, éducation ou niveau social.

Ma notation :

Une lecture sympathique mais qui ne sera pas mémorable.