La thérapeute, Hélène Flood


Quatrième de couverture :

Sara a 30 ans. Psychologue, elle suit des adolescents confrontés à des problèmes familiaux. Avec son mari, Sigurd, elle a récemment emménagé dans une maison surplombant Oslo. C’est là qu’elle a installé son cabinet. Lorsque Sigurd part passer la nuit chez des amis, à la montagne, le dernier message qu’elle reçoit de lui est une note vocale qui lui confirme qu’il est bien arrivé.
Mais le soir même, un ami de Sigurd l’appelle et s’inquiète parce qu’il n’est toujours pas là. Sigurd a-t-il menti ? Soudain, elle se sent prise de malaise dans cette maison aux pièces inachevées. Lorsque la police arrive et l’interroge, elle commence à craindre que la clé de la disparition de Sigurd se trouve peut-être dans ses propres souvenirs. Plus Sara se rapproche de la vérité, plus il lui paraît impossible de garder le contrôle de sa vie…

L’avis d’Audrey :

 

Ce que j’ai aimé dès les premières pages dans ce roman, c’est cette ambiance froide, presque clinique, et surtout cette sensation persistante que je ne pouvais absolument pas me fier à Sara, la protagoniste.

Sara est thérapeute à domicile et vit avec son mari dans une maison héritée de la famille de celui-ci, en banlieue d’Oslo. Des travaux qui s’éternisent, un quotidien en apparence ordinaire jusqu’au jour où elle apprend que son mari, qui devait passer un week-end festif avec ses amis, n’est en réalité jamais arrivé à destination. Pourtant un message laissé sur le répondeur par Sigurd son époux, prétendait le contraire. 

Une nouvelle qui aurait de quoi anéantir Sara. Pourtant, sa réaction est étonnamment mesurée. Est-elle simplement anesthésiée par le choc de cette disparition ? Ou y a-t-il autre chose ? Impossible pour moi de ne pas douter d’elle, et ce doute ne m’a jamais vraiment quittée au fil des pages.

Ici, pas de grande enquête policière menée tambour battant. Tout se joue davantage dans une atmosphère feutrée, presque étouffante, où l’introspection de Sara prend toute la place. Le passé se dévoile par petites touches, distillant les éléments nécessaires pour comprendre les enjeux de l’histoire.

J’ai vraiment apprécié cette lecture, notamment pour ses surprises et ses faux-semblants.

Un très bon thriller psychologique à découvrir cet automne, bien installé sous un plaid.

[Duo lecture] Nous vivrons ensemble, Ellie Midwood

La couverture :

(Laure) J’aime beaucoup cette couverture, bien sombre comme ce qu’on attend d’un roman sur la seconde guerre mondiale mais, après lecture, je n’ai pas trouvé le roman si sombre.

(Audrey)  Cette fille, cette valise et son regard pénétrant donne le ton sombre du roman

La quatrième de couverture :

1941. Pour Ilse, 18 ans, la vie a basculé. Il y a un an, elle n’était pas obligée de porter l’étoile jaune. Il y a un an, ses parents étaient encore en vie et n’avaient pas été assassinés par leurs compatriotes. Il y a un an, elle était libre. Aujourd’hui, à l’aube, elle descend du wagon à bestiaux et se retrouve dans le ghetto de Minsk. C’est sa nouvelle demeure : prisonnière de barbelés, entourée de SS qu’elle n’a pas le droit de regarder dans les yeux, et contrainte d’échanger ses derniers biens contre des miettes. Condamnée pour le simple fait d’exister, elle ne s’attend pas à survivre à l’été. Pourtant, les prisonniers du ghetto refusent de se rendre : la résistance clandestine prépare leur évasion. Le premier acte de rébellion d’Ilse est de faire sortir clandestinement des munitions de l’usine, en glissant des balles dans ses poches. Mais ce n’est que le début… Lorsque Ilse rencontre Wilhelm, un officier administratif SS local, elle est loin d’imaginer que sa plus grande rébellion sera de tomber amoureuse de lui. Wilhelm lui promet qu’elle survivra, même au prix de sa propre vie à lui.

Après lecture :

(Laure) Je n’ai pas toujours été conquise par les romans d’Ellie Midwood mais s’agissant de la seconde guerre mondiale, je suis toujours intéressée, toujours ! Celui-ci ne fait pas défaut, nous entrainant dans le ghetto de Minsk. 

Malheureusement, il fera aussi partie de ceux de l’auteure qui n’ont pas su me convaincre. D’abord parce que dans le début du roman certaines choses sont allées trop vite, des personnages à peine présentés, des enchainements d’événements que je n’ai pas eu le temps d’appréhender. Ma concentration étant parfois fluctuante, c’est plutôt elle la coupable ici.

Pourtant, en progressant dans le récit et alors que l’intrigue se resserre autour d’Ilse et Willie, les émotions n’ont toujours pas décollé. Je n’ai pas cru à cette histoire d’amour, je n’ai pas ressenti le lien entre Ilse et Willie, je n’ai donc très logiquement pas été attachée à leur survie. Je suis trop restée à distance dans ce roman, ça ne se commande pas. Le final est d’ailleurs resté dans cette veine, là où la guerre s’achève habituellement toujours avec émotion, Ellie Midwood choisit plus une fin ouverte qui complique à mon sens l’émotion finale.

(Audrey) On connaît Ellie Midwood pour ses romans historiques consacrés à la Seconde Guerre mondiale, mais aussi pour la manière dont elle rend hommage, à travers ses histoires, à celles et ceux qui ont survécu et lutté.

Dans ce roman, elle nous plonge au cœur de l’enfer du ghetto de Minsk, aux côtés d’Isle, une jeune femme forte et intelligente, condamnée, parce qu’elle est juive, à vivre derrière les barbelés et à subir les conditions terribles imposées par les nazis.

Isle trouvera des alliées, des amitiés nées de l’enfermement et de la nécessité de survivre. Elle rencontrera également Schultz, un officier de l’administration nazie. J’avoue avoir eu du mal à comprendre qu’Isle puisse s’attendrir à son égard. Pourtant, assez rapidement, il apparaît comme un homme fiable, qui ne partage pas l’idéologie de ses supérieurs et qui cherche à venir en aide à Isle.

Lorsqu’Isle commence à rêver d’évasion et de liberté, Schultz va d’ailleurs lui apporter une aide précieuse. Rien ne sera simple mais l’amour serait capable de soulever des montagnes. Et c’est justement sur ce point que ma lecture s’est essoufflée. Leur relation prend progressivement une place importante dans le récit et devient, à mes yeux, presque trop mièvre, en décalage avec l’horreur qui se joue en arrière-plan. Je n’ai malheureusement pas suffisamment ressenti la crasse du ghetto, la peur, la faim, la violence et la menace permanente. Cette romance a fini par prendre le pas sur ce que j’attendais de ce récit historique, et je n’ai jamais réussi à m’attacher à ce couple.

Cela n’enlève rien au travail considérable de recherche et de documentation qui caractérise les romans d’Ellie Midwood. Elle s’appuie sur des personnages réels et des faits historiques pour construire son récit. Et c’est sans doute là que réside l’importance de ce roman : raconter l’horreur de la Seconde Guerre mondiale à travers la fiction, faire revivre des destins et contribuer au devoir de mémoire.

(Partenariat non rémunéré, roman offert par les éditions Faubourg Marigny)

 
 
 
 

 

Nous, les Alonso Peral, Reine Andrieu


Quatrième de couverture :

Madrid, février 1936. Paloma Alonso Peral et ses proches accueillent avec joie la victoire du Front populaire aux élections. Mais la montée des tensions politiques et sociales en Espagne anéantit leurs espoirs et en juillet 1936, la guerre civile éclate. Paloma décide de s’enrôler, tout comme son frère Julian, dans l’armée de la République. Leur frère ainé, Juan José, tiraillé entre sa famille et sa fiancée, rejoint le camp des franquistes. Dans Madrid assiégée par les rebelles, leurs parents assistent impuissants aux soubresauts de la guerre et aux différends familiaux.

L’avis d’Audrey :

Rien que le titre et la couverture avaient déjà attiré mon regard. Cette photographie en noir et blanc, cette jeune femme le bras levé, brandissant un drapeau, et ce titre : Nous, les Alonso Peral. Un nom aux accents hispaniques qui évoque déjà toute une histoire. Avant même de commencer ma lecture, j’ai pu échanger brièvement avec l’autrice sur ce roman, sur ses raisons de l’écrire et sur cette période de l’Histoire qui m’intéresse particulièrement. Autant vous dire qu’il me tardait de le découvrir.

Février 1936, Madrid. Le Front populaire remporte les élections. Paloma et les siens exultent : la démocratie l’a emporté. Mais dès l’été, tout bascule. L’Espagne sombre dans la guerre civile.

Nous, les Alonso Peral, c’est ainsi que l’on désigne la famille de Paloma dans l’immeuble où ils vivent. Un nom qui devient presque une entité, une manière de rassembler sous une même appellation les membres d’une famille qui, pourtant, ne partageront pas toujours les mêmes convictions ni les mêmes choix. Cette guerre va profondément bouleverser les Alonso Peral.

Paloma se montre vite comme une jeune femme passionnée et courageuse. Hors de question pour elle de rester spectatrice du conflit qui déchire son pays. Nous allons la suivre durant les premières années de cette guerre, mais aussi découvrir les destins des différents membres de son clan.

Les déchirements, les peurs, les angoisses, les séparations, les drames. À travers cette famille, nous sommes aux premières loges de tout ce que la guerre d’Espagne a détruit : l’innocence, la tranquillité ou encore les certitudes. Il faut apprendre à se méfier de tous, choisir son camp, parfois trahir, fuir, prendre les armes ou simplement tenter de survivre.

À travers les Alonso Peral, Reine Andrieu dresse finalement le portrait de nombreuses familles espagnoles prises dans la tourmente de la guerre civile. Des vies brisées, des morts, des blessures, des rancœurs et des traumatismes qui, pour certains, perdureront pendant des décennies. Et au-delà de cette magnifique fresque familiale, j’ai particulièrement apprécié la façon dont le roman nous plonge au cœur du conflit. Le contexte politique, les enjeux militaires et les différentes batailles permettent de mieux comprendre comment l’Espagne a progressivement sombré dans l’enfer de la guerre civile.

J’ai été en colère, souvent. Puis profondément émue par tout ce qui arrive à cette famille. Au fil des pages, je me suis sentie moi aussi devenir une Alonso Peral. J’ai trouvé ma place parmi eux et j’ai partagé leurs peurs et leurs espoirs.

Quelle lecture ! 470 pages et trois années passées aux côtés de Paloma, Miguel, Julián et d’autres, dévorées en une seule journée. J’aurais volontiers passé encore 1 000 pages avec eux tant il m’a été difficile de les quitter.

Ce roman, je vous invite vraiment à le découvrir. Parce qu’il nous raconte une page terrible de l’Histoire. Parce qu’il permet de mieux comprendre ce qu’a été la guerre civile espagnole pour tout un peuple. Parce qu’il nous rappelle combien les conséquences d’un conflit peuvent se prolonger bien au-delà des combats. Et surtout parce qu’il rend hommage à tous ceux qui ont laissé leur vie dans ce pays et à ceux qui ont dû l’abandonner, et qui bien souvent n’ont jamais pu ou voulu y retourner.

Les roses de Guernesey, Charlotte Link

Quatrième de couverture :

En proie à une profonde crise personnelle, Franca Palmer, jeune enseignante allemande, se rend sur l’île de Guernesey en quête de sérénité. Elle trouve refuge chez Béatrice Shaye, une vieille dame anglaise qui passe ses journées dans la splendide roseraie entourant sa propriété. Avec elle vit Hélène, l’épouse du lieutenant allemand qui s’est attribué la maison de Béatrice pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui n’est jamais repartie. Les deux femmes sont unies par un passé mystérieux, fait d’affection et de haine, où repose un secret que Franca ne pourra percer qu’en plongeant dans les replis les plus sombres de leurs âmes.

L’avis de Laure :

Beatrice et Hélène sont à l’aube de leur vie, une vie partagée pendant des décennies, sans lien familial. Beatrice n’a jamais supporté Hélène et pourtant… elle est restée vivre avec elle. Pourquoi ? C’est ce que Franca, jeune allemande venant s’isoler sur Guernesey loin d’un mari avec qui rien ne va plus, va chercher à comprendre.

C’est en pleine seconde guerre mondiale que l’histoire commence, lorsque les anglais présents sur l’île tentent de fuir avant que les allemands s’y installent. Mais Beatrice, jeune adolescente ne parvient pas à partir avec ses parents. Non seulement elle reste alors bloquée sur l’île mais le couple d’officier allemands s’installe dans sa maison. Hélène est toujours là, des décennies plus tard. Qu’ont-elles vécu ? Avec ce livre, vous allez adorer la force de Béatrice, adolescente pendant la guerre mais quel courage et détermination. En revanche, croyez-moi, vous aurez du mal à être empathique pour Hélène, j’ai rarement vu pire pleureuse et manipulatrice…

Les allers et retours entre passé et présent sont très appréciables, j’ai aimé tous les personnages secondaires que sont Alan, Franca, Kevin… Avec chacun d’eux il y a d’autres faits à conter et d’autres thèmes à évoquer : alcoolisme, séparation, problèmes financiers, etc… Si le roman est séparé en 2 tomes, c’est plus par choix éditorial car il ne s’agit bien que d’une histoire. Néanmoins, j’avoue avoir moins apprécié la seconde partie qui évoque d’autres thèmes et des choses un peu abracadabrantesques qui m’ont moins convaincue.

Ma notation :

Une belle lecture.

 

Ce qui dort sous le camélia, Claudie O.Wetterwald


Quatrième de couverture :

Elles sont 254, alignées sur les bancs des prévenues d’un procès extraordinaire. Des femmes de tous âges, de tous milieux, accusées d’avoir commis le pire au cours du Désastre. Parmi elles, il y a Lisenn Delors. Jamais on ne la soupçonnerait du moindre crime. Et c’est peut-être cela qu’on lui reproche le plus.
Pour la défendre, Rym Kettani, son avocate, replonge dans ses souvenirs de cette période sombre. Elle aussi y a survécu, mais le monde d’après semble encore pire.

L’avis d’Audrey :

Comment survivre quand tout s’effondre ? Comment survivre au désastre ?

Ce qui m’a frappée dès les premières pages de ce roman, c’est sa construction narrative, à deux voix, mais aussi articulée autour de plusieurs moments clés. Il y a d’abord le jour du désastre, celui où tout s’arrête : un choc énergétique plonge la France dans le chaos et fait basculer les certitudes. Puis vient l’ère du désastre, lorsque tout s’effondre et que la survie devient la seule priorité. Le récit nous ramène ensuite avant le désastre, pour mieux comprendre les personnages et leurs trajectoires. Enfin arrive le procès, alors que le quotidien semble avoir repris son cours, mais dans une société devenue autoritaire et liberticide.

254 femmes sont jugées. Pour avoir osé. Pour avoir parlé. Pour avoir voulu être libres. Pour avoir combattu. Pour s’être levées. Pour avoir été des femmes. Le procès est médiatique, organisé dans un stade où chaque verdict peut conduire jusqu’à la mort.

Les deux voix qui portent le roman sont celles de Lisenn, l’une des 254 accusées, et de Rym, son avocate. Deux femmes, deux façons de traverser le désastre et de tenter de survivre dans un monde qui ne ressemble plus à celui qu’elles connaissaient.

Ce roman est brillamment écrit. Sa construction est particulièrement intelligente et entretient constamment le suspense. On ne cesse de se poser des questions : comment les événements vont-ils évoluer ? De quoi Lisenn est-elle réellement accusée ? Jusqu’où devra-t-elle aller pour survivre, et pour protéger ceux qui l’entourent ?

Mais au-delà de l’intrigue, c’est surtout l’émotion du roman qui m’a marquée. Il fait froid dans le dos et soulève des questions profondément pertinentes sur les femmes et leurs droits, l’instinct de survie, les traumatismes, la résistance et la fragilité de nos libertés. Il montre aussi à quel point un nouveau monde peut émerger à la faveur d’une crise.

C’est un roman déstabilisant, parfois glaçant. Une lecture qui m’a questionnée mais aussi profondément émue.