La bête en elles, Camille Lysière

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Quatrième de couverture :

Le bac en poche, Marie quitte sa province pour prendre un job d’été à Paris. Tous les possibles s’offrent à elle. Elle sera journaliste peut-être comme Olivier, l’ami de son père qui l’héberge avec sa femme pendant son séjour. L’homme se montre froid et distant d’abord. Puis il finit par lui prêter attention et Marie se réjouit de leurs tête-à-tête complices dans son bureau. Leur belle relation pourtant dérape. Quand Olivier s’invite dans sa chambre, elle se débat, mais cela ne suffit pas. Marie est dévastée. Aurait-elle séduit Olivier sans le vouloir ? Alors elle se tait. Elle étouffe sa honte et sa douleur qui font grossir la bête en elle. Marie n’est pas seule. Elle vit en 2009 ce que d’autres jeunes femmes de 17 ans comme elle ont vécu en un autre temps. Claudine en 1937, Isabelle en 1973 et Amandine en 1990. Traversant les époques, ce roman saisissant nous donne à lire la même histoire : le tragique et l’arbitraire du viol qui vient briser les destins.

L’avis de Laure :

Claudine, 1937.
Isabelle, 1973.
Amandine, 1990.
Marie, 2009.

Quatre femmes, une seule histoire. Deux mois d’été à Paris, pour travailler et gagner de l’argent, hébergée par un couple d’amis de leurs parents. Lui est d’abord complètement absent, ne lui adresse jamais la parole, ignore sa femme. Et puis il commence à parler littérature avec la jeune fille de 17 ans. Et un jour, c’est dans sa chambre qu’il se rend. Où elle va subir un viol. Duquel va s’ensuivre un été d’abus. Et pour la jeune fille, les interrogations permanentes de ce qu’elle aurait pu faire pour l’inciter à cela, comme si elle en était forcément responsable, l’ayant séduit sans vraiment le vouloir…

Des quatre jeunes filles anéanties, l’auteure raconte l’histoire, par alternance. Le récit reste linéaire, d’une jeune fille à l’autre. Et le lecteur recolle les éléments puisque toutes vivent la même chose. Ne changent que les prénoms des protagonistes et des éléments historiques qui font parfois varier quelque peu le contexte. Ce roman est donc d’une très grande originalité dans son écriture à travers ce procédé. C’est réussi parce que peu importe quelle jeune fille on suit, qui est la voix du moment, ne reste que le viol qui est venu dynamiter la vie d’une jeune fille de 17 ans.

Quelque que soit l’époque, aucune n’est armée, aucune ne portera plainte, ce ne sera toujours que non dit, culpabilité totale de ce dont elles sont pourtant victimes. Triste illustration d’un fait : la cause des femmes victimes d’un viol n’a pas évolué. Quand la vérité éclate dans le cercle familial, aucune n’a de soutien. Quand par la suite, les conséquences du viol viennent à nouveau perturber l’avenir des jeunes filles, il n’y a toujours pas de soutien. Alors, on assiste au déclin de nos 4 personnages, qui ne savent pas guérir de ce qu’elles ont subi, qui ne savent pas en parler, qui ne sont plus que colère. La bête en elles, elle nous fait peur, elle est triste, elle est injuste, elle ne devrait pas exister.

Ma notation :

Un sujet nécessaire servi par une narration audacieuse, originale et réussie.

Merci aux éditions Eyrolles pour cette lecture

Les indécis, Alex Daunel

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Quatrième de couverture :

Après un accident qui lui a coûté la vie, Max doit choisir un genre littéraire pour inspirer un auteur sur Terre et pouvoir ainsi gagner l’au-delà. Il découvre que nous avons tous des livres qui nous ont fait grandir et rêver.
« Je ne vous ai pas demandé qui vous étiez. Mais quoi. Quel genre littéraire ? »
Voilà comment Max, 33 ans, est accueilli dans un bâtiment froid et austère avant de comprendre qu’il vient de mourir dans un accident de voiture. Il n’est ni au Paradis, ni au Purgatoire, mais à l’Inspiratoire où les morts doivent choisir un genre littéraire afin d’inspirer un auteur sur terre.

L’avis d’Audrey :

Voilà un roman bien original et qui change de tout ce que j’ai pu lire ces dernières semaines. Et si la mort était bien différente de ce l’on pouvait imaginer? Une fois parti de l’autre coté, pas de réincarnation terrestre, pas de paradis ou d’enfer mais bienvenu dans l’inspiratoire. Une sorte d’entre deux, où l’on doit choisir notre genre littéraire préféré afin de commencer une seconde vie en tant que personnage de roman.

Pour beaucoup le choix parait aisé, mais pour d’autres pas du tout. Ce sont les indécis, dont fait partie Max. Il n’a que 24h pour se décider, et pour cela il va être guidé par une dame pleine de bienveillance et de passion, Mme Schmidt. Elle n’est pas son guide au hasard, elle a été sa professeure de français et Max avait beaucoup d’estime pour elle.

24h pour choisir, c’est aussi une journée pour faire une sorte de point sur sa vie, se rappeler des livres qu’il a lu, des textes qu’il a aimé, des auteurs marquants. Et en parallèle, voir défiler sa vie, repenser à ses amours, à sa famille et revivre le jour tragique de sa mort. Pourtant Max n’arrive pas à choisir. Aucun genre littéraire ne trouve grâce à ses yeux.

Cet endroit, ce choix à faire… il n’y a qu’un écrivain pour imaginer cette transition… grotesque!

[…]

-Personne ne le lirait. Trop dément.

J’ai beaucoup aimé ce roman, cette quête personnelle de Max qui pousse forcément le lecteur à s’interroger également. L’histoire est touchante, l’écriture est fluide. On déguste ce roman à la manière d’un conte philosophique. Ce roman est un beau mélange de genre, difficile à classer par l’originalité de son idée. On ressent tout l’amour qu’a l’auteure pour la littérature, et je me demande si les nombreuses références de titres ou d’auteurs qu’elle cite dans l’histoire ont un écho particulier pour elle-même. J’imagine que oui !

Et vous alors, à votre mort, vous choisiriez quel genre littéraire pour vous réincarner en personnage de roman?

Ma notation:

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(Merci à Mylène des éditions Archipel pour cette lecture)

Pourquoi nous ?, Astrid Veillon

Ebook pour IG (20)

Quatrième de couverture :

Un lumineux roman d’amour, de tolérance et de résilience sur la fragilité de la vie et l’importance de vivre à fond le moment présent.

Charly, navigateur épris d’aventure et de liberté, et Lucy, célèbre comédienne, ont tout pour être heureux. Chacun a trouvé en l’autre son double et s’autorise enfin à vivre pleinement. Jusqu’au jour où un drame vient briser la bulle de bonheur qu’ils ont construite autour de leur petit Léo…

Une relation mère-fils bouleversante et un lumineux roman d’amour, de tolérance et de résilience sur la fragilité de l’existence et l’importance de vivre le moment présent.

Quand le plus beau des cadeaux à faire à un enfant est de lui apprendre à aimer la vie envers et contre tout…

L’avis de Laure :

Ce roman est celui d’une rencontre, tout débute ainsi, lorsque Charly rencontre Lucy. Rien de prémédité, ni pour l’un, ni pour l’autre. Mais très vite cela devient l’histoire de toute une vie.

Une histoire qu’ils nous content chacun à leur tour. Une histoire dans laquelle très vite j’ai senti une tension. Je me suis dit « il va se passer quelque chose » et j’imaginais bien que ce quelque chose ne serait pas du genre joyeux. Alors, dans les pages qui ont suivi j’ai guetté. J’ai lu ce couple qui avance dans sa vie, les jolis événements qu’ils vont vivre les uns après les autres mais je n’ai pas pu savourer complètement tant j’attendais LE moment. Celui par lequel tout allait basculer.

C’est dommage car j’étais tellement en quête du petit truc qui allait faire boule de neige que je ne me suis pas laissée porter par les moments joyeux. Par cet homme généreux est confiant qu’est Charly, qui donne si facilement et qui avance sûr de lui. Par cette femme toujours dans le doute, qui allait devenir mère avec en elle la conviction de ne pas savoir faire, cette femme qui aura toujours besoin qu’on la rassure pour pouvoir savourer les instants de la vie et qui y parviendra peu à peu.

Et puis, évidemment, je l’avais tant vu venir… cet événement est arrivé. Je ne savais pas ce qu’il serait. Je ne l’imaginais pas si dur et inéluctable. J’ai été surprise alors par la suite du récit, la force permanente que les personnages vont devoir puiser en eux et dans leur amour. L’organisation qui se fait peu à peu de quelque chose que personne ne voudrait avoir à vivre. C’est dur de lire cela, je me disais alors tellement « je ne voudrais pas avoir à faire cela » qu’on se demande comment nos personnages y parviennent, comment ne pas être juste anéanti et incapable d’avancer ? Et pourtant, ils le feront.

Je ne vous en dis pas beaucoup car il est hors de question de spoiler ce sujet qui vient abattre le couple. Ce serait gâcher la lecture de ce roman que de savoir à l’avance ce qu’il va se passer.

Ma notation :

Un roman dans lequel je n’ai pas su me laisser emporter tant j’étais en attente du moment qui allait renverser le récit. Dommage.

(roman lu en partenariat avec Netgalley)

Les promises, Jean-Christophe Grangé

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Quatrième de couverture :

Les Promises, ce sont ces grandes Dames du Reich, belles et insouciantes, qui se réunissent chaque après-midi à l’hôtel Adlon de Berlin, pour bavarder et boire du champagne, alors que l’Europe, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, est au bord de l’implosion.
Ce sont aussi les victimes d’un tueur mystérieux, qui les surprend au bord de la Spree ou près des lacs, les soumettant à d’horribles mutilations, après leur avoir volé leurs chaussures…
Dans un Berlin incandescent, frémissant comme le cratère d’un volcan, trois êtres singuliers vont s’atteler à l’enquête. Simon Kraus, psychanalyste surdoué, gigolo sur les bords, toujours prêt à faire chanter ses patientes. Franz Beewen, colosse de la Gestapo, brutal et sans pitié, parti en guerre contre le monde. Mina von Hassel, riche héritière et psychiatre dévouée jouant les martyrs dans un institut oublié.
Ces enquêteurs que tout oppose vont suivre les traces du Monstre et découvrir une vérité stupéfiante. Le Mal n’est pas toujours du côté qu’on croit…

L’avis d’Audrey :

Aujourd’hui parait ce nouveau roman de Jean-Christophe Grangé. Un auteur dont on n’a jamais parlé avec Laure, un univers peut-être un peu trop éloigné de ce que l’on aime lire. Je me souviens avoir lu Kaiken il y a plusieurs années, et j’en avais gardé un souvenir assez malaisant : l’histoire d’un tueur en série qui s’en prenait aux femmes enceintes… brrrrr

Dans Les promises, ce qui a motivé ma lecture, c’est le contexte historique. On est à la fin des années 30, à Berlin, quelques semaines avant que la guerre ne soit déclarée. Le premier personnage que l’on va rencontrer est Simon Krauss. Il est psychanalyste, spécialiste des rêves, et dans son bureau défile le beau monde de la capitale, dont de nombreuses femmes, épouses des élites du parti national socialiste. Il va les écouter, noter le contenu de leurs songes mais en profite surtout pour les mettre dans son lit afin de les faire chanter. Tout s’envenime pour lui, lorsque l’une de ses patientes est retrouvée morte.

C’est Franz Beewen, un agent de la Gestapo, brutal, froid et cynique qui se charge de l’enquête. Il n’a aucune confiance en Simon, et pourtant il va avoir besoin de lui lorsque d’autres meurtres ont lieu, pour essayer de comprendre ce qu’il se passe et qui peut bien en vouloir à ces femmes. Tous deux vont s’accompagner également de Mina Von Hassel, une psychiatre talentueuse, bien qu’alcoolique et torturée.

Le trouble s’installe quand un point commun semble relier les meurtres : un homme au visage de marbre. Qui est-t-il ? Pourquoi ce masque ? L’enquête s’annonce compliquée, il ne faut pas faire de vague au sein du parti et se méfier de tous.

Ce roman a exigé une lecture très patiente et minutieuse. Le roman est dense, tout est finement détaillé et rend l’histoire très riche et infiniment passionnante. J’ai passé ces 650 pages au cœur de Berlin, dans son ambiance nauséabonde en plein nazisme. L’auteur nous décrit les rues, les paysages, les travaux. Les personnages sont présentés dans toute leur noirceur et vérité. Ils sont imparfaits pour beaucoup, mais on sait pourquoi. Tout est expliqué, décortiqué.

Cette histoire de tueur en série est glaçante et je me suis vite sentie passionnée par ce fait-divers. A cette enquête policière vient se lier le thème de la psychanalyse, de l’étude des songes. Tout le travail documentaire mis à profit pour rendre ce thème complet est très instructif (On est juste après les années Freud, avec l’essor de cette discipline.) Le récit est très addictif, révélant de nombreuses surprises.

Un thriller historique au cœur du mal, mais le monstre ne se cache pas forcément où l’on pense.

Ma notation:

Je ne pourrais pas comparer ce roman à d’autres titres de l’auteur. Mais je peux dire que j’ai été carrément bluffée par ce roman, une histoire et une plume comme je n’ai pas lu depuis longtemps.

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(Merci à Stéphane de chez 20 minutes pour la lecture)

Les secrets de Thornwood House, Anna Romer

Quatrième de couverture :

Les secrets n’appartiennent qu’aux vivants… Après le décès de son ex-mari, Audrey, photographe indépendante, et sa fille Bronwyn déménagent dans une propriété reçue en héritage dans un coin perdu du Queensland, en Australie. C’est dans cette maison abandonnée qu’elle recommence à zéro et qu’elle découvre la photo du grand-père de son mari, médecin pendant la Seconde Guerre mondiale. Intriguée par le personnage, elle apprend qu’il aurait assassiné sa maîtresse en 1946. Elle plonge alors dans un passé oublié et dans les secrets familiaux. Chose étrange, des meurtres similaires se produisent toujours dans la région. Le mystère s’épaissit et avec lui, les dangers..

L’avis de Laure :

Une couverture magique et pleine de mystère pour un roman captivant qui avait vraiment tout pour me charmer : secrets, maison de famille, seconde guerre mondiale. Un programme prometteur pour une lecture que j’ai adorée !

Thornwood house est la maison de famille de Tony, son ex, pourtant Audrey n’en a jamais entendu parler. Lorsqu’il se suicide, c’est un choc pour Audrey et sa fille Bronwyn tout d’abord par sa disparition puis lorsqu’elles apprennent avoir hérité de cette maison. Lorsqu’elles s’y installent, Audrey ne s’attend pas à tous les mystères du passé familial de Tony qu’elle va peu à peu déterrer.

Il y a d’abord ce grand père qui aurait assassiné sa compagne, juste après la seconde guerre mondiale. Il y a aussi la famille de Tony qui est directement concernée par d’autres mystères, que leur est-il arrivé pour que Tony ne parle plus jamais de son enfance, de son histoire, de ses proches ?

Le rythme du roman a été addictif pour moi tant tout m’y a plu. Il y a d’abord l’installation d’Audrey et sa fille à Thornwood, les connaissances qu’elles vont faire et les amitiés qui vont très vite se nouer avec des personnages secondaires qui ont été si attachants. C’est un renouveau pour elles deux, j’ai adoré sentir qu’elles allaient y être bien. Et puis il y a les mystères qui sont si bien amenés dans le récit, la découverte de lettres du passé que j’ai pris tant de plaisir à lire. On avance petit à petit, on trouve des réponses et d’autres questions arrivent. L’auteure intègre ensuite un journal intime qui est une nouvelle immersion dans le passé. Le procédé est habile et si prenant pour nous lecteurs. Et tout le suspense monte jusqu’à un final vraiment réussi. Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman et tous les éléments qui le constituent, la narration et le rythme des secrets sont parfaitement maitrisés. Vous allez adorer Thornwood, ses personnages et leurs secrets.

Ma notation :

Vous pouvez foncer sans hésiter sur cette lecture addictive.