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Sorrow, Damien Galland

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Quatrième de couverture :

Une famille unie, nageant dans le bonheur. Une doctoresse épanouie, comblée par sa passion de venir en aide aux autres. Une barmaid pleine d’énergie et de joie. Leurs vies bien rangées vont être chamboulées par les âmes noires d’un gang maléfique. Des actes violents vont les marquer dans leurs chairs, les plongeant dans un profond chagrin. Les destins des victimes vont s’entremêler au hasard des rencontres. Comment ces trois âmes perdues vont-elles trouver la force d’avancer, de passer à l’acte, avec pour seule arme la vengeance ? Vont-ils parvenir à mener à bien la mission qu’ils se sont fixée ?

L’avis d’Audrey :

Vous le savez, avec Laure, même si on a nos auteur(e)s chouchous que l’on prend plaisir à suivre et que l’on apprécie la la ligne éditoriale de plusieurs maisons d’éditions, on aime aussi découvrir de nouveaux auteurs, qui se sont lancés en autoédition. C’est le cas ici avec Damien Galland, qui a diffusé en début d’année son thriller Sorrow. J’étais curieuse de lire le roman d’un presque voisin, puisque l’auteur habite dans le même village que moi.

Tout commence par une soirée familiale des plus normales pour Marc, son épouse et sa fille. On est au cœur de l’été 2019, à Nancy. A la sortie d’un restaurant, après une balade agréable, la famille est attaquée par un homme à capuche noire. Des secondes qui durent une éternité, la peur d’une petite fille, l’angoisse et le bruit d’une détonation. La vie de Marc vole en éclat. Sa fille et sa femme ne se relèveront pas. Elles sont mortes. Le voilà seul, à vivre avec ce manque, cette douleur et cette vive colère.

Le roman va mêler deux narrations à une année d’intervalle. 2019, avec la drame de Marc : on va le voir vivre la perte des siens, reprendre son travail, pester sur l’enquête qui n’avance pas, échanger avec une psychologue, … Puis 2020, avec un premier chapitre où l’on rencontre Claire et Thomas de la police de Metz appelés dans un bâtiment d’une zone industrielle. Ils vont évoluer dans un lieu lugubre (où l’odeur pestilentielle décrite par l’auteure traverse presque les pages du roman tant ses descriptions sont réalistes) pour y dénicher un cadavre. Un premier cadavre, puis rapidement un second apparait, un troisième et minutieusement Claire et ses collègues vont trouver les liens dans ces affaires.

J’ai rapidement accroché avec cette histoire. Marc apparait comme un personnage meurtri, qui survit par la colère et la rage qui l’habitent. J’étais surprise de le voir reprendre si rapidement le travail. Bien d’autres auraient sombré à sa place. Mais lui reste debout. J’ai apprécié que les lieux du roman me soient familiers. C’est toujours plaisant de déambuler avec des personnages dans des endroits que l’on connait bien. Entre Nancy et Metz, mais surtout plus proche de moi, Bitche et sa citadelle ou encore la forêt de mon village.

Le récit est très prenant. Il n’y a pas de longueurs, de passages inutiles. J’ai rapidement compris le lien entre les affaires et la raison de cette narration sur deux années. Mais cela ne gâche pas la lecture, car ce qui reste intéressant dans ce roman c’est de voir jusqu’où peut mener le besoin de vengeance. Comme l’auteur le dit lui même en prologue :

Votre colère prendra le dessus, elle vous possédera, elle vous étouffera. Vous deviendrez un monstre, puissant, guidé par la soif de vengeance.

C’est donc l’itinéraire de cette vengeance que l’on va vivre, avec toute la violence qui s’impose. Par moments le roman est dur, un peu trop brut pour moi. Mais le final laisse entrer un peu de lumière et j’ai refermé ce roman un peu plus apaisée qu’au fil de ma lecture.

Ma notation:

Un premier roman réussi, et je souhaite vivement à l’auteur de trouver ses lecteurs.

Les feux de Noël, Marie-Bernadette Dupuy

Quatrième de couverture:

Colmar, novembre 1924. Lisel Schmitt, vingt-deux ans, est première main dans un atelier de confection pour dames. Après avoir passé un an à Paris, employée d’une prestigieuse maison de couture, elle rêve de créer ses propres modèles et de faire carrière.
Son destin, jusqu’alors paisible et prometteur, bascule le jour où un incendie se déclare dans le magasin où elle travaille. Piégée dans l’immeuble en flammes, brûlée aux mains, elle est sauvée de justesse par Heinrich Keller, un pompier.
L’attirance est immédiate entre les deux jeunes gens, mais bientôt Lisel est victime d’une mystérieuse machination et confrontée à un terrible secret, ce qui pourrait briser tous ses rêves.

L’avis d’Audrey :

L’héroïne de ce roman, Lisel Schmitt travaille au sein d’un atelier de couture à Colmar pour la famille Weiss. Un soir, alors qu’elle pense être seule à l’atelier, elle est surprise par un employé qui depuis quelques jours lui tourne autour. Alors qu’elle repousse ses avances, un feu se déclare accidentellement dans l’atelier. La jeune femme ressort indemne du feu, avec quelques brulures aux mains. Heinrich Keller, Le pompier qui lui est venu en aide est charmée par Lise., l’attirance est immédiate entre eux. Après la peur de l’incendie, Lise n’imagine pas que le pire l’attend. Elle est accusée d’avoir mis le feu volontairement au local, et rapidement elle se sent suivi et menacée. Alors qu’elle pensait trouver un peu de réconfort auprès d’Heinrich, elle se résigne vite à espérer davantage de cet homme.

Lise est un vrai personnage de roman comme je les aime: un caractère bien à elle, une force et une détermination sans faille, la beauté et la jeunesse, des rêves et des projets pleins la tête. Malgré toutes les épreuves qu’elle va devoir vivre, elle saura garder cette étincelle si particulier et ne lâchera jamais. J’ai beaucoup aimé sa rencontre avec Heinrich, les difficultés qui se dressent entre eux, sa résignation et ce désir qu’elle a pour lui, toujours présent mais enfoui.

Le récit ne se contente pas de nous narrer une histoire d’amour tourmentée et difficile. A travers Lisel et Heinrich, c’est toute une histoire familiale, locale et historique compliqué qui est mis en lumière. Les secrets, les vengeances et les drames du roman mettent en avant la rancoeur qui pouvaient exister entre ceux qui étaient du coté français ou allemand pendant la 1ère guerre mondiale. L’Alsace est redevenu française à la fin du conflit, mais moins de 10 années plus tard, les cicatrices sont toujours présentes.

J’ai aimé déambulé dans les rues du Colmar des années 20 parmi les odeurs de pain d’épices ou de chocolat chaud et les lumières du christkindelsmärik (marché de noël). Les différents personnages du roman, permettent de se rendre compte aussi du fossé entre les notables, les riches et les ouvriers ou ceux de la campagne. Lisel sait attirer la sympathie autour d’elle, et elle sera ainsi aidé dans les terribles épreuves qui l’attendent.

Un roman captivant, difficile à lâcher. Alors que Lise semble déjà vivre le pire, l’auteure dresse sur sa route de nouvelles épreuves et on se demande vraiment jusqu’où les personnages prêts à tout pour lui nuire iront.

Ma notation :

Malgré quelques lenteurs, je me suis laissée porter par cette histoire. Une bien belle lecture.

Dompteur d’anges, Claire Favan

Quatrième de couverture:

On ne choisit pas sa famille.
Encore moins celle de son ravisseur…

Condamné pour un meurtre qu’il n’a pas commis, Max Ender a été jeté en pâture à ses codétenus par ceux-là même censés assurer l’ordre et la discipline au sein de la prison. Lorsqu’il est reconnu innocent et libéré, ce n’est plus le même homme. Il n’a désormais plus qu’une seule idée en tête : se venger de cette société qu’il hait par-dessus tout.
Pour frapper ses bourreaux au coeur, il va enlever leurs enfants et, méthodiquement, au fil des ans, faire de ces petits anges des bêtes féroces avant de les envoyer punir ses tortionnaires à sa place. Tout se déroulera selon ses plans jusqu’à ce qu’une de ses créatures lui échappe et disparaisse dans la nature…

L’avis d’Audrey :

J’ai hésité à sortir ce roman en pleine période de confinement. Je sortais d’une lecture « feel-good » qui m’avait fait du bien, alors me plonger dans un thriller, était-ce le bon moment ? Et contre toute attente, Claire Favan m’a embarquée dans son univers et j’ai dévoré ce roman.

Max, abandonné par son père, orphelin de mère très jeune commence assez mal dans sa vie. Alors quand il est accusé du meurtre et du viol du jeune Kyle (avec qui il s’était lié d’amitié),  tout explose. Il est jugé coupable et envoyé en prison où on imagine bien que son accueil, en tant que violeur d’enfant, a été très difficile. Il y passera 5 ans terribles, entre violence et humiliation de la part des autres détenus mais aussi du personnel. Condamné à vie, il sortira tout de même au bout de 5 ans, quand le véritable tueur sera confondu et innocentera ainsi Max.

L’heure de la vengeance a sonné. L’homme compte bien régler ses comptes avec le système, les règles et les gens qu’il juge responsables de sa descente en enfer. Il met en place un plan machiavélique en enlevant des jeunes enfants, qu’il dressera et élèvera dans le but de tuer, de venger. Mais ces enfants ne sont pas choisis au hasard. Les mois et les années passent, les enfants semblent totalement conditionnés à tuer, à suivre ses ordres, à être fidèle à Max. Pourtant l’un d’eux fuira et retrouvera sa liberté. L’histoire n’est pas finie pour autant, et les liens qu’il a avec Max et ses anciens « frères » le rattrapent.

Quelle idée terrible : enlever des enfants! La première partie du roman dans laquelle on assiste au « dressage » des enfants est très dure à lire. J’étais mal à l’aise d’être spectatrice de cette souffrance. L’auteure instaure vraiment une ambiance malsaine et gênante. La façon dont ils sont élevés dans la haine des autres et dans cette violence est très glauque. Quand le roman prend une tournure nouvelle avec la fuite d’un des petits guerriers, j’ai trouvé que l’histoire prenait un tout autre intérêt à mes yeux. J’étais captivée par l’évolution de ce personnage et la façon dont son expérience tragique a déterminé sa vie et ses réactions d’adulte.

L’écriture est pleine de talent, le style est fluide, les chapitres s’enchaînent et accrochent le lecteur. La psychologie des personnages est détaillée avec minutie, on s’insinue dans leurs cerveaux jusqu’à presque justifier leurs actes et comportements. J’avais vu venir un petit élément au fil du récit, donc n’étais pas particulièrement surprise par le final de l’histoire. Néanmoins j’ai aimé la façon dont le roman s’achève. Une fin qui pourrait déranger les lecteurs, mais qui colle parfaitement à l’ambiance générale du roman.

Ma notation :

Un thriller dément où manipulation et vengeance vont vous tenir en haleine. J’ai adoré!

 

Gare à Lou!, Jean Teulé

 

Quatrième de couverture:

Comme le disaient Mozart et Shakespeare :  » Il est très agréable de jouir d’un don exceptionnel, mais il ne faut pas oublier que c’est une source inépuisable d’embêtements.  » À 12 ans, Lou partage absolument cette opinion. Au prétexte qu’elle est en mesure de faire tomber immédiatement les pires calamités sur la tête de tous ceux qui la contrarient, on l’enferme dans un endroit secret en compagnie de militaires haut gradés pour qu’elle devienne une arme absolue capable de mettre en échec les plans malveillants des ennemis du pays ou, pire, d’ourdir de méchantes et sournoises manœuvres afin de causer des torts effroyables à d’autres nations. De telles occupations n’offrent pas à une adolescente les satisfactions que la vie aurait pu lui promettre. D’autant que son super pouvoir, aussi extraordinaire soit-il, ne fonctionne pas toujours comme prévu. Rien ne pouvait mieux inspirer Jean Teulé que d’imaginer les horreurs qu’un être humain bien disposé peut infliger à ses contemporains.

L’avis de Lunatic :

Je ne m’attarderai pas sur la couverture que je trouve pas très moderne et qui perso ne me donne pas envie. Le portrait de cette jeune fille souriante me fait penser au gamin kinder, pas vous? Mais qu’importe le contenant, l’essentiel reste le texte. J’aime beaucoup Jean Teulé, pour son écriture qui se démarque tant, par son ton, son style qui peut surprendre et ses idées de romans toujours assez originales. Ici il laisse pour un temps les romans « historiques » pour nous présenter un court roman au pitch quand même très tentant. Imaginez que Lou, petite fille de 12 ans a le don de pouvoir se venger des gens qui la contrarient. Un pouvoir que l’on est nombreux à rêver d’avoir je pense.

J’aime l’idée, on y retrouve le style de l’auteur (même s’il est plus sage dans ce roman) mais j’ai eu le sentiment que tout était survolé, bâclé, pas achevé. Le récit est plein d’humour, c’est absurde, loufoque et complètement barré. Le texte est parsemé de jeux de mots que j’ai beaucoup appréciés. J’ai lu d’une traite ce roman, et heureusement, car s’il avait été plus long je pense que je ne l’aurai peut être pas fini.

Je crois que Teulé on aime ou on déteste. Beaucoup de lecteurs n’accrocheront surement pas avec ce roman. Cette lecture ne me laissera pas un vif souvenir, mais j’ai apprécié ma petite heure d’évasion au sein de son univers futuriste.

Le jour d’avant, Sorj Chalandon

Quatrième de couverture :

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

L’avis de Lunatic :

Décembre 1974, un coup de grisou dans une mine de Saint-Amé à Liévin dans le Pas-de-Calais fait 42 morts. 43 morts si l’on compte Jojo, le frère de notre narrateur Michel Flavent. Jojo n’est pas mort au fond, mais est décédé quelques jours après des suites de ses blessures. La famille sombre, et le père des deux frères, avant son suicide écrit à Michel « Venge nous de la mine ».

2014, Michel, devenu chauffeur routier, exilé à Paris, veille sa femme qui décède. Il est alors l’heure pour lui de se venger, de retourner dans ses terres et retrouver celui qu’il juge comme responsable de la mort de Jojo, le contremaitre Lucien Dravelle.

Dès le début de ma lecture j’ai été surprise avec quelle précision et réalisme l’auteur a su dépeindre le quotidien des mineurs, la vie dans un bassin houiller et tant de détails se rapportant au milieu des mineurs. Jojo, Dravelle, leur compagnon de travail, j’en côtoie quotidiennement, et leur souvenir est tel que Sorj Chalandon le décrit dans son roman. Je suis native d’un bassin houiller, j’y ai grandi, j’y travaille alors l’univers du roman me parlait, et j’étais très curieuse de le lire. J’avais peur que l’auteur tombe dans des clichés comme on en lit souvent, mais non, j’imagine qu’il a dû beaucoup se documenter pour son livre (je lisais qu’il était journaliste et couvrait les événements en 1974).

Au-delà de la mine, ce roman est le portrait d’un homme qui vit une tragédie, qui doit avancer malgré la perte de son frère. J’étais assez mal à l’aise avec cette idée de vengeance, je ne comprenais pas trop pourquoi faire porter à Lucien Dravelle toute la responsabilité du drame, Michel Flavent devenait alors à mes yeux un personnage très sombre, loin d’être sympathique. On assiste rapidement à sa vengeance et Michel est incarcéré et on est spectateur de son procès. A partir de ce moment, je pensais m’ennuyer, mais lors d’une audience au tribunal, on nous révèle un élément essentiel qui donne au roman un nouveau sens (et je comprenais enfin le choix de ce titre : Le jour d’avant). Le récit en devient alors encore plus captivant, touchant et on voit Michel et ses actes sous un œil nouveau.

Ma notation :

J’ai été totalement charmée par l’écriture de Sorj Chalandon. Une belle découverte que je vais partager autour de moi.

Roman lu dans le cadre de Matchs de la rentrée littéraire Priceminister