Un paquebot dans les arbres, Valentine Goby

006Quatrième de couverture :

À la fin des années 1950, Mathilde, adolescente, voit partir son père puis sa mère pour le sanatorium d’Aincourt. Commerçants, ils tenaient le café de La Roche-Guyon. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant laisse alors ses deux plus jeunes enfants dans la misère. Car à l’aube des années 1960, la Sécurité sociale ne protège que les salariés et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui, par insouciance, méconnaissance ou dénuement ne sont pas soignés à temps. Petite mère courage, Mathilde va se battre pour sortir ceux qu’elle aime du sanatorium, ce grand paquebot blanc niché dans les arbres, où se reposent et s’aiment ceux que l’enfance ne peut tolérer autrement qu’invincibles.

L’avis de MadameOurse :

J’étais ravie de me plonger dans ce roman car nous avons beaucoup entendu parler de l’auteure pour son précédent roman, Kinderzimmer. Cela fait longtemps que je voulais la lire sans prendre le temps alors cette fois c’est chose faite même si c’est pour un autre de ses romans.

Dès les premières pages, j’ai été un peu perdue dans ma lecture, j’ai mis du temps à y entrer vraiment. En cause, les phrases très longues de l’auteure et les nombreuses énumérations. Dès le début du roman, elle évoque la vie heureuse de la famille Blanc, avant que la tuberculose ne vienne changer les choses, mais cette évocation est faite, je trouve, de manière rapide et cela se ressent dans la façon d’écrire.

Mais petit à petit, le récit se recentre autour de Mathilde, la fille cadette et l’héroïne du roman. C’est elle qui va tout porter, qui va nous faire ressentir comme la vie est dure dans les années 60 lorsque la maladie touche une famille qui s’en sortait bien. Car, sans sécurité sociale, le coût des traitements aura vite raison des économies de la famille et les plongera dans la misère. Et alors, c’est un peu la descente aux enfers, comment manger, s’habiller, continuer à payer les traitements médicaux tout ça quand on est trop malade pour continuer à gagner sa vie ? Et surtout comment rester unis lorsque les 2 parents sont malades ?

La famille éclatée, la vie au jour le jour, c’est Mathilde qui nous la raconte, c’est Mathilde qui combat, qui met sa jeunesse de côté pour que chaque jour les choses continuent à aller. J’ai beaucoup appris de cette lecture, on oublie nous qui sommes nés dans ces décennies où tant de choses étaient déjà acquises aux Français. C’est bon de ne pas oublier les progrès qui ont été nécessaires et les familles qui ont subi la pénibilité des choses avant les changements. Et Mathilde porte très bien ce récit, elle nous émeut et nous touche cette jeune fille.

Ma notation :

Un roman très intéressant de par le thème traité, instructif, enrichissant, cultivant mais pas de coup de cœur pour ma part.

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Merci aux Matchs de la Rentrée Littéraire Priceminister de m’avoir permis de gagner ce titre paru chez Actes Sud.

La note sensible, Valentine Goby

Quatrième de couverture :
 » Je n’ai jamais connu de vous qu’un univers sonore, où dominaient Mozart et votre violoncelle. Vous jouiez. Les voix chantaient. J’écrivais. Votre musique est dans ce manuscrit. A vous entendre, j’ai eu peur de vous aimer. Je vous ai fui. J’ai écrit ce qui aurait pu être notre histoire. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne vous demande pas pourquoi vous avez joué pour moi du violoncelle, chaque soir, pendant des mois. Quand vous aurez terminé votre lecture, je serai nue devant vous, et pourtant moins vulnérable qu’au soir du 15 octobre. Je n’aurai plus rien à dissimuler, pas même de l’amour. « 
L’avis de Lunatic :
J’ai été encore une fois totalement conquise par l’écriture de cette auteure. Totalement différent de ce que j’ai pu lire d’elle avec Kinderzimmer.
Ce roman, c’est l’histoire d’une rencontre. La rencontre d’Inès une jeune prof d’anglais au conservatoire de Paris avec son voisin d’une cinquantaine d’années, Monsieur Vendello, un musicien doté d’un charme qui ne la laisse pas indifférente. Elle ne se lasse pas de l’entendre jouer du violoncelle à travers les murs de son appartement. Et elle se prend à fantasmer sur ce qu’aurait pu être leur rencontre.
Et le récit des moments passés ensemble est très réel, plein de poésie, de tendresse.. L’écriture est douce, les mots coulent (à l’inverse de la dureté du texte de Kinderzimmer ou de Qui touche à mon corps je le tue).
Un récit dans la sensibilité. Une merveille à lire d’une traite.
Ma notation : 
J’ai aimé. Une très belle lecture.

Duo lecture : Kinderzimmer, Valentine Goby

Cette semaine, Lunatic et Zelda ont choisi de se plonger ensemble dans la lecture de Kinderzimmer.
Pourquoi ce livre ?

Zelda : Pour plusieurs raisons. Tout d’abord pour le thème de la seconde guerre mondiale et de la déportation, parce que cette période de l’histoire m’intéresse beaucoup et me touche énormément, parce que ces horreurs paraissent débarquer d’un autre monde, mais ces faits sont pourtant si récents et si inhumains.
Ensuite pour le thème de la maternité, par curiosité surtout concernant cet heureux évènement, le plus beau de la vie d’une femme, mais vécu dans des conditions physiques et psychologiques terribles, les plus dures.
Ayant déjà lu Si c’est un homme de Primo Levi et La nuit  d’Eli Wielsel notamment, j’étais aussi intriguée de ce livre racontant l’histoire d’une FEMME en camp de concentration.
Lunatic : Quand Zelda a proposé qu’on lise en binôme Kinderzimmer, j’ai dit oui de suite. Je venais juste de le recevoir et j’avais souvent vu ce roman au fil des blogs, revues littéraire, critique de presse.
J’ai lu beaucoup de romans sur le thème de la déportation, c’est un sujet qui m’intéresse, donc forcément ce livre m’avait intriguée.
La couverture 
Lunatic : La couverture est simple. Un simple berceau. Ça suffit. Ce livre n’aurait pas justifié une couverture coloré, attrayante. Il fallait quelque chose de sobre..
Zelda : Cette couverture est choisie également avec soin. Un couffin, signe de vie qui débute et de bonheur, seul au milieu d’un champ, dans le brouillard. Comme un avenir brouillé et incertain sous ce ciel sombre, mais l’espoir, toujours, avec ce temps plus clair au loin.
La quatrième de couverture :
“Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c’est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D’accord ?
– Je ne sais pas.
– Si tu dis oui c’est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.
Mila se retourne :
– Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux ?
– La même chose que toi. Une raison de vivre.”
En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.
Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.
Après lecture :
Lunatic : J’ai refermé ce livre hier soir : Un soupir, un frisson. D’ailleurs, on le referme, mais on reste dedans, on ne se sépare comme ça de Mila, de son enfant, de ses femmes. Il va me falloir quelques jours pour m’en séparer je pense…
J’ai lu ce livre en 2 jours. Il est bref (218 pages mais le format Acte Sud est très étroit donc peu de pages finalement) mais j’ai ressenti le besoin à plusieurs moment pendant ma lecture de m’arrêter, comme pour me protéger de toute cette violence, de ces mots si tranchants. Puis ce roman demande une totale attention, on ne peut pas se permettre d’être coupé par des attentions extérieures je trouve (télé, conjoint, bruit des voisins..). J’avais besoin d’un silence total, comme pour respecter au mieux ce dur récit.
L’écriture est très différente de ce que j’ai l’habitude de lire. Les phrases sont courtes, rapides, concises. Presque un style télégraphique je trouve. Une succession de phrases, de faits, comme pour accentuer le récit, la souffrance.
Le récit est dur, forcément sur le thème de la déportation, de l’extermination… mais bien plus dur que d’autres romans sur ce thème je trouve..
Certains détails sont troublants, on en viendrait presque à sentir ces odeurs décrites, à ressentir avec Mila ce froid, ces douleurs.
En même temps, j’ai trouvé que tout était décrit de façon très froide, avec beaucoup de distance, de façon « clinique » presque.
Vu le sujet, on ne peut pas parler de belle lecture. C’est une lecture qui marque. Ce roman touche, m’a mise une sacrée claque.
Je ne conseillerai pas forcément sa lecture, car ce n’est pas une lecture plaisante.. Cette lecture est comme un cri, un récit d’horreur (mais de vie aussi, de liberté…)
Je me demande comment on peut écrire sur ce sujet sans témoigner, mais en inventant l’histoire finalement. Il faut un travail de documentation énorme je suppose. Puis en écrivant ce type de récit, on ne doit pas en sortir indemne quand même, on doit vivre son roman, vivre ses personnages.
Zelda : Une lecture qui marque et perturbe, tant par le thème que la forme. Écrit de façon lapidaire, avec des phrases courtes, concises mais tellement fortes de sens et de sentiments.
Ce livre est dur, très dur, il raconte l’histoire de Mila, une jeune femme naïve, un peu perdue et qui plus est enceinte lorsqu’elle est arrêtée et déportée dans un camp de concentration. 
Impossible d’en sortir indemne tant ce roman est poignant, de vérité et de souffrance. Des mots choisis avec minutie où chaque propos est pesé et réfléchi. On sent une réelle volonté de l’auteur de nous imprégner au mieux de cet enfer. Et c’est plus que réussi. On perçoit les sons, les cris, les pleurs. On voit l’horreur, la famine, la violence. On vit avec toutes ces femmes la souffrance, la peur, l’angoisse. On sent l’insoutenable odeur des cadavres entassés qui pourrissent et des maladies qui pullulent. Il y a aussi de la proximité, imposée avec ces milliers de femmes dans les mêmes blocks, mais aussi recherchée, à cause du froid, de la peur, de la solitude. Beaucoup de désespoir mais aussi une lueur d’espoir. Cet enfant à naître. Pour qui il faut survivre, qu’il faudra nourrir et protéger pour qu’à son tour il vive et sorte de cet enfer. Il y a aussi une touche de solidarité entre ces femmes au numéro tatoué, ces cœurs meurtris réduits à de simples numéros.
Je ne regrette pas d’avoir plongé dans ce livre que je ne suis pas prête d’oublier, mais il m’a fallu des pauses et des moments de répits pour digérer l’indigérable et supporter l’insupportable.
Je vous le conseille forcément si vous aimez l’histoire et notamment cette période de l’histoire, mais attention, ce roman n’est pas facile… Les cœurs fragiles/sensibles du moment s’abstenir.
Si vous avez envie de faire une lecture en duo, n’hésitez pas, nous en ferons régulièrement en tenant compte de vos envies de lectures et les duos évolueront d’une fois sur l’autre. Faites nous un petit mail en nous disant ce que vous auriez envie de lire.