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J’ai hâte d’être à demain, Sandrine Sénès

Quatrième de couverture:

il était une fois une femme qui se sentait très seule. Elle rêvait d’une belle rencontre. Elle avait une folle envie d’aimer…

L’avis d’Audrey :

187 pages d’anecdotes, de discussions et pensées autour de l’amour, mais pas seulement. La narratrice (l’auteure elle même ou pas?) nous parle d’elle, de ses relations amoureuses, de sa solitude. Elle nous propose plusieurs scènes ou rencontres. Elle nous parle par exemple de Simon, un ancien compagnon qu’elle avait peur de « perdre », de Babar qu’elle croise au tabac, des couples autour d’elle qui ont le don de l’agacer, des hommes qu’elle croise, qu’elle aurait pu aimer mais le destin ou ses principes en ont voulu autrement.

Une succession de scènes, pleines d’humour, un humour grinçant et cynique que j’ai beaucoup aimé. Mais au delà de l’humour, c’est aussi très tendre, percutant et plein de réalisme. J’ai lu ce texte en une petite heure. J’ai ri, j’ai souri, j’ai soupiré. Comment ne pas se prendre d’affection pour ce personnage, pour cette femme pleine d’assurance et pourtant si peu sûre d’elle.

Pour finir, j’ai juste envie de vous parler de deux scénettes qui m’ont particulièrement plu : Imaginez que vous faites vos courses, vous êtes au rayon surgelé, et un homme s’empresse d’ouvrir chaque porte de congélateur vous permettant de choisir vos produits. Pas une fois, ni deux, mais sur l’ensemble de l’allée des surgelés. Une scène digne d’une comédie romantique. Dans ce contexte notre héroïne imagine déjà la belle histoire qu’elle va s’apprêter à vivre. Malheureusement, le prince charmant du congelo est édenté et bedonnant.

Dans un style très différent, j’ai été émue par l’histoire de Magdalaine qui prépare à manger pour son homme chaque midi. Comme chaque jour elle l’attend. Elle cuisine beaucoup, elle cuisine trop. Des casseroles pleine de pâtes, de riz. C’est ce qu’il aime manger son homme. Elle l’attend, chaque midi, depuis 20 ans. Mais ce qu’elle a oublié Magdalaine, c’est qu’il est mort. Pas grave, elle lui préparera un bon plat pour le dîner.

Je vous laisse découvrir le reste et vous délecter du ton et du style bien particulier de l’auteure.

Ma notation :

Une lecture rafraîchissante, drôle et tendre sur l’amour, celui qu’on attend, celui qu’on idéalise.

(Merci aux Editions de L’Iconoclaste pour la lecture)

Les lendemains, Mélissa Da Costa

Quatrième de couverture:

Ce que la vie prend, elle le redonne aussi.
Amande ne pensait pas que l’on pouvait avoir si mal. En se réfugiant dans une maison isolée en Auvergne pour vivre pleinement son chagrin, elle tombe par hasard sur les calendriers horticoles de l’ancienne propriétaire des lieux. Guidée par les annotations manuscrites de Madame Hugues, Amande s’attelle à redonner vie au vieux jardin abandonné. Au fil des saisons, elle va puiser dans ce contact avec la terre la force de renaître et de s’ouvrir à des rencontres uniques. Et chaque lendemain redevient une promesse d’avenir.

L’avis d’Audrey :

Une petite maison en Auvergne, loin de Lyon. C’est là qu’Amande a choisi de s’installer, ou plutôt de s’isoler, de fuir. Cette jeune femme se préparait à vivre sûrement le plus été de sa vie. Il sera mémorable effectivement, mais pour des raisons bien différentes que celles attendues. Le soir du 21 juin, la musique a laissé place au choc, aux pleurs et au sang.

S’éloigner des autres, de son appartement, de cette réalité pour mieux vivre son malheur et s’y noyer peut-être. Amande s’enferme dans cette maison, et ça lui va bien. Ne plus laisser passer le soleil, astre de malheur. Ne plus laisser passer la lumière, la chaleur. Attendre que l’été disparaisse, cet été meurtrier.

Arrive l’automne, l’été s’éloigne mais n’efface pas pour autant le pire, les souvenirs, la peine. Puis elle devient attentive aux lieux, et surtout aux jardins. Un intérêt suscité par la lecture des calendriers de l’ancienne propriétaire des lieux. Madame Hugues y notait , entre autres, ses pensées, conseils de jardinage ou recettes de cuisine. Amande décide alors de redonner au jardin et au potager une allure agréable. S’abrutir à la tache, ne plus réfléchir, ne plus penser. Oublier le malheur pour un instant. Passer les jours, les semaines, les mois.

Doucement, Amande apprend à vivre avec cette douleur, à supporter, et au fil des jours, on la voit reprendre goût à la vie, et aux autres. Malgré ce besoin de solitude, elle sait aussi s’entourer et se soucier des autres. Elle apprend à laisser entrer… Chaque herbe, fleur, de son jardin la ramène à la vie. Cette nature si sereine, l’apaise et la fait grandir. On assiste à une éclosion bien particulière, la transformation d’une femme meurtrie et fragile en une femme plus apaisée.

Ce roman est bouleversant. Je l’ai lu quasi d’une traite, un nœud au ventre. Les premiers chapitres mettent à terre, j’étais tétanisée par ce que vit Amande et je me demande encore comment on peut supporter un tel drame. Dès les premières lignes on ne peut qu’aimer cette femme, et souhaiter l’accompagner dans son chemin. A ses cotés, on déambulera au cœur de thème traités avec beaucoup de force : la résilience et la reconstruction, le rapport à la famille, l’amour, la maternité…

J’avais tellement aimé son premier roman, que j’avais une petite appréhension, allais-je être transportée dans cette nouvelle histoire, allais-je retrouver des personnages aussi forts et inoubliables qu’Emile et Johanna que l’on rencontre dans Tout le bleu du ciel. Et je peux dire que oui. Mélissa Da Costa a su une fois encore me saisir, susciter une palette d’émotions et m’éblouir de son écriture si douce, si tendre. Je découvre grâce à elle que dans mon jardin se dresse un magnifique Amelanchier. Cet arbuste commence sa floraison au moment où je découvre Amande et son histoire. Nul doute qu’en le regardant dorénavant j’aurai à chaque fois une pensée pour Amande, Manon et Ben. Et que ses fleurs étoilées me feront penser à mes étoiles.

Ma notation :

Éblouissant et bouleversant. Quand la nature apaise et répare l’âme.

 

Une bonne et une mauvaise nouvelle, Marion McGuinness

Quatrième de couverture:

Clothilde a fait de l’annonce des mauvaises nouvelles son métier. Son créneau : les interactions que les gens préfèrent éviter. Sa mission : informer avec diplomatie et professionnalisme en cas de ruptures, licenciements, maladies et décès…

Alors qu’elle est confortablement installée dans cette vie un tantinet marginale, Clothilde reçoit la visite du notaire : il a une bonne et une mauvaise nouvelle pour elle. Sa mère biologique vient de mourir, lui laissant un héritage pour le moins inattendu : la garde d’un petit garçon de 8 ans, tout aussi roux qu’elle… qui se révèle être son frère. Mais est-ce la bonne ou la mauvaise nouvelle ?

L’avis d’Audrey :

L’an dernier j’avais beaucoup aimé Egarer la tristesse, et j’attendais ce livre avec impatience pour début avril. Crise sanitaire oblige, la sortie a été repoussée au 7 mai. Mais la version numérique est, elle, bien disponible déjà, et à tout petit prix : une bien bonne idée pour les lecteurs impatients comme moi.

Clothilde est porteuse de mauvaises nouvelles : une activité qui lui correspond bien et qu’elle effectue de façon froide et détachée. Les bonnes nouvelles elle connaît peu finalement. Elle s’est faite à l’idée que le bonheur n’est pas pour elle. Elle est solitaire, et semble marquée par son enfance peu joyeuse et difficile. Clothilde a grandi en foyer, sans repères, sans mère : elle s’est construite seule.

Marc, un notaire avec qui elle travaille vient lui annoncer une bonne et une mauvaise nouvelle (c’est un peu une histoire d’arroseur arrosée). Sa mère est morte, et elle laisse un fils de 8 ans. La jeune femme est-elle prête à s’en occuper? Une idée qui lui parait d’abord impossible, mais elle accepte quand même. Son cœur refuse de laisser Adam vivre un placement en structure à son tour.
Aidée de Sarah, sa fidèle complice et amie, elle va faire une place à ce jeune garçon chez elle et dans sa vie. Les bouleversements dans son quotidien pourraient s’arrêter la, mais c’est aussi le moment que choisit Ben (frère de Sarah et ancien amoureux de Clothilde) pour faire son grand retour après 12 ans d’absence. Il va être difficile de l’éviter puisqu’il va être l’enseignant d’Adam. Mais pour la jeune femme, impossible de pardonner à Ben qui l’a tant fait souffrir avec son départ.

Qu’est ce que j’ai aimé Clothilde ! Ce petit bout de femme au prénom désuet, tellement attachante. Une jeune femme au caractère bien trempé, qui sait ce qu’elle veut ou non et qui surtout ne se risque jamais à laisser entrer quelqu’un dans sa vie. Pas d’amis , pas d’amant, pas de famille. Ne pas s’attacher c’est s’éviter de souffrir quand l’autre s’en va. Au delà de cette carapace, on sent pourtant toute une fragilité, une sensibilité et ce besoin d’amour. L’idée de l’amour qu’elle ne fait que critiquer alors qu’elle est en secret l’auteure de douces romances à succès, avec des livres qui se vendent très bien. Cet exemple montre tout le paradoxe de la jeune femme.

J’ai admiré la façon dont elle va prendre en charge Adam. La façon dont ces deux êtres qui ne se connaissent pas vont doucement s’apprivoiser, avec maladresse et difficulté. La façon dont l’auteure parle de la problématique de ces enfants « abandonnés » est très réaliste. Elle le fait avec pudeur, montrant la difficulté de croire en soi ou de faire confiance. En laissant entrer Adam dans sa vie, Clothilde a peut-être ainsi baissé sa garde et laissé sa chance à Ben dont elle ne voulait plus rien savoir. Un homme de retour après plus de 10 ans. Laissez moi vous dire qu’un homme qui la regarde comme il le fait, qui déborde de tendresse et d’affection pour elle, cela serait dommage de le laisser filer.

Un roman très agréable à lire, avec un style fluide. J’ai aimé cette incursion dans le quotidien de ces quelques personnages à ce moment précis de leurs vies. Etre témoin de leurs doutes, des sourires retrouvés, de l’espoir qui renaît et de cette envie d’y croire et d’attraper le bonheur.

Ma notation :

Un roman feel good agréable. Faites vous une petite place dans la vie de Ben, Chlotilde et Adam. Vous ne le regretterez pas.

Jambes cassées, coeurs brisés, Maria Ernestam

Quatrième de couverture :

Lisbeth a 42 ans, une jolie petite maison au bord de la mer, un travail qu’elle adore. Bon, elle est célibataire, ce qui vaut toujours mieux que d’être malheureuse en amour. Mais à l’approche de Noël, tout tourne mal. Sa direction veut réduire ses heures de cours, au profit d’un champion de ski – un homme. Son ancien petit ami surgit sur le pas de la porte, lassé de sa pulpeuse fiancée. Sa soeur veut accoucher à la maison.
La fille de sa meilleure amie a des ennuis avec la police. Cerise sur le gâteau : maman veut démarrer les festivités de Noël à 11h du matin. Une histoire chaleureuse, drôle et légèrement décalée sur ce que nous attendons de nous-mêmes et des autres. Il y est question de solitude et d’amitié, de gros mensonges et de petits arrangements pour obtenir ce qu’on souhaite. De la possibilité de trouver l’amour…
Et de jambes cassées – ah la magie de Noël !

 Ma notation :

Une jolie comédie de Noël pleine de surprises. Alors installez-vous au chaud et direction la Suède pour une histoire pleine de tendresse et d’humour.

(Merci à Marion de Gaia Editions pour la lecture)

Joyeux suicide et bonne année, Sophie de Villenoisy

Quatrième de couverture :

Tu fais quoi à Noël  ?
― Moi je me suicide, et toi  ?  »
Bien sûr, dit comme ça, ça peut paraître sinistre, mais, à quarante-cinq ans, c’est ma meilleure option. Ce n’est pas comme si je faisais des malheureux autour de moi. Comme si j’abandonnais mari et enfants. Je n’ai ni chien ni chat. Même pas un perroquet pour me pleurer.
Et puis ça me laisse deux mois pour faire connaissance avec mon vrai moi.
Deux mois c’est court. Ou long, ça dépend de ce qui se passe, en fait.

Célibataire, peu d’amis, plus de parents, Sylvie Chabert est persuadée que sa vie ne mène à rien et veut mettre fin à ses jours. Mais une série d’événements imprévus contrarie son plan. Tour à tour hilarant et émouvant, Joyeux suicide et bonne année  ! est un antidote à la solitude, un hymne à la vie, une comédie salutaire et impertinente.

L’avis de Lunatic :

J’ai d’abord été charmée par la couverture du livre, qui correspond parfaitement à cette période de l’avent. Ce roman c’est l’histoire de Sylvie, 45 ans, son père vient de mourir, sa mère est partie depuis quelques années déjà, elle n’a pas d’enfants, peu d’amis, alors elle décide de se suicider le 25 décembre. Elle met dans la confidence un psy, trouvé au hasard dans l’annuaire, qui va lui demander avant ce jour de noël d’effectuer quelques épreuves. Sylvie joue le jeu, est amenée alors à vivre des situations originales, à faire des rencontres qui peut-être la feront changer d’avis. En partant d’un thème pas très réjouissant, l’auteur nous dresse le portrait d’une femme perdue et en plein questionnement, qui va retrouver goût à la vie.

Le bandeau sur le roman indique: « A lire d’une traite pour retrouver le sourire » et effectivement j’ai dévoré ce court roman que j’ai lu en une poignée d’heures. L’écriture est fluide, le style est simple, l’histoire est prenante. Je me suis retrouvée à rire quand l’héroïne nous décrit certaines situations (une scène en institut de beauté est juste hilarante…), j’ai été touchée par sa sensibilité, par son mal d’amour. Ce roman réunit tous les bons ingrédients pour en faire un bon feel-good.

Pourtant, quelques points du roman m’ont gênée : Même si Sylvie est sympathique, elle m’a un peu énervée de par son langage trop cru, limite vulgaire. Mais tout s’enchaîne trop vite, les personnages sont très caricaturaux et le final nous tombe dessus d’un coup. Mes sentiments sont assez contradictoires sur ce roman: j’ai aimé l’histoire, j’ai été touchée par Sylvie mais il m’a manqué un petit je ne sais quoi pour l’apprécier complètement. Dommage…

Ma notation :

Un roman plaisant mais qui ne m’a totalement emballée.

 

Ce roman fait partie de la sélection du prix des lecteurs U en partenariat avec Le livre de poche auquel je participe en tant que membre du jury pour l’édition 2018.