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Une joie féroce, Sorj Chalandon

Quatrième de couverture:

Jeanne est une femme formidable. Tout le monde l’aime, Jeanne.
Libraire, on l’apprécie parce qu’elle écoute et parle peu. Elle a peur de déranger la vie. Pudique, transparente, elle fait du bien aux autres sans rien exiger d’eux. A l’image de Matt, son mari, dont elle connaît chaque regard sans qu’il ne se soit jamais préoccupé du sien.
Jeanne bien élevée, polie par l’épreuve, qui demande pardon à tous et salue jusqu’aux réverbères. Jeanne, qui a passé ses jours à s’excuser est brusquement frappée par le mal. «  Il y a quelque chose  », lui a dit le médecin en découvrant ses examens médicaux. Quelque chose. Pauvre mot. Stupéfaction. Et autour d’elle, tout se fane. Son mari, les autres, sa vie d’avant. En guerre contre ce qui la ronge, elle va prendre les armes. Jamais elle ne s’en serait crue capable. Elle était résignée, la voilà résistante. Jeanne ne murmure plus, ne sourit plus en écoutant les autres. Elle se dresse, gueule, griffe, se bat comme une furie. Elle s’éprend de liberté. Elle découvre l’urgence de vivre, l’insoumission, l’illégalité, le bonheur interdit, une ivresse qu’elle ne soupçonnait pas.
Avec Brigitte la flamboyante, Assia l’écorchée et l’étrange Mélody, trois amies d’affliction, Jeanne la rebelle va détruire le pavillon des cancéreux et élever une joyeuse citadelle.

L’avis de Lunatic :

Tout commence avec un chapitre d’ouverture dans lequel on assiste à un braquage. Qu’est ce qui a bien pu amener 4 femmes à commettre ce crime? Revenons alors un an en arrière.
Jeanne, la quarantaine vit avec son époux. La vie semble bien fade depuis un événement tragique qui a brisé leurs vies. Voilà qu’elle se découvre un cancer et doit commencer un long protocole de soin. C’est à l’hôpital qu’elle fera la rencontre de Brigitte, malade elle aussi. Rapidement, Jeanne va se lier d’amitié avec elle et rejoindre son groupe d’amies. 4 femmes à qui la vie n’a rien épargné. Souffrance, deuil, absence, perte : autant de choses qui relient ces 4 femmes. Lorsque l’une d’entre elles a besoin d’aide, elles n’hésitent pas à imaginer le pire des scénario pour la soutenir.

J’ai lu ce roman d’une traite, happée par le drame que vivait Jeanne. L’annonce de la maladie, les soins, la perte de ses cheveux, le regard des autres. Autant d’éléments glaçants, mettant en lumière la difficulté de la maladie. En tant que femme, il est facile de pouvoir comprendre ses angoisses et le récit est même assez anxiogène je trouve.  Là où j’ai été plus sceptique, c’est sur les raisons qui l’ont amenée à se lier d’amitié avec Brigitte, Assia et Mélody. En tant que lectrice, je savais pertinemment qu’elle allait s’embarquer dans une folle aventure, et ce fut le cas. J’ai par moment trouvé l’ensemble peu crédible, tout semble trop facile. Si on était dans un thriller nos héroïnes auraient depuis longtemps été stoppées dans leur course. Mais ce n’est pas l’essentiel à retenir. On retiendra ici surtout l’entraide, la complicité et l’amour qui lient ces femmes.

Sous certains aspects, ce roman m’a fait penser au Club des Feignasses de Gavin’s Clemente Ruiz, mais façon ganster.

Le jour d’avant, Sorj Chalandon

Quatrième de couverture :

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

L’avis de Lunatic :

Décembre 1974, un coup de grisou dans une mine de Saint-Amé à Liévin dans le Pas-de-Calais fait 42 morts. 43 morts si l’on compte Jojo, le frère de notre narrateur Michel Flavent. Jojo n’est pas mort au fond, mais est décédé quelques jours après des suites de ses blessures. La famille sombre, et le père des deux frères, avant son suicide écrit à Michel « Venge nous de la mine ».

2014, Michel, devenu chauffeur routier, exilé à Paris, veille sa femme qui décède. Il est alors l’heure pour lui de se venger, de retourner dans ses terres et retrouver celui qu’il juge comme responsable de la mort de Jojo, le contremaitre Lucien Dravelle.

Dès le début de ma lecture j’ai été surprise avec quelle précision et réalisme l’auteur a su dépeindre le quotidien des mineurs, la vie dans un bassin houiller et tant de détails se rapportant au milieu des mineurs. Jojo, Dravelle, leur compagnon de travail, j’en côtoie quotidiennement, et leur souvenir est tel que Sorj Chalandon le décrit dans son roman. Je suis native d’un bassin houiller, j’y ai grandi, j’y travaille alors l’univers du roman me parlait, et j’étais très curieuse de le lire. J’avais peur que l’auteur tombe dans des clichés comme on en lit souvent, mais non, j’imagine qu’il a dû beaucoup se documenter pour son livre (je lisais qu’il était journaliste et couvrait les événements en 1974).

Au-delà de la mine, ce roman est le portrait d’un homme qui vit une tragédie, qui doit avancer malgré la perte de son frère. J’étais assez mal à l’aise avec cette idée de vengeance, je ne comprenais pas trop pourquoi faire porter à Lucien Dravelle toute la responsabilité du drame, Michel Flavent devenait alors à mes yeux un personnage très sombre, loin d’être sympathique. On assiste rapidement à sa vengeance et Michel est incarcéré et on est spectateur de son procès. A partir de ce moment, je pensais m’ennuyer, mais lors d’une audience au tribunal, on nous révèle un élément essentiel qui donne au roman un nouveau sens (et je comprenais enfin le choix de ce titre : Le jour d’avant). Le récit en devient alors encore plus captivant, touchant et on voit Michel et ses actes sous un œil nouveau.

Ma notation :

J’ai été totalement charmée par l’écriture de Sorj Chalandon. Une belle découverte que je vais partager autour de moi.

Roman lu dans le cadre de Matchs de la rentrée littéraire Priceminister