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Un grain de moutarde, Laila Ibrahim

Quatrième de couverture :

Lisbeth Johnson a grandi dans le Sud des États-Unis, dans la plantation de coton appartenant à sa famille. Jordan Freedman est la fille de Mattie, esclave et nourrice bien-aimée de Lisbeth. Trois ans après la fin de la guerre de Sécession, Lisbeth et Mattie veillent chacune sur leur foyer tandis que Jordan est institutrice et suffragette.

Quand Lisbeth est appelée au chevet de son père mourant, elle se rend sans hésiter à la plantation et se retrouve confrontée à sa famille confédérée, qu’elle a trahie en épousant un abolitionniste. Au même moment, Jordan et Mattie reviennent elles aussi à Fair Oaks, afin de soutenir leur famille, toujours victime d’oppressions.

La suite du Crocus jaune remet en scène les familles Johnson et Freedman, qui se trouvent confrontées à l’injustice qui les a toujours séparées, mais aussi à l’amertume et la violence. Lisbeth, Mattie et Jordan trouveront-elles le courage de délivrer leurs proches et de se libérer elles-mêmes du passé ?

L’avis de Laure :

J’ai découvert fin 2018 le premier roman de l’auteure, Le crocus jaune (qui sort dans quelques semaines aux éditions Charleston). En voyant passer la couverture d’Un grain de moutarde sur Netgalley, j’ai vite « reconnu » la couverture (un brin différente de celle du crocus) et pour cause, il s’agit de la suite des aventures de Mattie et Lisbeth.

Étonnamment, malgré les mois passés depuis ma première lecture, je me suis bien plongée dans cette suite, l’auteure contribue à nous faciliter les choses avec quelques rappels des événements clés. On retrouve Mattie et Lisbeth 10 ans après les avoir quittées. Elles ont toutes deux construit leur nouvelle vie en Ohio. Mattie est devenue grand mère, sa fille est une des premières institutrices noires, et Lisbeth, de son côté, a, à présent, 2 enfants et coule des jours heureux auprès de son mari.

Entre temps, la guerre de sécession a fait rage et on pourrait croire qu’une fois celle-ci terminée, chacun va pouvoir vivre plus libre, l’esclavage étant définitivement aboli. Lisbeth est alors amenée à retourner en Virginie auprès de son père mourant. Quant à Mattie, elle décide également de faire le voyage pour ramener sa cousine auprès d’elle. Les femmes ne se sont pas concertées pour cela mais leurs histoires trouveront un nouvel écho poignant lors de ce voyage dont personne ne reviendra indemne.

Sur le papier, l’abolition de l’esclavage est là mais la réalité est toute autre et nos personnages vont s’en rendre compte assez dramatiquement. Lisbeth qui a eu à cœur d’élever ses enfants avec de beaux principes, leur faisant voir chaque homme comme leurs égaux va les voir bien malgré elle choqués par la façon dont sa famille est encore si virulente et cruelle avec les noirs. Ils ont très mal vécu la guerre de Sécession et n’accepteront jamais le nouveau monde qui se dessine. Quant à Jordan, la fille de Lisbeth, qui a vécu libre depuis sa naissance, elle va être confrontée à des hommes qui la traiteront encore comme une esclave et apprendra à se faire toute petite, à baisser le regard, à ne pas répondre. C’est assez révoltant à lire, ce voyage va pour tous se révéler comme un retour en arrière, la perte de leurs acquis. Le monde libre qu’ils connaissent en Ohio n’est pas le quotidien en Virginie.

Si le début de ces voyages va être raconté en parallèle, la famille de Lisbeth d’un côté et celle de Mattie de l’autre, très vite, les destinées vont à nouveau se trouver tragiquement nouées. A ce moment là, c’est tous ensemble, soudés, unis, noirs comme blancs qu’ils vont devoir trouver des solutions pour sauver la peau de chacun. C’est très très beau à lire car c’est un groupe, c’est la cohésion, c’est l’esprit d’équipe avec la volonté tenace de ne laisser personne derrière. Ils s’en sortiront tous ou bien personne. Et ce message est magnifique, les ressources trouvées pour faire face à chacun des événements sont exceptionnelles, ce groupe m’a bluffée.

Ma notation :

Une suite magnifique, tout aussi poignante voire plus que Le crocus jaune.

(roman lu en partenariat avec Netgalley)

Mille petits riens, Jodi Picoult

Quatrième de couverture :

Ruth est sage-femme depuis plus de vingt ans. C’est une employée modèle. Une collègue appréciée et respectée de tous. La mère dévouée d’un adolescent qu’elle élève seule. En prenant son service par une belle journée d’octobre 2015, Ruth est loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer. Pour Turk et Brittany, un jeune couple de suprémacistes blancs, ce devait être le plus beau moment de leur vie : celui de la venue au monde de leur premier enfant. Le petit garçon qui vient de naître se porte bien. Pourtant, dans quelques jours, ses parents repartiront de la Maternité sans lui. Kennedy a renoncé à faire fortune pour défendre les plus démunis en devenant avocate de la défense publique. Le jour où elle rencontre une sage-femme noire accusée d’avoir tué le bébé d’un couple raciste, elle se dit qu’elle tient peut-être là sa première grande affaire. Mais la couleur de peau de sa cliente, une certaine Ruth Jefferson, ne la condamne-t-elle pas d’avance ? Avec ce nouveau roman captivant et émouvant, Jodi Picoult aborde de front le grand mal américain et nous montre ― à travers les petits riens du quotidien, les pas vers l’autre ― comment il peut être combattu.

L’avis de MadameOurse :

J’ai gagné ce livre grâce à Lunatic, en fait c’est elle qui l’a gagné à un concours et qui a donné mon adresse au lieu de la sienne parce qu’elle sait comme j’aime lire cette auteure (si vous ne saviez pas à quel point Lunatic est chou, en voici une preuve parmi d’autres !). Et puis vu son épaisseur, je l’ai laissé dans ma PAL et ai même lu un autre titre de l’auteure avant celui-ci. Mais les copines le lisaient cet été et n’en disaient que du bien alors, hop le moment était venu pour moi aussi.

Ce roman est contemporain, il se passe aux USA au cours des années Obama. Un Noir à la présidence et le sujet du racisme n’en est que plus d’actualité. Ce roman est assez révoltant parce qu’il nous remémore ce qu’est le racisme au quotidien. Alors, c’est peut être plus accentué aux Etats Unis qu’en France (je ne sais pas ?) mais dans les exemples qui sont mis en avant ici, on se dit que rien n’a avancé depuis la période de l’esclavage… Et c’est désolant ! Le pouvoir du « délit de faciès » est immense et, pour peu que l’on naisse avec la mauvaise couleur de peau, c’est toute notre vie qui en est ralentie.

Jodi Picoult avait envie d’évoquer le racisme mais dans un roman qui ne soit pas historique. Et c’est vrai que l’on parle souvent des Noirs par rapport à l’esclavage et à cette période clé de l’histoire américaine où ces hommes et femmes noirs ont pu obtenir leur liberté. J’adore ces romans, j’en chronique parfois ici. Et les romans actuels sont finalement plus rares. Pourtant ils n’en sont que plus intéressants et instructifs.

A travers Ruth, la Noire, Kennedy, son avocate et Turk, le suprémaciste blanc, Jodi Picoult nous livre un roman fort. Ruth, infirmière en maternité, va se voir interdire de soigner Davis, le nouveau né de Turk. Tout simplement parce qu’elle est noire. Et lorsque ce dernier décède alors qu’elle est la seule de son petit service à pouvoir veiller sur lui, elle va devenir la coupable toute trouvée. On va suivre alors le procès qui va opposer Ruth à Turk. On va découvrir comment Ruth a lutté toute sa vie durant pour se sortir des clichés liés à sa couleur de peau et réussir sa vie. Et pourtant, combien encore est-elle jugée CHAQUE jour, CHAQUE instant et quoi qu’elle fasse par toutes les personnes qu’elle va pouvoir croiser ? Elle fait ses courses, elle est la vilaine noire qui vole. Jamais un regard positif ou neutre sur elle, elle est forcément mauvaise.

Et Turk est de ceux qui sont parmi les pires, qui font de leur quotidien une lutte de chaque instant contre ces gens qui sont juste nés différents. Qui va grandir dans la haine, prêt à tabasser homosexuels, juifs, noirs, juste parce qu’ils sont cela. Qui croit que le peuple blanc a besoin de détruire les autres pour continuer à exister. Cet homme est juste horrible, l’auteure nous décrit comment il en est venu à s’investir dans des causes suprémacistes et… je ne peux pas le comprendre ! Je peux lire et entendre comment on devient comme ça mais …. ça reste incompréhensible pour moi.

Alors le duel entre ces deux-là, par tribunaux interposés, va être particulièrement prenant. Et Kennedy va devoir constater à quel point le racisme est ordinaire pour pouvoir protéger aux mieux les intérêts de sa cliente. En tant que blanche, je me suis identifiée à l’avocate. D’autant qu’elle va se rendre compte que nous sommes tous racistes, même si on dit ne pas l’être. Alors comment défendre Ruth dans un pays où le racisme est nié ? Comment faire valoir que ce bébé n’est pas mort de mauvais soins de Ruth ? J’ai apprécié qu’au delà du racisme, il y ait aussi une vraie histoire médicale concernant le petit Davis, une partie très intéressante également.

Quant à la fin du roman, elle est totalement positive et elle laisse imaginer un monde meilleur.

Ma notation :

Un roman dense et passionnant, qui éveille les mentalités. A lire et à ne pas oublier !

 

Les brumes de Key West, Vanessa Lafaye

Quatrième de couverture : 

Puisant dans l’histoire mouvementée du sud des États-Unis, Vanessa Lafaye livre, avec finesse et élégance, le récit d’une passion interdite, sur fond de ségrégation, de fanatisme et de violence.
1993. En plein jour, dans une rue bondée de Floride, une femme de quatre-vingt-seize ans abat froidement un membre du Ku Klux Klan.
1919. Bannie par les siens, Alicia Cortez, vingt-deux ans, quitte La Havane pour rejoindre l’Amérique et sa cousine Beatriz, tenancière du Pearl’s, l’une des maisons closes les plus fréquentées de Key West.
Avec son charme exotique, la belle Cubaine trouve rapidement sa place dans cet univers sensuel et secret. Aidée de John, vétéran tourmenté et propriétaire d’un bar voisin, Alicia va jusqu’à organiser la contrebande d’alcool, pour contrer les lois de la prohibition. Et leur amitié laisse bientôt place à une profonde attirance.
Mais la menace du Klan gronde dans l’archipel… Et le rapprochement entre une métisse à la réputation sulfureuse et un héros de guerre blanc ne passe pas inaperçu. Et ne saurait être toléré.
Dans les brumes de Key West, un drame se prépare…

L’avis de MadameOurse :

Ce roman historique m’attirait pour les thèmes abordés : racisme et Ku Klux Klan. Le Ku Klux Klan m’est assez inconnu donc je trouvais ça sympa d’en savoir plus à travers une lecture.

Je me suis très très vite attachée à Alicia. On la découvre d’abord sous les traits d’une vieille dame qui commet un crime. On en saura très peu, qui a-t-elle tué ? Pourquoi ? On comprend seulement que ce meurtre est une vengeance assumée, que tuer cet homme l’a soulagée d’un fardeau qu’elle portait depuis trop longtemps.

C’est donc avec ces prémices que l’on découvre ensuite la jeune Alicia. Elle arrive en Floride auprès de sa tante. Elle ne s’attend pas du tout à ce que celle-ci, qui a accepté de l’accueillir, soit la tenancière d’une maison close ! J’ai adoré le personnage d’Alicia, c’est une toute jeune femme mais elle sait ce qu’elle veut et ne veut pas dans la vie. Hors de question pour elle de s’installer dans un bordel et l’idée de devenir une « fille » elle aussi n’est pas pour elle. Et pourtant, elle va changer le cours des choses et devenir Melle Pearl, tenancière en lieu et place de sa tante. Elle va amener un vrai renouveau dans cette maison, sur le plan du confort des lieux, déploiera une activité aussi en cuisine pour proposer plus de choses à ses clients et ira même proposer des remèdes médicaux à base de plantes.

A côté de ça, elle se fera aider de son voisin John, un blanc, à la tête d’un bar. Très vite ils deviendront particulièrement proches. Et la Floride de cette époque ne regarde pas d’un très bon œil les couples mixtes. Les brumes de Key West va petit à petit nous plonger dans cette époque où le Ku Klux Klan s’installe et commence à sévir. Par quelques anecdotes dans le roman, on comprend la tristesse de l’époque, les traitements réservés aux gens qui ne respectaient pas les prétextes du Klan sont épouvantables. Et le couple d’Alicia et John sera bien sûr en première cible.

L’histoire s’achève aux côtés de la vieille dame qu’est Alicia, détenue en prison avant son jugement. On découvre alors qui elle a tué. Il n’y a pas de suspense particulier sur le meurtre qu’elle a commis, ni sur le nom de la personne tuée ni sur le jugement dont écopera Alicia. Du coup, j’ai trouvé cette fin assez douce. Elle va bien avec l’ambiance générale du roman.

Ma notation :

Un joli roman, j’ai eu grand plaisir à partager mes soirées avec Alicia et John. C’est aussi un roman librement adapté d’une histoire vraie ce qui ne l’en rend que plus intéressant.

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.

La couleur des sentiments, Kathryn Stockett

Quatrième de couverture :

Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s’occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L’insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s’enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu’on n’a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l’ont congédiée.
Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s’acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l’a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même laisser un mot.
Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

L’avis de MadameOurse :

Ça y est je l’ai lu ! Ça faisait si longtemps qu’il me tentait, si longtemps que j’en lisais de si beaux avis qu’il est enfin arrivé le moment de l’ouvrir. Est-ce que je regrette d’avoir suivi bêtement les avis des autres ? Non, non et non !

Je comprends vraiment l’engouement autour de cette lecture. D’abord elle aborde un thème fort, le racisme dans les années 60 aux Etats Unis, époque à laquelle les choses commençaient tout juste à bouger un peu pour que les noirs obtiennent plus de considération. Et ce roman est très prenant, il y a de nombreux passages forts qui m’ont marquée (comme ce qui arrive à Célia), pendant ces passages je ne pouvais absolument pas interrompre ma lecture !

L’histoire nous est contée par la voix de Skeeter, la Blanche et Aibileen et Minny, les Noires. Skeeter revient à Jackson après ses études et la bonne de ses parents, Constantine a été congédiée et tous refusent de lui dire pourquoi. Elle tente de trouver une occupation et va commencer un emploi de journaliste. Elle va se retrouver à répondre à des chroniques sur la parfaite ménagère, aidée par Aibileen. De fil en aiguille, elle va se rapprocher de celle-ci et écrire un livre de témoignage sur les bonnes noires de la ville.

Le récit est très fort car ce roman est un lourd secret à porter, il s’écrie dans le plus grand anonymat car, aussi bien les bonnes que Skeeter, toutes craignent pour leur vie à écrire cela. A côté de l’écriture du roman et des entretiens entre Skeeter et les bonnes sur les conditions dans lesquelles elles sont employées, on suit la vie de chacune des 3 femmes. Je me suis attachée à toutes, je les ai vraiment beaucoup aimées. Skeeter m’a touchée car sa volonté d’écrire son roman va la couper de ses amies blanches, elle finira rejetée et pourtant elle assumera complètement jusqu’au bout, sans jamais songer à renoncer à son projet. Aibileen est la douceur, la femme noire qui a tellement vécu qu’elle n’est plus surprise de rien. Et Minny est le feu, la révoltée qui ne se fait toujours pas à cette situation qui la met en infériorité. Elle refuse ce traitement et, par sa répartie, va risquer de nombreux ennuis. Je me suis pas mal identifiée à elle, j’ai tendance à avoir ce comportement aussi.

Ce que j’ai beaucoup apprécié dans La couleur des sentiments c’est le dosage des choses. En cela, je l’ai trouvé parfait. Il y a une juste proportion du récit qui aborde la vie qui continue au quotidien et une autre portion qui aborde la construction du roman. Et surtout, finalement il y a une impartialité énorme de l’auteure. Je n’ai pas ressenti une seule fois dans ma lecture que les blancs soient odieux (ils le sont quand même) ou que les noirs méritent ce traitement ou que sais-je. Le roman présente la situation, il évoque par un grand nombre d’anecdotes comment chacun traite l’autre et tout cela sans jugement, sans parti pris. Et ça j’ai trouvé ça génial ! Le livre est très instructif, c’est vraiment l’intérêt de la partie historique du roman, on comprend ce que les gens ont réellement vécu aux USA (et dans d’autres pays aussi très certainement) dans les années 60.

Au moment d’arriver aux dernières pages du roman, j’avais l’appréhension de la fin et surtout la crainte qu’on me « coupe » trop vite de ces beaux personnages. Mais non, là encore, rien à dire, la fin est bien dosée et elle dit jusque ce qu’il m’en fallait.

Ma notation :

Un roman absolument superbe et extrêmement réussi. Il m’a été beaucoup recommandé et maintenant je sais pourquoi et je sais à quel point c’est justifié. Alors, ce sera mon tour désormais de parler EN BIEN de La couleur des sentiments.