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L’audacieux Monsieur Swift, John Boyne

Quatrième de couverture:

Dans un hôtel berlinois, Maurice Swift rencontre par hasard le célèbre romancier Erich Ackerman qui lui confie son lourd passé, et lui permet de devenir l’auteur qu’il a toujours rêvé d’être.
Quelques années plus tard, Maurice Swift s’est enfin fait un nom ; il a désormais besoin de nouvelles sources d’inspiration. Peu importe où il trouve ses histoires, à qui elles appartiennent, tant qu’elles contribuent à son ascension vers les sommets.
Des histoires qui le rendront célèbre, mais qui le conduiront aussi à mentir, emprunter, voler. Ou pire encore, qui sait ?
Roman troublant des ambitions démesurées, L’Audacieux Monsieur Swift raconte combien il est facile d’avoir le monde à ses pieds si l’on est prêt à sacrifier son âme.

L’avis d’Audrey :

Je crois que c’est la première fois que je lis un roman en détestant autant le personnage central. Maurice Swift n’a qu’une seule ambition dans sa vie, écrire des livres et connaître le succès. En a t-il le talent? Jusqu’où est-il prêt à aller pour cela? La notoriété littéraire qu’il saura se créer est-elle vraiment justifiée?

Le roman est composée de 3 parties, coupées par 2 interludes. La première partie donne la parole à un auteur réputé. Printemps 1988, l’écrivain Erich Ackerman, qui s’apprête à fêter ses 66 ans accepte de revenir en Allemagne pour parler de ses romans et de son travail littéraire. Sur place, il fait la rencontre d’un jeune et séduisant serveur, Maurice Swift qui ne le laisse pas indifférent. Le jeune homme, admiratif d’Erich, qui se voue à une carrière littéraire se lie d’amitié avec lui et l’accompagne alors à travers l’Europe pour une tournée promotionnelle. Un rapprochement qui va vite paraître suspect à nos yeux de lecteurs. Contrairement à Erich, on ne se laisse pas enfumer par le jeune Maurice. Malgré son jeune âge, son caractère fourbe et manipulateur est déjà bien installé.

La deuxième partie, celle que j’ai sûrement préféré et qui montre tout le coté diabolique de Maurice donne la parole à Edith. On est en 2000, Maurice Swift a publié il y a plusieurs années deux romans qui ont eu un joli succès. Son épouse Edith est auteure elle aussi, et vient d’accepter un poste dans une université pour enseigner la littérature. Edith va alors nous conter la vie à ses cotés, le quotidien auprès d’un homme dur et rongé par le besoin de reconnaissance. On va les suivre de septembre 2000 à mars 2001, quelques mois où l’on verra Maurice à travers les yeux d’Edith. Un homme sournois et rusé qui montre encore une fois qu’il est prêt à tout pour que la lumière soit mise sur lui.

Enfin, la troisième partie vient clore avec majesté la destinée de ce personnage indélicat et qui aura fait tant de mal autour de lui. Maurice, qui vit seul, boit plus qu’il ne faudrait, éloigné du monde littéraire et qui n’écrit plus rien accepte de rencontrer Théo Field, un étudiant qui prépare son mémoire sur l’oeuvre de Maurice Swift. Ils vont se rencontrer dans un bar à plusieurs reprises, où Maurice se livrera sur sa vie, ses choix, ses erreurs. Des confessions qui auront des conséquences sans retour possible.

Les deux interludes, à la façon de zoom nous laissent voir plus en détail des scènes qui mettent encore en avant la folie de cet homme et montrent comment certains personnages ont vu juste dans son jeu et ne se sont pas laissé berner par son charme.

John Boyne nous livre dans ce roman la vie d’un homme audacieux dit le titre, on pourrait plutôt dire un homme sans scrupule, calculateur, froid. Un salaud en somme. Un homme qui aura brisé des vies dans le seul but de réussir, de devenir un écrivain célèbre. L’itinéraire de cet homme est glaçant et effrayant. On assiste vraiment à la naissance d’un monstre.

Une construction originale, des points de vue se succédant mais unanime sur le caractère du personnage. J’ai vraiment aimé ce roman malgré la noirceur du personnage et le tragique de cette vie. Il y a beaucoup de tension, chaque partie monte crescendo alors même que l’on ne prévoit que trop bien quelles sont les intentions de Maurice.

Ce roman c’est aussi l’occasion de faire un saut au cœur de l’industrie littéraire, avec ses codes, ses rivalités, ses plagiats. J’ai ainsi fait la connaissance d’un auteur, Gore Vidal, que Maurice est amené à croiser. Après ma lecture j’ai appris qu’il n’était pas sorti de l’imagination de l’auteur mais qu’il existait réellement. Ce roman, comme le précédent traite aussi du thème de l’homosexualité. A travers les époques, à travers les classes sociales. La façon crue et sans fard dont l’évoque John Boyne est ici (comme dans son roman précédent) criante de vérité et loin de tout cliché.

Le titre original du roman, Une échelle vers le ciel colle parfaitement au récit. Gravir les échelons, rêver du sommet quitte à devoir écraser ceux qui nous aident à monter les échelons.

Ma notation :

Un roman dur et noir, un personnage que l’on déteste et pourtant un roman qu’on adore lire. C’est tragiquement passionnant.