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Toute la ville en parle, Fannie Flagg

 

Quatrième de couverture :

L’auteur de Beignets de tomates vertes nous conte, dans ce roman choral, l’histoire d’un petit village du Missouri, Elmwood Springs, depuis sa fondation en 1889 jusqu’à nos jours. Les années passent, les bonheurs et les drames se succèdent, la société et le monde se transforment, mais les humains, avec leurs plaisirs, leurs peurs, leurs croyances, leurs amours, ne changent guère. Et c’est la même chose au cimetière puisque, loin de jouir d’un repos éternel, les défunts y continuent leurs existences, sous une forme particulière. Au fil des décès, ils voient ainsi arriver avec plaisir leurs proches et leurs descendants, qui leur donnent des nouvelles fraîches du village. Tout irait ainsi pour le mieux dans ce monde, et dans l’autre, si d’inexplicables disparitions ne venaient bouleverser la vie, et la mort, de cette paisible petite communauté.

 Ma notation :

Un joli roman, aux multiples personnages. On ne peut que plonger avec plaisir dans ce roman choral. J’ai beaucoup aimé.

(Merci aux éditions Cherche Midi pour cette lecture. A paraître aujourd’hui)

Le manuscrit inachevé, Franck Thilliez

 

Quatrième de couverture :

Aux alentours de Grenoble, une voiture finit sa trajectoire dans un ravin après une course-poursuite avec la douane. Dans le coffre, le corps d’une femme. A la station-service où a été vu le conducteur pour la dernière fois, la vidéosurveillance est claire : l’homme n’est pas le propriétaire du véhicule.

Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L’institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète. Sa vie ? Un mariage dont il ne reste rien sauf un lieu, L’Inspirante, villa posée au bord des dunes de la Côte d’Opale, et le traumatisme de l’enlèvement de sa fille Sarah. L’agression soudaine de son mari va faire resurgir le pire des quatre années écoulées.

L’avis de Lunatic :

A la bibliothèque, je conseille souvent Maxime Chattam ou Franck Thilliez sans même les avoir lus. Il était peut-être temps de palier à ce manque. C’est avec le dernier roman de Thilliez que je me suis lancée!

Ce roman c’est une mise en abîme, je dirais presque une triple mise en abîme. Le prologue nous apprend que ce roman a été écrit par un auteur de thriller : Traskman. Le hic, il est mort avant d’avoir pu écrire son final. Du coup, son fils prend le relais pour écrire les dernières pages du Manuscrit inachevé. On lit alors ce manuscrit, dans lequel l’un des personnages principaux écrit elle même des romans noirs dont un certain Manuscrit inachevé. On pourrait croire qu’on va s’embrouiller, mais tout est très clair et parfaitement réussi.

Mais que raconte le roman de Traskman alors? On fait la rencontre d’Enaël et Jullian : 4 ans plus tôt, leur fille Sarah a disparu. Le coupable est en prison et refuse de dévoiler où se trouve le corps de la jeune fille. Le couple a éclaté : Enaël s’est réfugiée dans l’écriture de romans noirs et Jullian s’est mis en quête de trouver la vérité. Mais voila qu’il est victime d’une agression qui le laisse amnésique. Et s’il avait découvert quelque chose?

En parallèle, on suit l’enquête de deux flic Vadim et Vic, suite à la découverte dans une voiture volée d’un corps sans visage. Minutieusement, doucement nos deux histoires vont se réunir pour faire éclater la vérité. Et quelle vérité ! Thilliez embarque nos personnages dans l’horreur, le glauque, le pire qu’on peut imaginer. Je me demande vraiment où Enaël a pu trouver la force pour mettre tout à nu. La force d’enquêter sur la disparition de sa fille sans perdre pied ! Les personnages du roman sont justes exceptionnels. Notre duo de flics est sensationnel, et j’avoue que Vic et sa mémoire extraordinaire est un peu flippant. Pourtant il est à la fois très touchant, sa solitude est triste à lire.

J’ai adoré la façon dont l’auteur joue avec ses lecteurs. Ce roman est jouissif, j’ai pris plaisir à découvrir la plume de l’auteur. Il nous glisse tout au fil des romans des énigmes, des indices que j’avoue n’avoir pas vraiment compris. J’attends d’ailleurs quelques réponses à mes questions sur l’énigme du final. Bref, je n’ai fait que douter, me poser des questions, chercher les failles, les indices ratés, je me suis interrogée sur les personnages. L’auteur nous parle dans ce roman de misdirections, et il en use si bien. Pour savoir de quoi il s’agit, lisez le roman, vous ne serez pas déçu !

Ma notation:

J’ai adoré. Et je vais de ce pas rajouter un roman de Franck Thilliez a ma PAL de vacances.

Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

Quatrième de couverture :

Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se réchauffer dans sa loge où rires et larmes se mélangent au café qu’elle leur offre. Son quotidien est rythmé par leurs confidences. Un jour, parce qu’un homme et une femme ont décidé de reposer ensemble dans son carré de terre, tout bascule. Des liens qui unissent vivants et morts sont exhumés, et certaines âmes que l’on croyait noires, se révèlent lumineuses.

L’avis de Lunatic :

J’ai vu passer ce roman plusieurs fois sous mes yeux avant de percuter que l’auteure était Valérie Perrin. Je vous en avais parlé avec Les oubliés du dimanche

Ce roman m’a mise à terre, il m’a touchée en plein cœur. Il fait partie des textes qui marquent et dont on a du mal à quitter les personnages. C’est difficile de parler de ce roman sans trop en dire, sans trop en dévoiler. Violette Toussaint, garde cimetière est au cœur du roman, mais pas seulement. Autour d’elle gravitent tout un panel de personnages, morts ou vivants, et qui tous à leur manière paraissent tantôt touchants, tantôt agaçants. Ils ont tous leurs faiblesses, leurs failles, leurs secrets.

Revenons en à Violette. Quelle femme! Dès les premières lignes on ressent sa force, sa détermination, pourtant le malheur ne l’a pas oubliée, au contraire. Elle a su « renaître », redonner un sens à sa vie en donnant un sens à la mort des gens. Elle est totalement dévouée à ses morts, ceux de son cimetière. Elle connait chaque tombe, chaque date de naissance et de mort, elle note le déroulement des funérailles dans son cahier pour ne pas oublier, et se retrouve bien souvent malgré elle confidente de ceux qui viennent visiter les défunts. Une vie au milieu d’un cimetière, on pourrait s’attendre à une vie bien triste, et pourtant Violette y a trouvé un renouveau.

Ce roman mixe tout un tas d’émotions, nous faisant passer des rires aux larmes, de la colère à l’incompréhension, de la haine à l’amour, de la résignation à l’espoir. J’avais juste envie de prendre Violette dans mes bras et lui dire que tout irait bien. J’ai été très attendrie par l’histoire d’amour entre Gabriel (inhumé dans le cimetière) et Irène. Une vie à se fuir, à s’aimer, la mort pour s’unir! Comme j’ai pu détester Philippe Toussaint son époux, si distant, si froid, et pourtant…. Valérie Perrin est une magicienne des mots, des sentiments. Son écriture est sublime. J’ai beaucoup aimé la structure du récit, oscillant entre divers narrateurs et diverses époques. Minutieusement, tranquillement, on comprend ce qui a pu tout faire basculer dans les vies de nos personnages. Chaque chapitre est précédé d’une épigraphe tirée de poèmes ou de chansons, des phrases percutantes et dans le ton du roman. Ce roman mériterait une bande originale tant les références musicales sont présentes.

Ma notation :

Un petit bijou d’émotions. Une bien belle lecture.

 

 

L’archipel du chien, Philippe Claudel

Quatrième de couverture :

Une île. Une île de l’Archipel du chien. Peuplée d’une petite communauté d’hommes vivant de la pêche, de la vigne, des oliviers et des câpriers. Une île à l’écart des fracas du monde mais sur les rives de laquelle un matin vont s’échouer trois cadavres. Qui sont-ils ? Que faire de leurs dépouilles ? Faut-il oublier ou tenter de connaître la vérité, au risque de se perdre ?

L’avis de Lunatic :

Une île, la mer, la plage. Et pourtant cette lecture n’a rien d’un voyage paradisiaque. Cette île, se situe dans l’archipel du chien, un archipel inventé par l’auteur. Une île qu’on ne situe pas vraiment, une population de pêcheurs, une population vieillissante, où tout le monde se connait. Le maire est accaparé par un projet d’hôtel thermal qui devrait amener sur leur territoire un peu de fraîcheur, de nouveauté : des touristes, des emplois, de l’argent. Mais voila qu’un jour, 3 corps sont retrouvés échoués sur la plage. 3 corps qui, par leur couleur de peau, semblent étrangers. Peut-être s’agit-il d’immigrés que la mer aura jeté là? La poignée de témoins est vite sommée de se taire, le maire ne veut pas perturber les habitants, et encore moins compromettre son projet d’hôtel thermal.

Une fois les corps mis à l’abri, chacun devra reprendre son quotidien. Mais voilà que l’instituteur de l’île va tenter d’en savoir davantage et va mener l’enquête. Une attitude qui déplaît au maire et qui va user de moyen pas très glorieux pour l’arrêter.

Vous l’aurez compris, rien de très joyeux dans cette histoire. L’écriture de Philippe Claudel amplifie cet effet négatif, en créant une atmosphère malsaine et étouffante. On a l’impression d’étouffer sur cette île, on se demande jusqu’où les habitants vont bien pouvoir aller. Les personnages sont antipathiques, l’auteur ne fait rien pour qu’on s’attache à eux, d’ailleurs pour la plupart on ne sait rien d’eux, ils nous restent flous. On les connait par un surnom ou juste par leur corps de métier (l’instituteur, le curé, le docteur….). On avance dans ce roman à la façon d’une enquête policière bien particulière dont malheureusement on prévoit l’issue. Et pourtant j’ai aimé ce roman, bien loin de ce que je lis d’ordinaire. Philippe Claudel a su encore une fois m’embarquer dans son univers bien particulier.  Le thème des migrants est traité ici d’une formidable façon. A la manière d’un mauvais conte, d’une vieille légende, mais est-ce finalement si éloigné de ce qu’on vit réellement?

Ma notation :

Une lecture plaisante à ne pas laisser passer!

(Roman lu en partenariat avec Netgalley à paraître le 14 mars chez Stock)

Le jour d’avant, Sorj Chalandon

Quatrième de couverture :

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

L’avis de Lunatic :

Décembre 1974, un coup de grisou dans une mine de Saint-Amé à Liévin dans le Pas-de-Calais fait 42 morts. 43 morts si l’on compte Jojo, le frère de notre narrateur Michel Flavent. Jojo n’est pas mort au fond, mais est décédé quelques jours après des suites de ses blessures. La famille sombre, et le père des deux frères, avant son suicide écrit à Michel « Venge nous de la mine ».

2014, Michel, devenu chauffeur routier, exilé à Paris, veille sa femme qui décède. Il est alors l’heure pour lui de se venger, de retourner dans ses terres et retrouver celui qu’il juge comme responsable de la mort de Jojo, le contremaitre Lucien Dravelle.

Dès le début de ma lecture j’ai été surprise avec quelle précision et réalisme l’auteur a su dépeindre le quotidien des mineurs, la vie dans un bassin houiller et tant de détails se rapportant au milieu des mineurs. Jojo, Dravelle, leur compagnon de travail, j’en côtoie quotidiennement, et leur souvenir est tel que Sorj Chalandon le décrit dans son roman. Je suis native d’un bassin houiller, j’y ai grandi, j’y travaille alors l’univers du roman me parlait, et j’étais très curieuse de le lire. J’avais peur que l’auteur tombe dans des clichés comme on en lit souvent, mais non, j’imagine qu’il a dû beaucoup se documenter pour son livre (je lisais qu’il était journaliste et couvrait les événements en 1974).

Au-delà de la mine, ce roman est le portrait d’un homme qui vit une tragédie, qui doit avancer malgré la perte de son frère. J’étais assez mal à l’aise avec cette idée de vengeance, je ne comprenais pas trop pourquoi faire porter à Lucien Dravelle toute la responsabilité du drame, Michel Flavent devenait alors à mes yeux un personnage très sombre, loin d’être sympathique. On assiste rapidement à sa vengeance et Michel est incarcéré et on est spectateur de son procès. A partir de ce moment, je pensais m’ennuyer, mais lors d’une audience au tribunal, on nous révèle un élément essentiel qui donne au roman un nouveau sens (et je comprenais enfin le choix de ce titre : Le jour d’avant). Le récit en devient alors encore plus captivant, touchant et on voit Michel et ses actes sous un œil nouveau.

Ma notation :

J’ai été totalement charmée par l’écriture de Sorj Chalandon. Une belle découverte que je vais partager autour de moi.

Roman lu dans le cadre de Matchs de la rentrée littéraire Priceminister