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Le prince à la petite tasse, Emilie de Turckheim

Quatrième de couverture :

Un jour, j’ai dit : «Ils sont des milliers  à dormir dehors. Quelqu’un pourrait  habiter chez nous, peut-être ?»  Et Fabrice a dit : «Oui, il faudra  juste acheter un lit.»  Et notre fils Marius a dit : «Faudra  apprendre sa langue avant qu’il arrive.»  Et son petit frère Noé a ajouté :  «Faudra surtout lui apprendre à jouer aux cartes, parce qu’on adore  jouer aux cartes, nous !»

Pendant neuf mois, Émilie, Fabrice et leurs deux  enfants ont accueilli dans leur appartement parisien Reza, un jeune Afghan qui a fui son pays en guerre  à l’âge de douze ans. Ce journal lumineux retrace  la formidable aventure de ces mois  passés  à se découvrir et à retrouver ce qu’on avait égaré  en chemin : l’espoir et la fraternité.

L’avis de MadameOurse :

Ce récit m’a énormément attirée parmi les nouvelles publications de la rentrée littéraire parce que j’ai eu l’impression qu’il allait me montrer une autre facette des histoires sur les migrants, quelque chose qui serait à l’opposé des faits divers, j’avais le sentiment qu’il m’amènerait une vision plus humaniste, simple et douce de ces hommes et femmes qui prennent l’énorme risque de quitter leur pays pour un ailleurs qui ne sera pas forcément à la hauteur.

Je suis très heureuse de pouvoir vous dire que ce livre est complètement à la hauteur de ce que j’en attendais. Emilie de Turckheim nous livre un récit doux, simple, drôle, émouvant, touchant. A travers l’exemple unique de Reza qu’elle a accueilli sous son toit, elle nous dévoile une partie des difficultés qui touchent les migrants. Il y a celles que l’on imagine facilement : être à la rue, sans revenus, sans accès aux soins, sans papiers, chassés par la police, rejetés par la population. Et puis il y a celles qui sont moins évidentes : apprendre une nouvelle langue avec toutes les difficultés que cela représente lorsqu’on n’a pas de vrais cours pour ça (Emilie tente à plusieurs reprises d’expliquer certains mots et expressions à Reza et on remarque comme c’est difficile !). C’est aussi la plongée dans une culture et une façon de vivre si différente, de la même manière c’est du jour au lendemain, sans explications, sans l’apprentissage de l’histoire qui a mené le peuple français à vivre ainsi. On a donc parfois l’impression que Reza est comme un petit enfant qui découvre le monde… et c’est complètement ça !

Au cours de ma lecture, j’ai salué plusieurs fois la façon dont Emilie prend les choses, sans jamais se fâcher de rien notamment lorsque Reza prend des initiatives un peu décalées. Elle est chez elle mais elle laisse son espace à Reza comme sa propre maison. Je serai complètement incapable de faire ça puisque je suis déjà bien trop maniaque pour supporter les travers de mon mari ! Je pense que les gens qui sont capables d’accueillir autrui ainsi chez eux sont rares. Et je n’en suis donc que plus admirative pour Emilie et sa famille.

Enfin, ce récit est superbement écrit, avec pudeur, douceur et humilité. Il n’y a quasiment pas d’analyse des choses, Emilie de Turckheim nous livre les faits à travers les anecdotes vécues entre la famille et Reza et nous laisse le soin d’en tirer les leçons que l’on souhaite. J’ai beaucoup aimé que le roman soit une succession de petites anecdotes, livrées de manière très simple pour illustrer leur quotidien pendant cette année où ils ont accueilli le jeune Afghan. L’une de ces anecdotes est celle qui explique le titre, Le prince à la petite tasse et relate aussi très bien la poésie qui égraine le récit. Si vous lisez ce livre, je ne doute pas que Reza vous touchera et vous épatera, il a une volonté d’acier pour s’en sortir, j’espère qu’il va bien aujourd’hui car la finalité est là aussi. J’aimerais beaucoup savoir ce qu’il est devenu, s’il a pu s’installer dans la vie en France et s’il est heureux.

Ma notation :

Superbe. A lire autant pour l’expérience qui nous est relatée là que pour le style de l’auteure.

 

L’archipel du chien, Philippe Claudel

Quatrième de couverture :

Une île. Une île de l’Archipel du chien. Peuplée d’une petite communauté d’hommes vivant de la pêche, de la vigne, des oliviers et des câpriers. Une île à l’écart des fracas du monde mais sur les rives de laquelle un matin vont s’échouer trois cadavres. Qui sont-ils ? Que faire de leurs dépouilles ? Faut-il oublier ou tenter de connaître la vérité, au risque de se perdre ?

L’avis de Lunatic :

Une île, la mer, la plage. Et pourtant cette lecture n’a rien d’un voyage paradisiaque. Cette île, se situe dans l’archipel du chien, un archipel inventé par l’auteur. Une île qu’on ne situe pas vraiment, une population de pêcheurs, une population vieillissante, où tout le monde se connait. Le maire est accaparé par un projet d’hôtel thermal qui devrait amener sur leur territoire un peu de fraîcheur, de nouveauté : des touristes, des emplois, de l’argent. Mais voila qu’un jour, 3 corps sont retrouvés échoués sur la plage. 3 corps qui, par leur couleur de peau, semblent étrangers. Peut-être s’agit-il d’immigrés que la mer aura jeté là? La poignée de témoins est vite sommée de se taire, le maire ne veut pas perturber les habitants, et encore moins compromettre son projet d’hôtel thermal.

Une fois les corps mis à l’abri, chacun devra reprendre son quotidien. Mais voilà que l’instituteur de l’île va tenter d’en savoir davantage et va mener l’enquête. Une attitude qui déplaît au maire et qui va user de moyen pas très glorieux pour l’arrêter.

Vous l’aurez compris, rien de très joyeux dans cette histoire. L’écriture de Philippe Claudel amplifie cet effet négatif, en créant une atmosphère malsaine et étouffante. On a l’impression d’étouffer sur cette île, on se demande jusqu’où les habitants vont bien pouvoir aller. Les personnages sont antipathiques, l’auteur ne fait rien pour qu’on s’attache à eux, d’ailleurs pour la plupart on ne sait rien d’eux, ils nous restent flous. On les connait par un surnom ou juste par leur corps de métier (l’instituteur, le curé, le docteur….). On avance dans ce roman à la façon d’une enquête policière bien particulière dont malheureusement on prévoit l’issue. Et pourtant j’ai aimé ce roman, bien loin de ce que je lis d’ordinaire. Philippe Claudel a su encore une fois m’embarquer dans son univers bien particulier.  Le thème des migrants est traité ici d’une formidable façon. A la manière d’un mauvais conte, d’une vieille légende, mais est-ce finalement si éloigné de ce qu’on vit réellement?

Ma notation :

Une lecture plaisante à ne pas laisser passer!

(Roman lu en partenariat avec Netgalley à paraître le 14 mars chez Stock)

La traversée, Jean-Christophe Tixier

Quatrième de couverture :

Jeune Africain, Sam voyage à bord d’un bateau de migrants vers l’Europe. Bientôt la mer grossit et la tempête éclate, provoquant le naufrage de l’embarcation. Sam, qui sait nager, échappe à la noyade et tente d’organiser la survie du groupe. Tandis que les minutes s’écoulent, les souvenirs de son passé remontent à la surface : son existence au village, son désir d’ailleurs, son départ, la belle Thiane au camp de réfugiés de Tripoli…
Mais la mer n’a pas dit son dernier mot…

L’avis de MadameOurse :

C’est ce joli dessin sur la couverture qui a éveillé mon intérêt pour cette lecture. Je ne pense pas que ce soit un hasard si j’ai lu plusieurs romans sur le thème des migrants ces derniers mois (On la trouvait plutôt jolie et Entre deux mondes). C’est un thème d’actualité et je trouve ça enrichissant de s’y sensibiliser par le biais de la lecture.

La traversée est un roman jeunesse assez court et qui se lit très vite. Les chapitres s’alternent entre des moments de la traversée compliquée de la Méditerranée où Sam et ses amis devront faire face à une tempête et des chapitres de la vie de Sam en Afrique et des personnes qu’il y a connu : sa famille, ses amis, d’autres migrants. Tous ces chapitres sont axés autour d’une personne et chaque fois, l’auteur nous dresse un joli portrait du personnage. Je me suis attachée à ces personnages qui sont si joliment dépeints.

J’ai apprécié que l’auteur ne cherche aucunement à enjoliver la réalité au prétexte qu’il écrit pour la jeunesse. Bien au contraire, il laisse bien entendre dans quelles conditions chaque homme / femme / enfant risque sa vie pour rejoindre le continent européen. Et il nous explique très bien également le sacrifice financier dont il s’agit pour chaque famille, la traversée est extrêmement coûteuse et on leur demande toujours plus d’argent à chaque nouvelle embûche.

Ce roman très intéressant s’achève par ailleurs sur un dossier destiné à l’étude du roman en classe. Je tiens à noter ce point car c’est vraiment le genre de livre qu’il me semble intéressant de mettre entre les mains des adolescents, encore plus quand on pousse la réflexion ensuite sur les thèmes abordés dans le roman.

Ma notation :

Un roman jeunesse très intéressant qui aura le mérite d’éveiller une sensibilisation à la cause des migrants.

Je remercie Sandrine des éditions Rageot pour cette lecture

On la trouvait plutôt jolie, Michel Bussi

Quatrième de couverture :

Du désert sahélien à la jungle urbaine marseillaise, en quatre jours et trois nuits…
Un suspense renversant et bouleversant.

 » – Qu’est-ce qui ne va pas, Leyli ? Vous êtes jolie.
Vous avez trois jolis enfants. Bamby, Alpha, Tidiane. Vous vous en êtes bien sortie.
– Ce sont les apparences, tout ça. Du vent. Il nous manque l’essentiel. Je suis une mauvaise mère. Mes trois enfants sont condamnés. Mon seul espoir est que l’un d’eux, l’un d’eux peut-être, échappe au sortilège.
Elle ferma les yeux. Il demanda encore :
– Qui l’a lancé, ce sortilège ?
– Vous. Moi. La terre entière. Personne n’est innocent dans cette affaire. « 

L’avis de MadameOurse :

J’ai, jusqu’ici, lu seulement 2 titres de Michel Bussi mais c’est un auteur que j’ai apprécié et que j’ai plaisir à découvrir. J’étais d’ailleurs ravie de recevoir un de ses titres dans mon swap des 4 ans. En attendant, j’ai pu découvrir, On la trouvait plutôt jolie la dernière parution de l’auteur.

Je me suis complètement laissée embarquer dans l’histoire, page après page. Je trouve ça assez facile à lire Bussi, on situe vite les personnages, les intrigues, on s’attache et on a un vrai plaisir à le lire. Ici, c’est la famille Maal que l’on découvre : Leyli la mère et ses 3 enfants. Elle vit à Marseille ou plutôt survit entre petits boulots précaires et revenus trop faibles pour faire vivre sa famille. Ses 2 plus grands enfants, très vite, on comprend à demi mots qu’ils trempent dans des combines louches. Mais on ne sait pas trop lesquelles.

A côté de ça, on suit une enquête de police après le meurtre d’un homme dans une chambre d’hôtel. Le lien avec la famille Maal apparaît rapidement mais sans certitude, ce ne sont que des présomptions.

Nous lecteurs, on a l’impression d’en lire plus parce que l’auteur nous raconte plusieurs facettes de son histoire. Mais on est un peu paumés quand même. J’étais attachée à Leyli et ses enfants,  alors, je les ai présumés innocents…

Entre l’histoire « d’aujourd’hui », Bussi tisse de bien jolis chapitres sur la jeunesse de Leyli. Alors on voyage en Afrique où elle est née et on la suit dans ses malheurs, dans sa bataille d’immigrante rêvant de vivre en France. J’ai adoré cette histoire dans l’histoire. C’est tellement bien conté, le personnage est fort, il a vécu des drames, on s’attache inévitablement.

Et puis, à un quart de la fin, la première grande révélation et là je souris intérieurement et je me dis « bravo Michel Bussi ». L’auteur s’est complètement joué de moi et je trouve ça réussi, une ficelle toute simple, toute bête, mais qui marche drôlement bien ! Evidemment pour en savoir plus il vous faudra lire On la trouvait plutôt jolie

Ma notation :

Une très agréable lecture.

Merci à Allison des Editions Presses de la Cité pour cette lecture

Entre deux mondes, Oliver Norek

Quatrième de couverture :

(Pour ce roman, je tiens à vous présenter la VRAIE quatrième de couverture tel que le livre papier est édité. Elle est brève et parfaite à mon goût.)

Je vous renvoie aussi à une présentation de l’éditeur qui en dit un peu plus si vous le souhaitez.

L’avis de MadameOurse :

J’ai eu la surprise de recevoir ce roman un petit peu avant sa parution. J’ai déjà lu Olivier Norek il y a 2 ans et j’étais touchée que l’on m’offre son nouveau roman. Merci donc avant toute chose à l’auteur et aux éditions Michel Lafon pour ce bel envoi.

Un planning livresque un peu chargé m’a empêché d’attaquer ma lecture de suite, j’ai donc eu, avant de m’y plonger, de nombreux échos. De très bons échos. En parallèle des blogs que je lis, des belles notations sur le site de Babélio, c’est aussi Lunatic qui avait été intriguée d’entendre parler du livre dans les médias qui se l’est offert sur un coup de tête. Et qui l’a dévoré.

Ni une ni deux, c’était mon tour de le lire. Et dès la première double page, le choc. Je vous invite à feuilleter le début du roman pour bien comprendre le ressenti, 2 pages lues et vous êtes happés.

Alors attention, Olivier Norek est un auteur de polar, lui même Lieutenant de Police donc si vous ne le connaissez pas, ceci suffira à se faire une idée, ce qu’il écrit n’est ni drôle, ni chick lit, ni feel good. Ses romans sont classés côté polar. Même si personnellement, j’ai du mal à classer Entre deux mondes en temps que tel. Je lui mettrai plutôt une étiquette de drame.

Bon MadameOurse ça y est t’as fini ? Tu nous dis de quoi il cause ce roman ? Oui oui, pardon (la mégalo qui se parle à elle même rentre dans les rangs).

Au cœur de ce roman, il y a un lieu dont vous avez forcément entendu parler : la ville de Calais et sa Jungle. Ce lieu où se sont entassés dans des conditions effroyables les migrants du monde entier en espoir d’atteindre leur graal : l’île anglaise. Olivier Norek a écrit un vrai roman sur des faits d’actualité choquants. Il vous révélera ici des détails que vous ne connaissez sans doute pas.

Mais Entre deux mondes n’est pas un témoignage. C’est l’histoire de 2 hommes que beaucoup de choses séparent : Bastien, le petit français à la vie presque parfaite qui débarque à Calais sur un nouveau poste, une mutation qu’il a demandé dans le commissariat de la ville. De l’autre côté il y Adam, le Syrien. Il vient de fuir son pays où il était menacé. Flic lui aussi.

Lorsqu’Adam arrive à Calais, il espère y retrouver sa femme et sa fille. Il constate également que la France n’est pas la terre d’accueil qu’il espérait et c’est peu de le dire.

Les destins d’Adam et Bastien se croiseront. Se mêleront. Et Olivier Norek nous amène à lire un petit bijou d’humanité au coeur d’un sujet si terrifiant, horrifiant, révoltant. Entre évocation du terrorisme, techniques pour « passer » en Angleterre, conflits, violences, meurtres entre les nombreux peuples présents dans le camp de Calais.

Il est hors de question que j’en révèle plus sur le roman mais j’espère vous avoir donné envie. C’est un roman qui vous apprendra des choses, qui vous révoltera mais aussi qui vous touchera par les belles réactions profondément humaines de certains personnages envers leurs semblables.

Ma notation :

Un Roman avec un grand R ou une oeuvre avec un grand O comme vous préférez. Je l’ai fermé la larme à l’œil. Merci Olivier et bravo. J’ai appris sur un sujet que je méconnaissais complètement alors qu’il nous concerne de si près, nous, français. Ce n’est pas un thème plaisant qui est traité ici. Mais nécessaire.

 

Un grand merci aux éditions Michel Lafon pour cette lecture