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[Duo lecture] La libraire de Dachau, Shari J. Ryan

 

Pourquoi ce livre :

(Audrey) Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu un roman sur le thème de la seconde guerre mondiale. Ce titre arrivé par surprise chez moi était l’occasion idéale pour une lecture duo avec Laure.

(Laure) Vous pouvez mettre n’importe quel nom de camp de concentration dans un titre, vous m’aurez attirée. Les éditeurs le savent bien et la preuve que ça marche à chaque fois avec moi !

La couverture :

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(Laure) Une couverture qui parle tout de suite, on situe directement l’endroit où se passe le roman. 

(Audrey) Un bleu omniprésent. Porteur d’espoir malgré la dureté du thème ?

La quatrième de couverture :

Aux États-Unis, à l’aube des années 2020, la vie de Grace bascule lorsqu’on lui annonce qu’elle vient d’hériter d’une librairie à Dachau, en Allemagne. L’endroit lui a été légué par une grand-mère biologique dont elle ignorait complètement l’existence. Grace décide de traverser l’Atlantique et se lance dans une véritable enquête pour combler les silences de l’extraordinaire et douloureuse histoire de Mathilda, sa grand-mère. Une histoire qui débute dans l’Allemagne crépusculaire des années 1940. Hans, l’amour de toujours de Mathilda, est en danger parce qu’il est juif. La jeune femme n’hésite pas une seconde et le cache dans son grenier. Pendant des mois, ils vivent à la lueur des bougies. Jusqu’au jour où Hans est trahi et déporté au camp de Dachau… Dès lors, Mathilda est poussée par la rage de survivre et par une promesse : un jour, ils vivront libres et heureux.

Après lecture :

(Audrey) On en a lu des romans sur les camps de concentration, sur l’horreur de cette seconde guerre mondiale, sur les déchirures qui traversent les familles, et pourtant, ce roman aura su me saisir comme si je lisais un roman sur ce thème pour la première fois.

J’ai tout de suite aimé Grace et l’histoire qu’elle allait découvrir sur sa grand-mère, dont elle ignorait tout. Car on l’aura compris, la vie de Mathilda au cœur de ce conflit, va être une succession de drames et le récit est juste déchirant. J’ai aimé la façon dont les secrets du passé vont être révélés doucement, par la lecture de lettres et les confidences d’un allié sur place : Archie, qui s’occupe de la librairie alors que Grace débarque en Allemagne. 

Au delà d’un roman historique, c’est surtout un roman d’amour. Un amour pour lequel Mathilda aura fait preuve de bravoure, sans jamais perdre espoir. C’est un très beau portrait de femme, courageuse et passionnée, qui va vous faire vivre diverses émotions. 

(Laure) Mais quelle belle découverte ! Une histoire sur les camps qui se passe hors des camps et … au présent ! Cela pourrait paraitre étonnant et pourtant c’est tout ce que j’ai adoré, déplacer le lieu et la temporalité de l’histoire ne l’ont pas rendue moins forte bien au contraire !

Lorsque Grace hérite d’un bien immobilier à Dachau, c’est le ciel qui lui tombe sur la tête, elle qui a accompagné en vain pendant des années sa mère en quête de ses origines. Et c’est alors qu’elle est décédée depuis quelques années qu’elle va savoir d’où elle venait ?! C’est la chance de sa vie et elle part sur place sans attendre. C’est là que nous allons découvrir l’histoire de sa grand mère, Tillie et de Hans, le jeune garçon juif qu’elle aimait depuis toujours.

C’est une histoire très forte, poignante par moments tant le comportement de certains personnages est révoltant. Et pourtant c’est beau parce que Grace a cette chance de découvrir l’histoire de sa grand mère dans tous ses détails. Et à travers Tillie, elle va découvrir dans quelles circonstances est née sa mère. L’histoire d’un bébé tant aimé qui sera pourtant adopté à l’autre bout du monde, l’histoire d’une famille qui ne sera jamais réunie. Et si… L’auteure achève avec cette lueur d’espoir, cette beauté qui nous fait vraiment refermer le livre avec ravissement. Que c’était beau !

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(Merci à Eric Poupet pour cette lecture)

Les faisceaux de la peur, Maud Tabachnik

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Quatrième de couverture :

En ce printemps 1937, la ville de Florence a perdu sa traditionnelle douceur de vivre alors que les miliciens de Mussolini commencent à faire régner la peur. Pour Judith, jeune femme au tempérament rebelle, le monde s’effondre lorsqu’un homme est tué sous ses yeux par les fascistes, sans que personne ne réagisse. Judith, qui est juive, découvre la délation, l’humiliation et la lâcheté. Rapidement, elle est contrainte à l’exil en France avec sa famille. C’est à Paris qu’elle va faire des rencontres qui vont changer sa vie : des étudiants révoltés, des intellectuels exilés… et l’amour de Sophia. Mais alors que le monde bruisse des rumeurs d’une guerre prochaine, Judith réalise qu’elle va devoir faire des choix difficiles, au péril de sa vie et de son bonheur. Armée de sa jeunesse et de sa fougue, elle va devoir apprendre à survivre pour résister aux années de terreur à venir…

L’avis de Laure :

Après avoir déjà lu plusieurs romans traitant de la montée du nazisme en Allemagne et comment le peuple allemand a senti arriver les persécutions juives, je découvre ici la même chose mais en Italie. Mussolini étant l’allié d’Hitler bien avant la guerre, les juifs italiens ont eux aussi été peu à peu privés de libertés avant même que la guerre ne débute.

C’est ce que Judith, jeune étudiante en droit, va vivre avec sa famille. Ils auront assez vite le réflexe de fuir le pays et s’installent alors à Paris où ses parents, son frère et elle-même devront reconstruire leur vie. Trouver un nouveau travail, pouvoir reprendre ses études, un parcours compliqué sans papiers mais aussi se faire de nouvelles connaissances et donc de nouveaux amis pour Judith qui reste une adolescente avec l’envie de vivre… J’ai beaucoup apprécié cette première phase du roman, l’adaptation de la famille à un nouveau pays, le sujet de l’homosexualité de Judith traité comme si ce n’était qu’un détail sans conséquence et en même temps je me demandais où l’auteure allait en venir, quel message elle cherchait à faire passer ici.

Nous arrivons à plus de la moitié du roman avant que la guerre ne commence et j’étais donc encore plus perdue sur la finalité du roman, impossible qu’on aille jusqu’en 1945 alors y aurait-il une suite à cette histoire ou bien une explication justifie la fin du roman en pleine guerre ? J’ai achevé ma lecture sans le savoir. J’ai moins apprécié la seconde partie du roman, axée sur un grand développement politique car Judith s’y intéresse beaucoup mais pour ma part je n’en suis pas spécialement fan. Avec l’arrivée des allemands à Paris, la famille sait de nouveau qu’elle doit fuir mais cela est bien plus compliqué à mettre en œuvre cette fois.

On achève la lecture mais pas l’histoire alors cela me laisse penser qu’il y aurait une suite et j’aurais aimé savoir avant la lecture si c’était le cas car finalement mes interrogations à ce sujet au cours de ma lecture m’ont empêchée de l’apprécier pleinement.

Ma notation :

Un roman un petit peu déroutant qui m’a amenée à de nombreuses questions sans obtenir toutes les réponses que j’aurais voulu.

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(Merci à Eric Poupet pour cette lecture)

Les sœurs d’Auschwitz, Heather Morris

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Quatrième de couverture :

« Je veux que vous me promettiez et que vous promettiez chacune à vos deux sœurs de toujours veiller les unes sur les autres. Que vous ne laisserez rien vous séparer. Compris ? »

Slovaquie, 1942.

Les années ont passé depuis que Livia, Cibi et Magda Meller ont fait cette promesse à leur père à l’ombre du laurier-rose du jardin. Mais les après-midi insouciants de l’enfance sont bien loin désormais. Dans cette Europe à feu et à sang, chaque jour est un sursis pour les trois adolescentes juives. Pourtant, quand Livia est arrêtée par les nazis, Cibi tient sa promesse et suit sa sœur dans l’enfer d’Auschwitz où elles seront bientôt rejointes par Magda. Confrontées à l’horreur et à la cruauté du camp, les trois sœurs se font une nouvelle promesse. Celle de survivre.

L’avis de Laure :

Nous retrouvons Heather Morris avec un nouveau roman dans lequel elle retrace la vie d’une famille qui lui a fait le récit de son vécu, ici les trois sœurs Meller, juives slovaques ayant survécu à Auschwitz.

Il y a un élément très fort à l’origine de leur histoire : une promesse qu’elles ont faite à leur père, celle de toujours prendre soin les unes des autres. Au moment où cette promesse est faite, dans leur enfance, il est impensable d’imaginer le poids que celle-ci prendra lors des tristes événements qu’elles vont être amenées à vivre. Pourtant, Cibi l’aînée et la troisième de la fratrie, Livia, vont être déportées très tôt à Auschwitz. La sœur cadette Magda, y arrivera bien plus tard avec leur mère et leur grand-père et les 3 sœurs seront alors réunies.

Une fois de plus, nous basculons dans l’horreur d’Auschwitz, rien d’exceptionnel ici si, comme moi, vous avez l’habitude de lire ce genre de récit. La vie à Auschwitz c’est celle de la survie, un jour à la fois et jamais plus loin, c’est une quête de nourriture permanente, c’est aussi des liens à nouer pour se mettre à l’abri le plus possible, être dans les bonnes grâces des nazis pour prétendre à une occupation la moins rude possible. Cibi et Livia vont réussir à survivre plusieurs années ainsi, jusqu’aux retrouvailles avec Magda et leur fuite lors des marches de la mort.

Et puis il y a l’après. Se reconstruire, retrouver un lieu de vie. Un nouvel enfer pour les 3 sœurs et  une partie qui m’a beaucoup choquée. Alors que toute l’Europe sait à quel point les juifs ont vécu l’enfer, alors qu’il me paraitrait si évident de choyer et d’aider ces survivants, ils ont vécu la double peine, toujours rejetés par les habitants d’un pays qui est le leur. Très vite, Livia est déterminée à quitter la Slovaquie pour Israël, entrainant ses sœurs avec elle. Cette dernière partie du roman a été un peu plus laborieuse pour moi, j’ai trouvé que cela trainait un peu en longueur. Mais elle est importante aussi pour comprendre à quel point le traumatisme d’Auschwitz a un impact fort sur toute la famille Meller à travers les nombreux descendants des sœurs.

Si vous aimez les lectures historiques, ne passez pas à côté des romans d’Heather Morris, avez-vous remarqué l’union des mains dans ces 3 couvertures ? J’ai pour ma part été le plus touchée par Le tatoueur d’Auschwitz que par les 2 titres suivants.

Ma notation :

Une belle lecture historique, pour ne pas oublier.

Merci aux éditions Charleston pour cette lecture

Une ascension, Stefan Hertmans

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Quatrième de couverture :

Se promenant dans sa ville natale de Gand un jour de 1979, le narrateur tombe en arrêt devant une maison : visiblement à l’abandon derrière une grille ornée de glycines, cette demeure l’appelle. Il l’achète aussitôt et va y vivre près de vingt ans.Ce n’est qu’au moment de la quitter qu’il mesure que ce toit fut également celui d’un SS flamand, profondément impliqué dans la collaboration avec le Troisième Reich. Le lieu intime se pare soudain d’une dimension historique vertigineuse : qui était cet homme incarnant le mal, qui étaient son épouse pacifi ste et leurs enfants ? Comment raconter l’histoire d’un foyer habité par l’abomination, l’adultère et le mensonge ?

L’avis d’Audrey :

Dans ce roman, le narrateur qui est aussi l’auteur va remuer le passé pour donner vie à la mémoire des murs. A la fin années 1970, il a eu un coup de foudre pour une maison. Il y a vécu vingt ans, et au moment de déménager, il prend conscience de qui a habité entre ces murs avant lui : Willem Verhulst, un SS.

L’auteur va alors se lancer dans un long travail de recherches documentaires pour comprendre qui était cet homme. C’est donc cette histoire que l’on va découvrir, celle d’un homme, d’une famille, dans un texte où la frontière entre fiction et réalité est difficile à cerner. C’est l’histoire d’une ascension, celle d’un homme flamand, qui va se d’abord marier avec une femme juive, plus âgée que lui. Une fois veuf, il se remarie avec une femme d’origine protestante qui ne voit pas d’un très bon œil l’engagement politique de Willem. On assiste avec écœurement à la montée de haine chez cet homme, responsable de tant d’arrestations et de morts.

Ce roman est accompagné de quelques photos ou images d’illustrations, attestant du travail documentaire de l’auteur et rendant davantage intense la réalité de ce portrait. C’est un roman surprenant, où l’auteur met en avant l’humanité de ces personnages, tout en montrant le pire qui peut s’y cacher. Willem est un personnage très ambivalent. Il nous apparait dans un premier temps comme un homme intriguant, avant de laisser une vraie impression de malaise. Au delà de Willem, c’est son épouse qui aura le plus attisé mon intérêt durant ma lecture. Une femme qui voulait protéger ses enfants et qui se tenait à l’écart de toute la collaboration active de son époux. Elle est à mes yeux la protagoniste essentielle de ce récit.

L’ascension reste un roman dense, dont la lecture ne fut pas vraiment réjouissante. J’ai trouvé la plume de l’auteur assez froide et distante.

Ma notation:

Un roman où la frontière entre historiographie et littérature est si mince. Un texte intéressant sur la mémoire des murs et l’histoire de la seconde guerre mondiale.

Les carnets d’Esther, Florence Roche

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Quatrième de couverture :

En juillet 1942, elles étaient deux petites filles… L’une des deux sera déportée. Vingt ans plus tard, Esther remonte le cours du temps et le fil de son histoire. Une quête bouleversante des origines.

Août 1962 : les lendemains sont pleins de promesses pour Esther Lescure, séduisante créatrice de mode, choyée par son père Bertrand. Mais son monde s’effondre quand celui-ci meurt dans un incendie criminel. L’assassinat de Bertrand serait-il lié aux zones d’ombre de sa jeunesse durant la guerre ? La jeune femme part sur les traces d’un mystérieux Elzear, qui avait confié à son père les rênes de son entreprise de confection avant la rafle du Vel’ d’Hiv en 1942… Pour quelles raisons ? Esther ira jusqu’à New York pour connaître toute la vérité.

Quitte à perdre ses dernières certitudes ?
Une quête bouleversante des origines.

L’avis de Laure :

J’ai bien conscience avant même de publier cet avis que ce n’est pas trop un livre qui va vous attirer. Peut être parce que l’écrin n’est pas à la hauteur du contenu. Et il faut dire que même après lecture je ne comprends pas le choix de cette image de couverture. Pourtant, il m’a fallu très peu de pages pour être totalement charmée par cette lecture. Il y a une nouvelle fois tout ce que j’aime : une histoire de secrets de famille mêlée au contexte historique de la seconde guerre mondiale.

Ce qui m’a de suite charmée c’est le lien qui unit 2 personnages et qui est évoqué dans les toutes premières pages du roman. Un lien entre le père Bertrand, et sa fille Esther. Une adoration mutuelle, une reconnaissance des compétences professionnelles puisque très vite tous 2 vont travailler pour l’entreprise familiale de confection. Lorsque Bertrand décède brutalement dans un mystérieux incendie, le monde d’Esther et anéanti. D’autant que très vite, le doute arrive sur le fait que ce décès soit un accident.

Alors, Esther est bien décidée à faire son enquête, elle refuse d’accepter le décès de ce père adoré. Et bien vite, les secrets du passé vont venir semer des doutes dans l’esprit d’Esther. La période de la seconde guerre mondiale et de ce mystérieux don de l’entreprise d’Elzear à Bertrand questionne. Pourquoi Bertrand n’a-t-il jamais parlé de celui qui fut avant tout un ami si cher ? Que s’est-il donc passé pendant la seconde guerre mondiale ? Et pourquoi ces événements ont encore un écho dans le présent d’Esther ?

La jeune femme va alors être amenée à découvrir les carnets qu’Elzear a écrits pendant sa déportation, carnets qui vont la mener à vouloir retrouver cet homme à tout prix, pour enfin avoir réponse à ses questions. Je ne vous en dis pas plus mais vraiment, j’ai été totalement prise dans le rythme du roman, d’abord bien évidemment comme toujours, j’ai aimé la partie historique qui traite de la seconde guerre mondiale. Par la suite, lors de l’enquête d’Esther, il n’y a aucun temps mort, on rencontre des personnages très attachants et les secrets m’ont vraiment tenue en haleine. Je n’avais rien vu venir de la révélation finale. En plus, c’est un roman qui interroge sur le pardon, sur ce qu’il est possible d’accepter ou non. Vous le verrez si vous le lisez, Esther n’a pas un chemin de vie standard et j’ai beaucoup aimé les questionnements auxquels elle va devoir faire face. Une héroïne très attachante qui dessert superbement ce roman très réussi.

Ma notation :

Laissez-vous tenter, passez outre la couverture qui n’a guère de rapport avec le contenu car je vous assure que cette lecture est belle !