Archives du mot-clé D. Foenkinos

Crénom, Baudelaire!, Jean Teulé

Quatrième de couverture:

Si l’oeuvre éblouit, l’homme était détestable. Charles Baudelaire ne respectait rien, ne supportait aucune obligation envers qui que ce soit, déversait sur tous ceux qui l’approchaient les pires insanités. Drogué jusqu’à la moelle, dandy halluciné, il n’eut jamais d’autre ambition que de saisir cette beauté qui lui ravageait la tête et de la transmettre grâce à la poésie. Dans ses vers qu’il travaillait sans relâche, il a voulu réunir dans une même musique l’ignoble et le sublime. Il a écrit cent poèmes qu’il a jetés à la face de l’humanité. Cent fleurs du mal qui ont changé le destin de la poésie française.

L’avis d’Audrey :

J’ai été très décontenancée et très déçue l’an dernier avec Gare à Lou, alors j’ai commencé ce roman avec un peu d’appréhension. Mais je me disais qu’avec ce titre, j’allais pouvoir retrouver ce que j’avais tant aimé en lisant Le Montespan ou Je, François Villon. Avais-je raison ou pas?

C’est à la quarantaine de Baudelaire que s’ouvre ce roman. Il chute sur les marches d’une église en s’exclamant Crénom! Baudelaire.  On le trouve usé, fatigué.

C’est alors le moment de revenir sur sa vie, et quelle vie. On le retrouve à 5 ans. Le petit Charles n’a plus de père. Ce qui pourrait être un drame l’arrange bien. Il aura sa mère adorée pour lui tout seul. Mais c’est sans compter sur un rapide remariage qui contrarie le jeune garçon. A l’adolescence, les relations avec son beau-père sont difficiles. Ce dernier souhaite s’en débarrasser au plus vite. Charles, par son insolence et son impertinence s’est fait renvoyer du lycée Louis Le grand. On lui impose alors un voyage vers les Indes, qu’il écourte, ne supportant ni la mer, ni le bleu du ciel, ni la compagnie des marins.

A sa majorité, il profite de l’héritage de son père pour s’émanciper de sa mère. Il vit la grande vie, gaspille son argent dans le luxe et les femmes. Une année d’excès et de débauche auquel sa mère souhaite mettre fin. Il a dilapidé la moitié de son argent, il faut stopper tout ça. Surtout que Charles semble s’être épris d’une femme métisse, chose impensable pour sa famille. Jeanne Duval, qu’il va aimer passionnément toute sa vie. Une femme tout en mystère.

C’est toute une vie que Jean Teulé va nous livrer. La vie de cet homme excessif, antipathique, mauvais et à qui le lecteur ne trouvera que peu de qualités. Comment un homme aussi abject peut-il écrire des poèmes si beaux et doux ? Comment tant de délicatesse et de poésie peuvent sortir d’un être comme lui ? C’est tout le paradoxe de cet homme.

Jean Teulé nous parle donc de ce sacré poète avec le ton qu’on lui connait. Un vocabulaire cru et franc. Il dévoile tout sur Baudelaire, sans rien cacher. On ressent toute la passion qu’il a pour cet homme perdu. J’ai aimé redécouvrir quelques poésies qui sont remises dans leur contexte. Des textes sombres et mélancoliques, qui à l’époque choquaient ses contemporains, allant même juste à l’interdiction pour certains textes.

Une vie digne d’un roman. Entre douleurs de l’enfance, drogues, folle imagination et détestation personnelle. Une vie d’écriture, une vie qu’il brule à petit feu par tous ses abus.

Ma notation :

Un roman enivrant. Un personnage détestablement passionnant sous une plume dont seul Jean Teulé sait user avec tant de finesse et de génie.

La famille martin, David Foenkinos

Quatrième de couverture:

« J’avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Mes personnages me procuraient un vertige d’ennui. J’ai pensé que n’importe quel récit réel aurait plus d’intérêt. Je pouvais descendre dans la rue, arrêter la première personne venue, lui demander de m’offrir quelques éléments biographiques, et j’étais à peu près certain que cela me motiverait davantage qu’une nouvelle invention. C’est ainsi que les choses ont commencé. Je me suis vraiment dit : tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre .»

L’avis d’Audrey :

Un auteur en mal d’inspiration et d’idée décide de choisir une personne au hasard dans la rue pour en faire le sujet de son roman. Cela aurait pu tomber sur n’importe qui. Sur votre voisin ou sur vous peut-être. Ici c’est sur une vieille dame, Madeleine Tricot que notre auteur jette son dévolu. Il va l’interpeller, s’immiscer dans son quotidien, rencontrer ses proches afin d’écrire son roman. Ils vont être ses personnages, vont lui souffler les événements marquants du roman et les thèmes qui jalonneront son récit.

Il y a donc Madeleine, bien contente de trouver un tel confident. Mais aussi Valérie sa fille et son gendre Patrick, bien occupés dans leurs vies et dont le couple semble fragile. Puis les enfants, Lola et Jérémie qui regardent d’un œil suspect le projet de cet auteur. La famille Martin. Un clan tout ce qui a de plus normal, et pourtant, il y a tant à dire sur eux. Et si l’arrivé de cet écrivain allait imposer quelques questions et entrainer quelques bouleversements?

Logiquement on se pose la question sur la part de réalité et de fiction dans ce roman. L’écrivain en quête d’idée est-il David Foenkinos lui-même? La famille Martin existe-t-elle vraiment? Si il les a vraiment rencontré, n’a-t-il pas un peu fabulé sur leurs vies? On n’ose pas imaginer que tout cela soit vrai, et pourtant David Foenkinos laisse planer le doute. Il suffit de l’écouter chez Bernard Lehut sur RTL pour le comprendre.

Alors tant pis, j’ai laissé mes interrogations de coté pour ne penser qu’au roman et à la famille martin. J’y ai retrouvé la plume douce, pleine d’humour et d’ironie que j’aime tant chez l’auteur. Il utilise ses personnages pour nous parler de sujets vrais et qui nous préoccupent tous tel que la relation dans un couple, notre place au travail et la violence que peut instaurer une hiérarchie. Le ton est tantôt grave tantôt bienveillant.

« Les gens vont vraiment lire ça?  » se demande un personnage. C’est vrai qu’à un moment de l’histoire, je me suis demandé à quoi bon lire ce roman. Il ne s’y passe rien. On pourrait trouver l’ensemble fade et ennuyeux, mais je n’ai pas du tout eu ce sentiment. Le quotidien et la banalité de cette famille en font des héros de roman. Les doutes, l’échec amoureux de l’auteur, son idée loufoque de choisir au hasard les protagonistes de son roman fait de lui un personnage de roman intéressant.

Ma notation :

Une bien étrange lecture, un roman simple et bienveillant.

Deux soeur, David Foenkinos

Quatrième de couverture :

Mathilde, la trentaine, forme avec Etienne un couple heureux. Elle est professeure de français dans un lycée. Elle adore son métier et ses élèves – à qui elle communique sa passion pour Flaubert et en particulier pour L’éducation sentimentale. Lors de leur dernier voyage en Croatie, Etienne lui a proposé de l’épouser et de fonder une famille. Mais peu de temps après leur retour, Etienne change d’attitude. Il est distant, gêné. Pressé de questions, il avoue qu’il a revu son ancienne compagne, Iris, et que cette rencontre l’a bouleversé. Etienne a compris que sa vie devait s’accomplir avec elle. L’univers de Mathilde s’effondre. En proie à une douleur inouïe, elle s’aperçoit que toute sa vie tournait autour de l’homme qui l’a quittée. Malgré le soutien d’une voisine psychiatre ou du proviseur du lycée qui l’apprécie beaucoup (et sans doute un peu plus), elle sombre et finit par être mise à pied. Sa soeur Agathe la recueille dans le petit appartement qu’elle occupe avec son mari Frédéric et leur fille Lili. La relation entre les deux soeurs se redéfinit dans cette cohabitation de plus en plus éprouvante. De nouveaux liens se tissent peu à peu au sein de ce huis-clos familial où chacun peine de plus en plus à trouver l’équilibre. Il suffirait d’un rien pour que tout bascule…

[Duo lecture] La délicatesse, David Foenkinos

Pourquoi ce livre :

(Dame Lapin) Je n’ai pas l’habitude de lire des livres en français, juste des livres sociologiques ou biographiques. Mais sur cette table ronde, cette couverture m’a intriguée, de par ces couleurs en premier lieu : orange et rose, synonymes de gaieté. Puis la quatrième de couverture, qui m’a surprise. Cela semblait être une lecture légère, assez amusante. J’aimais bien le style d’écriture. Alors quand Madame Ourse m’a dit l’avoir dans sa PAL, j’ai sauté le pas !

(MadameOurse) Dame Lapin me disait avoir repéré certains livres en français qui lui faisaient envie (elle ne lit qu’en anglais habituellement). En me montrant La délicatesse, je lui ai donc dis que je l’avais dans ma PAL et que ce serait l’occasion pour moi de l’en sortir. C’est Lunatic qui m’a offert ce livre il y a 2 ou 3 ans déjà. Il se trouve que j’avais par hasard vu le film peu après l’avoir reçu et je ne voulais pas le lire avec les souvenirs du film en tête. Maintenant que j’ai bien oublié l’intrigue, c’était le bon moment.

La couverture :

(MadameOurse) Dame Lapin et moi n’avons pas lu la même édition, celle de Dame Lapin est la dernière, la mienne, plus ancienne, montre les personnages du film. J’ai également vu le film donc je me souviens de cette image mais elle ne m’évoque pas grand chose, j’avais trouvé le film assez plat, un peu ennuyeux. En revanche, j’avais bien en tête le physique des acteurs du film en lisant le livre notamment pour Markus joué par François Damiens.

(Dame Lapin) J’ai bien aimé cette couverture dans l’édition de poche Folio. Une femme, assise dans un bar, et ces couleurs. Rien de trop sérieux, un dessin assez enfantin même.

La quatrième de couverture :

« François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, ça serait parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse…
– Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie.
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. »

NB : en fonction des sites sur lesquels on cherche le livre, on peut trouver d’autres résumés qui en disent plus sur ce qu’il va se passer dans le livre. J’ai fait le choix ici d’être fidèle à la quatrième que nous avions en mains et qui est un extrait du début du roman.

Après lecture :

(Dame Lapin) Ce roman ne restera pas dans les annales, même s’il ne fut pas désagréable. J’ai quand même eu du mal à ne pas le lire d’une traite, sûrement du fait du style d’écriture, assez fluide et que j’ai trouvée sympathique. J’ai été surprise par le début, de par la quatrième de couverture je ne m’attendais pas à ça, là. J’ai été un peu refroidie, j’ai eu du mal à aimer le personnage de second plan qu’est Charles. Ce qui m’a le plus plu dans ce livre a été ses apartés décalées, l’humour loufoque, et le côté plus léger dans l’écriture après le premier quart.

J’ai été déçue que l’auteur aille en profondeur sur l’instant présent, ce qui permet de bien saisir l’émotion actuelle, mais ne fasse pas plus d’effort sur « l’autour »: pas de description physique de Nathalie ni des autres personnages, j’ai eu du mal à les imaginer dans la réalité.

En tout cas j’ai été ravie de partager ce moment avec Madame Ourse, et ça, ça vaut bien 22,5 millions de Krisprolls ! [NDLR : qui aura lu le livre comprendra la référence !]

(MadameOurse) C’était la première fois que je lisais David Foenkinos et j’ai découvert une plume particulière que j’ai appréciée. Il est très centré sur l’émotion, le ressenti du personnage et il y a cet humour dans l’écriture dont vient de parler Dame Lapin. Entre les chapitres de l’histoire sont insérés d’autres chapitres comme des parenthèses, très courts et qui ont juste pour vocation de donner un détail hyper précis sur un instant du chapitre précédent. Ce sont des détails complètement inutiles donc loufoques : les paroles de la chanson écoutée, un extrait du roman lu, la recette du plat préparé, le code de l’immeuble du personnage, etc.

On va suivre dans ce roman Nathalie, dans son milieu professionnel principalement. Après un drame dans sa vie personnelle, elle tente de rattacher ses wagons. Charles, son patron, va essayer de profiter de sa faiblesse. C’est un homme extrêmement lourdaud, détestable ! Et il y aura Markus, il travaille sous les ordres de Nathalie, c’est un homme banal, au physique ingrat, pas très intéressant à côtoyer. Et pourtant… il va parvenir à apporter quelque chose à Nathalie à ce moment-là de sa vie. J’ai aimé les indécisions des personnages, le côté hésitant de la vie, je fais un pas en avant puis deux en arrière. Et j’ai trouvé certains passages complètement crédibles notamment à travers la vénération que Markus a pour la si belle Nathalie et la conscience très forte qu’il ne peut avoir aucune chance avec elle.

C’est un roman assez particulier, bien loin de mes habitudes de lecture. Mais il a été agréable à lire et intéressant.

Vers la beauté, David Foenkinos

Quatrième de couverture :

Antoine Duris est professeur aux Beaux-Arts de Lyon. Du jour au lendemain, il décide de tout quitter pour devenir gardien de salle au musée d’Orsay. Personne ne connaît les raisons de cette reconversion ni le traumatisme qu’il vient d’éprouver. Pour survivre, cet homme n’a trouvé qu’un remède, se tourner vers la beauté. Derrière son secret, on comprendra qu’il y a un autre destin, celui d’une jeune femme, Camille, hantée par un drame.

L’avis de Lunatic :

Antoine Duris, prof aux beaux-arts à Lyon quitte tout, et s’installe à Paris. Il y trouve un poste de gardien de musée, une tâche « ingrate » par rapport à ses connaissances dans le domaine de l’art. Il a tout quitté, sans explications, sans prévenir personne. J’ai découvert du coup dans ce roman le phénomène des évaporés du japon. Tout est mystère! Pourquoi ce départ? Est-ce lié à la séparation d’avec Louise sa femme? Un souci d’ordre professionnel?

Le récit est multiple. Celui d’Antoine à Paris, Antoine avant sa fuite puis l’histoire de Camille, jeune étudiante peintre. Doucement, minutieusement on entre dans l’intime de ces personnages, on comprend en quoi ces deux personnages sont liés.

On retrouve ici la plume délicate de David Foenkinos. Des phrases très retenues mais qui en disent tant, un style très poétique. J’ai aimé ce qu’il dit de l’art, ce qu’il nous raconte sur la beauté, et en quoi l’artiste utilise l’art pour parler de soi. Les thèmes traités sont forts, durs et noirs. On retrouve dans ce roman le thème de la séparation, très souvent présent dans ses œuvres. Le besoin de « refaire sa vie », de « tourner la page ». Des expressions qui font justement grimacer l’auteur. Tourner la page parait si simple, on devrait plutôt parler de réécrire une livre, tâche plus complexe et longue. D’autres thèmes, que je vous laisse découvrir font de ce livre un livre touchant, dur mais plein de beauté au final.

Ma notation :

Je recommande vivement ! A lire rien que pour la beauté des mots de David Foenkinos.