Archives du mot-clé artiste

Dora Maar et le minotaure, Slavenka Drakulic

Quatrième de couverture :

Le tableau « Dora et le Minotaure » montre un homme avec une tête de taureau qui se penche sur une femme, l’accueillant, les membres bizarrement tordus. Picasso nous parle de la bestialité de l’homme. Mais dans la vraie vie, comme la grande auteure croate Slavenka Drakulic le relate dans son roman, c’était le maître lui-même qui détruisait la vie des femmes, notamment celle de Dora Maar.

Dora Maar, née à Paris en 1907, a grandi à Buenos Aires, où son père croate travaillait en tant qu’architecte. Quand elle rencontra Picasso, d’un quart de siècle son aîné, elle était déjà une photographe renommée, l’une des figures les plus prometteuses de l’avant-garde parisienne autour des surréalistes André Breton, Brassaï et Man Ray. Son admiration pour le génie de Picasso et la relation qu’elle entretenait avec le maître eurent peu à peu raison de son espoir de grandir à ses côtés en tant qu’artiste. Anéantie, elle plongea dans le silence et l’ombre.

Dans un journal fictif, Slavenka Drakuli prête à Dora Maar sa voix, laisse parler celle qui avait décidé de se taire, qui avait sacrifié sa carrière et qui, plus tard, avait subi les expérimentations de la psychiatrie de l’époque. Tout en dressant le portrait tragique d’une femme et artiste extraordinaire, l’auteure peint aussi l’image haute en couleur du Paris artistique des années 1930.

L’avis de Laure :

Cette parution aux éditions Charleston ne m’attirait pas forcément de prime abord. Les thématiques sont assez éloignées de ce que j’ai l’habitude de lire. Mais parfois, sortir de sa zone de confort est intéressant et permet de belles découvertes alors j’ai débuté ce court roman en me disant « pourquoi pas ? ».

D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un roman ? L’auteure romance la vie de Dora Maar, imaginant un carnet qu’elle aurait écrit et dans lequel elle parlerait de sa relation avec Picasso. Dora Maar a déjà inspiré d’autres auteurs qui lui ont prêté leur voix. Ici Slavenka Drakulic débute lors de l’enfance d’Henriette Dora Markovitch, de son vrai nom. Une enfance que j’ai vraiment aimé découvrir pour suivre les événements qui ont fait d’elle la femme qu’elle est.

Avant sa rencontre avec Picasso, c’est une femme relativement libre pour son temps, passionnée par la photo. Et douée. Et puis, elle rencontre la bande qui suit Picasso puis le peintre lui même, de 25 ans son aîné. Un homme dont je ne connaissais rien et dont je découvre ici, l’image sombre. Jamais fidèle, se servant des gens pour ce qu’ils peuvent lui apporter, sans état d’âme.

Je l’aime autant que je le méprise. L’homme est pitoyable, immoral, avare, méchant. L’artiste est un génie que j’admire.

A ce stade du récit, tout tourne alors en boucle sur la femme que Dora est et devient dans sa relation à Picasso. Elle perd son individualité, arrête la photo, consacrant son temps au peintre, posant pour lui, soutenant son œuvre encore et toujours. Exit la femme libre et son talent. Bonjour la femme soumise, supportant tout même le pire. J’étais désolée de lire ça, ce n’est pas ce que j’aime lire dans les destinées de femmes. L’héroïne s’efface derrière l’homme.

Et puis cela va très loin, menant Dora jusqu’aux portes de la folie, elle ne sera plus jamais la même. Même si sa relation avec Picasso cesse, elle est détruite et ne reprendra jamais le cours de sa vie. Quelle tristesse !

Ma notation :

Au final, je ressors déçue de cette lecture, je n’ai pas eu d’intérêt pour les nombreux personnages rencontrés car ce n’est pas ma tasse de thé, je ne connaissais pas Dora Maar avant de lire ce roman. Et je suis surtout peinée par l’image bien triste de cette femme, brisée par la volonté et le plaisir personnel d’un homme. Je pense que cette lecture se destine plutôt à des personnes avides d’en savoir plus sur le courant artistique de l’époque et ses grandes figures. Pour ma part, je n’étais pas la cible.