Archives pour la catégorie Lectrice Charleston 2020

Dora Maar et le minotaure, Slavenka Drakulic

Quatrième de couverture :

Le tableau « Dora et le Minotaure » montre un homme avec une tête de taureau qui se penche sur une femme, l’accueillant, les membres bizarrement tordus. Picasso nous parle de la bestialité de l’homme. Mais dans la vraie vie, comme la grande auteure croate Slavenka Drakulic le relate dans son roman, c’était le maître lui-même qui détruisait la vie des femmes, notamment celle de Dora Maar.

Dora Maar, née à Paris en 1907, a grandi à Buenos Aires, où son père croate travaillait en tant qu’architecte. Quand elle rencontra Picasso, d’un quart de siècle son aîné, elle était déjà une photographe renommée, l’une des figures les plus prometteuses de l’avant-garde parisienne autour des surréalistes André Breton, Brassaï et Man Ray. Son admiration pour le génie de Picasso et la relation qu’elle entretenait avec le maître eurent peu à peu raison de son espoir de grandir à ses côtés en tant qu’artiste. Anéantie, elle plongea dans le silence et l’ombre.

Dans un journal fictif, Slavenka Drakuli prête à Dora Maar sa voix, laisse parler celle qui avait décidé de se taire, qui avait sacrifié sa carrière et qui, plus tard, avait subi les expérimentations de la psychiatrie de l’époque. Tout en dressant le portrait tragique d’une femme et artiste extraordinaire, l’auteure peint aussi l’image haute en couleur du Paris artistique des années 1930.

L’avis de Laure :

Cette parution aux éditions Charleston ne m’attirait pas forcément de prime abord. Les thématiques sont assez éloignées de ce que j’ai l’habitude de lire. Mais parfois, sortir de sa zone de confort est intéressant et permet de belles découvertes alors j’ai débuté ce court roman en me disant « pourquoi pas ? ».

D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un roman ? L’auteure romance la vie de Dora Maar, imaginant un carnet qu’elle aurait écrit et dans lequel elle parlerait de sa relation avec Picasso. Dora Maar a déjà inspiré d’autres auteurs qui lui ont prêté leur voix. Ici Slavenka Drakulic débute lors de l’enfance d’Henriette Dora Markovitch, de son vrai nom. Une enfance que j’ai vraiment aimé découvrir pour suivre les événements qui ont fait d’elle la femme qu’elle est.

Avant sa rencontre avec Picasso, c’est une femme relativement libre pour son temps, passionnée par la photo. Et douée. Et puis, elle rencontre la bande qui suit Picasso puis le peintre lui même, de 25 ans son aîné. Un homme dont je ne connaissais rien et dont je découvre ici, l’image sombre. Jamais fidèle, se servant des gens pour ce qu’ils peuvent lui apporter, sans état d’âme.

Je l’aime autant que je le méprise. L’homme est pitoyable, immoral, avare, méchant. L’artiste est un génie que j’admire.

A ce stade du récit, tout tourne alors en boucle sur la femme que Dora est et devient dans sa relation à Picasso. Elle perd son individualité, arrête la photo, consacrant son temps au peintre, posant pour lui, soutenant son œuvre encore et toujours. Exit la femme libre et son talent. Bonjour la femme soumise, supportant tout même le pire. J’étais désolée de lire ça, ce n’est pas ce que j’aime lire dans les destinées de femmes. L’héroïne s’efface derrière l’homme.

Et puis cela va très loin, menant Dora jusqu’aux portes de la folie, elle ne sera plus jamais la même. Même si sa relation avec Picasso cesse, elle est détruite et ne reprendra jamais le cours de sa vie. Quelle tristesse !

Ma notation :

Au final, je ressors déçue de cette lecture, je n’ai pas eu d’intérêt pour les nombreux personnages rencontrés car ce n’est pas ma tasse de thé, je ne connaissais pas Dora Maar avant de lire ce roman. Et je suis surtout peinée par l’image bien triste de cette femme, brisée par la volonté et le plaisir personnel d’un homme. Je pense que cette lecture se destine plutôt à des personnes avides d’en savoir plus sur le courant artistique de l’époque et ses grandes figures. Pour ma part, je n’étais pas la cible.

La chambre aux papillons, Lucinda Riley

Quatrième de couverture :

Dans la campagne du Suffolk, Admiral House trône. C’est la maison de famille de Posy Montague. A près de 70 ans, cette dernière se prépare à se séparer de cette demeure qui a abrité ses plus grandes joies et ses plus grandes peines, laissant doucement derrière elle les grandes passions de la vie. Mais la réapparition soudaine d’un amour de jeunesse et des secrets qui y sont liés à jamais, va tout bouleverser.

Une captivante fresque multigénérationnelle, combinant personnages inoubliables et secrets déchirants, comme Lucinda Riley en a fait sa spécialité.

L’avis de Laure :

Lucinda Riley m’a captivée ces derniers mois avec la découverte de sa saga des 7 sœurs. Son talent la classe désormais au rang de mes auteures préférées et je sais déjà que je lirai tout ce qu’elle pourra écrire à l’avenir. Je me suis laissée emporter dans sa chambre aux papillons sans même lire le résumé, juste prête à savourer le voyage.

Ce roman est encore une fois une réussite, une fresque familiale dont j’ai aimé suivre la destinée de chaque membre, la famille de Posy et la demeure d’Admiral House ont pris vie sous mes yeux pour 500 pages pleines de rebondissements.

Ce qui m’a particulièrement charmée ici c’est comme on passe de l’histoire d’un personnage à l’autre avec fluidité, nous attachant peu à peu à chacun d’entre eux et priant pour que les événements plus sombres ne les atteignent pas de trop. Si j’ai eu moins d’affinités avec la Posy plus jeune, j’ai eu beaucoup d’empathie pour la grand mère présente et aimante, lucide et généreuse aussi. Elle n’a pas eu une vie facile et, le jour où elle se décide à tirer la page Admiral House, sa grande maison bien trop chère à entretenir, ne s’annonce pas forcément évident.

On va suivre également ses deux fils, l’un brocanteur ayant fait fortune en Australie revient justement s’installer en Angleterre quand l’aîné va vite nous agacer dans ses prétendues affaires qui ne font toutes qu’échouer. J’ai vite détesté cet homme égocentrique qui laisse sa femme et ses 2 enfants vivre dans la misère.

Le début du roman révèle moins de surprises que je n’en ai eu l’habitude avec Lucinda Riley, j’ai vu venir bon nombre de liens qui vont unir les différents personnages. Heureusement, les nombreuses révélations qui vont émailler la suite du récit m’ont une fois de plus captivée. C’est tout Lucinda Riley, des secrets, des rebondissements et beaucoup d’émotions qui vont nous permettre de suivre chaque personnage jusqu’à un avenir plus heureux. J’ai encore une fois refermé le livre avec une certaine tristesse de laisser ces personnages qui m’avaient accompagnée pendant quelques jours comme des amis.

Ma notation :

Un beau roman, comme toujours avec Lucinda Riley.

Les filles de la villa aux étoffes, Anne Jacobs

Quatrième de couverture :

Augsbourg 1916. La villa aux étoffes est devenue un hôpital où les femmes de la famille aident les blessés.

Marie est à présent mariée à Paul Melzer et gère l’usine de tissus. Mais lorsque ce dernier est fait prisonnier de guerre, l’avenir devient plus qu’incertain. L’élégant Ernst von Klippstein fait son apparition pour venir en aide à la jeune femme qui tient entre ses mains le destin des Melzer. De nouveaux drames attendent la famille en cette période de guerre et de doute.

Une saga inoubliable où se mêlent grande et petite histoire.

L’avis de Laure :

Je vous ai parlé en juin du premier tome de ce roman, La villa aux étoffes. Un début de saga historique qui m’avait largement déçue et ennuyée. Alors, je n’étais pas forcément enchantée de repartir dans les 630 pages de ce 2ème tome (sur 3). Et bien devinez quoi ?! J’ai passé un agréable moment, quelle surprise !

On retrouve tous les personnages de la villa aussi bien du côté de la famille que de ses serviteurs. Les 3 enfants sont mariés et on va suivre leurs vies de couple respectives, certaines très douces et pleines d’amour et d’autres un peu plus complexes. Mais le temps n’est pas aux réjouissances car la première guerre mondiale arrive et va mettre à mal le quotidien de tous. L’usine de tissus familiale va être soumise à rude épreuve, les matières premières n’arrivent plus et il devient donc très vite impossible de continuer à faire travailler les employés. Les hommes partent les uns après les autres et les femmes se retrouvent presque seules à devoir tout faire tourner. Elles essaient, elles aussi, de s’engager dans l’effort de guerre, gardant également leurs pensées pour ces hommes au loin qu’elles espèrent voir revenir vite et entiers. Contre l’avis de son mari, Alicia Metzler va alors accepter d’accueillir au sein de la villa un hôpital militaire.

Sur 630 pages cette fois, je ne me suis pas ennuyée. La dynamique d’événements qui touche les uns et les autres est beaucoup plus captivante. J’ai aimé le contexte historique, celui de cette première guerre mondiale qu’on lit souvent. Mais ici on a le point de vue allemand, celui des perdants qui devront se relever une fois l’armistice de 1918 arrivé. C’est intéressant de découvrir l’autre facette de la guerre, vécue du côté allemand, de ne pas se focaliser seulement sur les soldats français car les allemands ont bien évidemment été aussi lourdement touchés. Les difficultés d’approvisionnement, la survie permanente que devient le quotidien pour les familles est fort présent aussi ici. J’ai aimé lire comme tous se serrent les coudes. La famille n’oublie pas ses domestiques, même en ces temps difficiles et j’ai eu une belle image de cette famille et du dévouement de chacun.

J’ai adoré la force de Marie, elle qui pourtant aura tant de mal à accepter de savoir son cher Paul si loin d’elle. Marie mais également Kitty et Elisabeth vont toutes les 3 accomplir de belles choses, toujours soudées, unies et aidantes les unes pour les autres. Leur unité était très belle à lire. Et puis le récit fait aussi la part belle au vécu des domestiques, les deux points de vue alternent et se répondent pour nous livrer un roman très complet.

En bref, c’est une agréable surprise pour moi. Ce pavé est dense, rythmé, documenté sur les faits historiques et le contexte de vie des allemands à cette époque. Les nombreux personnages présents amènent chacun leur pierre à un édifice qui nous livre un agréable moment d’immersion.

Ma notation :

Une suite de saga qui m’a largement plus convaincue que le premier tome !

Et nous danserons sous les flocons, Clarisse Sabard

Quatrième de couverture :

Après des années d’absence, Valentine est de retour à Vallenot, le village de son enfance qu’elle a quitté très jeune pour se marier. Un mariage pour lequel elle a sacrifié toutes ses propres aspirations, obnubilée par l’idée de construire une famille, loin du schéma familial qu’elle a connu, de sa mère et sa grand-mère qui ont élevés leurs enfants seules. Mais c’est bien seule que Valentine revient aujourd’hui, ou plutôt, uniquement accompagnée de son fils adolescent, car le mari, lui, a préféré continuer sa route avec une autre…. En cette période de fêtes, elle va croiser le chemin d’un Anglais récemment installé au village, de Rémi, qu’elle n’avait pas vu depuis des années… et d’une vieille photo représentant un beau jeune homme marocain, qui aurait vécu à Vallenot dans les années 50/60, avant de disparaître du jour au lendemain…

L’avis de Laure :

Ces deux dernières années, j’ai savouré le roman de Noël de Clarisse Sabard comme un joli rendez-vous qu’on sait prometteur, chaleureux et plein d’humour. Cette année, c’est en avant première en août que j’ai pu commencer à m’immerger dans la magie de Noël.

Retour à Vallenot dont j’ai si bien gardé les images en tête mais avec d’autres personnages. Cette fois, c’est Valentine qui revient s’installer dans le village de son enfance. Valentine dont j’ai eu immédiatement pitié avec la claque magistrale qu’elle se prend sans l’avoir vue venir dans le prologue. Valentine, fraîchement divorcée et absolument pas prête à refaire confiance à un homme.

Et pourtant, dans ce petit village, en une scène c’est deux hommes qui semblent parfaits tous tous rapports qu’elle va avoir l’occasion de rencontrer. Deux hommes qui vont animer le roman par les divers événements que Valentine va vivre à leurs côtés. La jeune femme sera bien occupée aussi avec les préparatifs de Noël auprès de sa famille. Elle va tenter de rabibocher ses 2 sœurs jumelles, brouillées depuis des années pour un motif qu’elle ne connait pas tout en essayant de trouver des réponses au passé de sa grand mère. Pourquoi Constance n’a-t-elle jamais révélé qui était le père de sa fille ? Est-ce qu’elles vont enfin pouvoir découvrir, des dizaines d’années après, qui il était ?

Les pages défilent, comme toujours avec Clarisse Sabard. Secret de famille, esprit de Noël, romance, humour et scènes dignes d’une comédie (pas toujours) romantique, tout y est pour passer un délicieux moment. Si vous avez lu comme moi les deux précédents romans se passant à Vallenot, vous apprécierez le retour dans ce village où vous croiserez de nouveau Léna et Clément (et bien d’autres). Si vous avez envie de rigoler ? C’est le bon livre ! Si vous avez envie de flocons, de chorale de Noël et de cadeaux ? C’est encore le bon livre ! Si votre âme romantique a envie d’une jolie histoire d’amour ? Oh il se pourrait que ce soit encore une fois bonne pioche ! Et si vous ne savez pas résister au talent de Clarisse Sabard pour les secrets de famille, il vous faudra forcément le lire.

Ma notation : 

Un moment tout doux entre les flocons, le talent de Clarisse et tout ce qu’on aime trouver dans ses livres est toujours là.

Les étoiles brillent plus fort en hiver, Sophie Jomain

Quatrième de couverture :

Aux Galeries Hartmann, les Féeries sont le plus gros événement de l’année. Alors, quand sept jours avant leur lancement, le nouveau directeur exige que la décoration de Noël soit intégralement refaite, le sang d’Agathe ne fait qu’un tour : personne ne touchera à son travail, et surtout pas cet arriviste arrogant. Mais le grand magasin est désormais sous la responsabilité d’Alexandre Hartmann, et aussi talentueuse que soit Agathe Murano, c’est avec lui qu’elle devra traiter. Lui et personne d’autre.

Ces deux-là auraient préféré ne jamais se rencontrer, mais puisqu’un père Noël et son chat magique viennent d’être embauchés pour exaucer les souhaits, puisque les guirlandes scintillent et que l’air embaume la cannelle et le pain d’épices, tout devient possible…

L’avis de Laure :

Je n’ai jamais jusqu’à cette année eu une attirance particulière pour les romances de Noël mais cette année, allez savoir, les titres que je vois passer me font quasiment tous envie. Avec celle-ci, j’étais ravie de retrouver Sophie Jomain dont j’avais déjà apprécié mes précédentes lectures.

Vous connaissez ces lectures que vous reposez parce qu’il est l’heure ? de dormir, d’aller travailler, de faire à manger etc. On aimerait ne pas avoir ces contraintes de la vie et rester absorbés dans notre livre. En lisant Les étoiles brillent plus fort en hiver, le sourire me venait chaque fois que je finissais ces tâches de ma journée et que je me disais oh chouette je vais pouvoir reprendre ma lecture. C’est simple, ce roman est un régal !

J’ai tout adoré, l’ambiance de Noël dans laquelle nous plonge Sophie Jomain est magique. Au cœur des galeries Harmann, Agathe officie comme décoratrice et la période de Noël est l’une de celles qui lui donne énormément de travail. Elle a consciencieusement rempli le cahier des charges qui a été prévu avec son patron pour décorer les différents étages du magasin. Mais le patron est décédé il y a quelques mois et son fils, Alexandre,  reprend sa suite avec une volonté différente. C’est simple, il déteste la décoration qui a été mise en place et exige que tout soit refait à seulement quelques jours de Noël !

Entre Agathe et Alexandre, ça va donc chauffer plus d’une fois ! On adore ces brouilles très comiques à lire où chaque partie est si sûre d’elle-même. Et on se doute bien, qu’au-delà de la brouille, les personnages auraient autre chose à se dire. Mais entre un patron et sa salariée, rien n’est si simple.

Sophie Jomain évoque aussi les soucis familiaux de chacun. Pour Agathe, cette période sera bien compliquée avec la réapparition soudaine de sa sœur dont elle élève la fille depuis plusieurs années. Et quand celle-ci exige de reprendre l’autorité parentale de sa fille, la douce ambiance familiale va vite dégénérer. De son côté, Alexandre ne supporte plus tellement le climat familial depuis le décès de son père et ne résistera pas à dire ses quatre vérités à sa mère.

Comme je vous le disais, je me suis régalée avec cette lecture car tout y est. L’ambiance magique de Noël, fortement soutenue par la présence au sein des galeries Hartmann d’un père Noël et de son chat qui réalise vos vœux ! La comédie et ses rocambolesques péripéties qui rendent les chapitres addictif. L’esprit de famille, les galères et l’amour de ses proches. Et bien sûr, last but not least, la romance évidente mais dont on se dit « mais enfin quand est-ce qu’ils vont succomber?! ». Tous les ingrédients sont réunis pour une recette réussie et signée Sophie Jomain. Du régal au coup de cœur, il n’y a qu’un pas !

Ma notation :

Coup de cœur ! Encore, encore des comédies de Noël aussi délicieuses !