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Rencontre avec Stanislas, L’atelier du coin plissé

Audrey vous a déjà parlé de Stanislas il y a quelques semaines. J’ai à mon tour reçu la très belle réalisation qu’il a conçue pour moi et ai proposé à Stanislas un jeu de questions réponses pour en savoir plus sur son métier, son entreprise et son propre amour des livres.

Bien évidemment, j’en profite également pour vous montrer le très beau livre relié qui a rejoint les rayonnages de ma bibliothèque.

J’ai choisi de faire relier le roman de Gilles Legardinier, Le premier miracle, qui a été un coup de cœur que je garde encore précieusement en tête. En 2019, j’ai également eu la chance de rencontrer l’homme qui se cache derrière l’auteur, un homme gentil et généreux en toute chose, une rencontre que je ne suis pas prête d’oublier. J’espère avoir la possibilité dans les années à venir de retourner le voir en dédicace avec cet exemplaire relié unique de son roman. Je ne doute pas qu’il sera particulièrement attaché au travail réalisé par Stanislas. Et promis, je vous en reparlerai !

Voici maintenant l’occasion d’en savoir un peu plus sur Stanislas et son Atelier du coin plissé.

1) Bonjour Stanislas, est-ce que vous pouvez vous présenter à ceux qui ne vous connaissent pas ? Qui êtes vous et d’où venez-vous ?

Bonjour Laure, alors je suis relieur depuis 10 ans, j’ai 36 ans depuis quelques jours . Je viens de Lorraine et plus précisément de la Meuse. La reliure, pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, c’est l’art de lier ensemble les pages d’un livre par une couture et de couvrir ce
tout, pour qu’il soit propice à la lecture et à la conservation. Et comme l’être humain est un être sensible il y a toujours dans cet artisanat, comme dans tout autre, une part d’esthétisme.

2) Comment définissez vous votre métier : artisan, artisan relieur ? Il y a un nom spécifique ?

Moi je dis toujours que je suis relieur. La reliure fait parti des métiers d’art, je ne sais pas exactement ce que ça veut dire, mais pour ma part je me sens vraiment artisan. C’est un savoir faire, un plaisir des sens et de la matière à transformer (que ce soit le cuir, le papier ou le livre en lui même), tout un univers que je mets au service des autres. J’ai plus de satisfaction à travailler pour un client qu’à créer pour moi, c’est ce qui fait, je pense, que je
suis avant tout un artisan.

Il y a un très beau livre, que je vous conseille, qui met bien plus de mots que moi sur tout ça. Il lie le « faire », le « ressenti » et la « pensée » à travers son expérience du métier de charpentier. Dans ce livre l’auteur met ses études de philosophie de coté et part faire les compagnons du devoir. Ça se lit facilement et avec beaucoup d’émotion. Le titre du livre c’est La vie solide et c’est écrit par Arthur Lochmann.

Détail intérieur de la reliure, mes initiales
Détail intérieur de la reliure, mes initiales

3) Comment en êtes vous venu à exercer ce métier ? Quelles études ou formation avez-vous réalisé ? Et ensuite, comment s’est passée l’étape de création de L’atelier du coin plissé ?

Comment j’en suis venu au métier de relieur… ? C’est une longue histoire que je ne raconte pas très bien, du coup je vais essayer de faire vite.
C’est venu d’abord de la découverte de la lecture qui m’a ouvert sur une réalité extérieur autre que celles des sciences (qui était mon cursus lycéen), une réalité émotionnelle et sociale. S’en est suivie une véritable passion des mots, du rêve et de l’envie de changer le monde.
Une chose en entrainant une autre, quelques déboires dans les études, mon goût prononcé pour les grands classiques et par la même des vieux livres, j’en suis venu à faire un stage de reliure dans les Vosges, pour devenir libraire de livres anciens. Et finalement je me suis tellement retrouvé dans ce stage que je suis resté sur la reliure.
Ensuite j’ai travaillé 3ans pour bénéficier d’un FONGECIF (qui est une aide à la formation) et j’ai passé un Cap, en un an, en art de la reliure aux Ateliers d’Or en Bourgogne. Une belle année, avec une super ambiance entre camarades, dans la petite ville pleine de charme qu’est Semur-en-Auxois. Et me voilà relieur en 2010. Je pars pour Paris.

L’atelier du coin plissé est né après mon premier licenciement économique, d’un atelier en banlieue parisienne. J’ai commencé à travailler sur mon projet de reliure pour livre de poche, tout en faisant d’autre petits boulots, mon auto-entreprise était créée. Jusqu’à ce que je retrouve un atelier, dans le 13ème, un an plus tard et que je subisse de nouveau un licenciement économique. Mais dans ce dernier atelier j’ai appris beaucoup sur la rigueur, l’organisation mais aussi humainement avec une équipe où chacun avait sa richesse. C’est
certainement de là que m’est venue l’idée que j’étais capable de vivre de mon atelier (si vous avez l’occasion, allez y ,ils ont une bonne équipe et auront toujours une réponse pour vous aider, Atelier Houdart Paris13). Après ce qui m’a surtout poussé à le faire c’est de regarder autour de moi et mon envie, qui ne m’a pas quitté, de changer le monde, même si c’est pas grand chose, juste pouvoir y participer à travers ce en quoi je crois. Et le projet de l’atelier du coin plissé et de la reliure de livre de poche à pris pleinement sens pour moi.

Parce qu’il me semble que la lecture n’est pas qu’un divertissement. Lire c’est créer une œuvre de lecture. Je pense que tout lecteur à déjà eu cette expérience ineffable, impalpable et pourtant bien là, d’avoir trouvé dans une lecture les mots qu’il aurait aimé être les siens et qui par là le deviennent, de ressentir un sentiment inépuisable et nouveau,
alors qu’il était déjà là en nous. Toutes ces expériences de lectures sont un aller vers soi, et aller vers soi je pense que c’est le début pour accepter l’autre et s’ouvrir à l’imagination, l’observation et le rêve.
L’acte de la reliure, pour moi, c’est d’abord de conscientiser tout ça dans la recherche du livre qu’on a envie de faire relier et enfin de le matérialiser, de le faire exister, pour soi et aux yeux de tous, et de le faire durer. Voilà ce qui a donné vie à mon atelier.

4) J’imagine que vous êtes comme nous un grand amoureux des livres. Alors, si vous deviez n’emporter que 3 livres sur une île déserte, quels seraient-ils ?

Si je devais n’emporter que 3 livres sur une île déserte, j’en choisirai trois qui puissent à chaque lecture se renouveler. Je prendrais donc :

  • Féerie pour une autre fois de Céline, surtout pour sa deuxième partie « Normance », qui décrit une nuit de bombardement avec sa femme Lili dans un immeuble parisien. C’est une vrai symphonie, ce livre, à tel point qu’il y a même un chef d’orchestre qui est son voisin d’en face et qu’il déteste. Et parce qu’il y a dans l’écriture de Céline un rythme, un champ et une langue dont je ne me lasse pas et qui s’améliore de lecture
    en lecture.
  • Les yeux bleus et cheveux noirs de Marguerite Duras. Il y a chez Duras un génie du vide, du non dit et du flou qui rend la lecture foisonnante et profonde. Avec rien elle dit tout. A l’inverse du génie de Proust qui donne une vision macroscopique des choses avec une douceur et une netteté inégalée, Duras c’est dans le flou autour d’un banal détail de la vie courante que toute la poésie, les émotions et la réflexion se créent. Elle est pour moi l’auteur qui parle le mieux d’amour. Pourquoi ce titre et pas un autre ? parce que c’est le premier livre que j’ai lu d’elle et qu’il a, du coup, une place particulière pour moi. @Loupbouquin a fait un post sur « Emily L. », un livre de Marguerite Duras, où, je trouve, qu’elle décrit magnifiquement son écriture et ce qu’elle nous inspire.
  • Et pour finir, je prendrais La poétique de la rêverie de Gaston Bachelard. Gaston Bachelard est un philosophe des sciences le jour et un philosophe de la poésie la nuit. Dans cet essai il va tenter par la phénoménologie de déterminer l’origine des images poétiques dans une réalité qui leur est propre, en dehors d’un inconscient ou d’une subjectivité. Et pour y arriver il va se référer à des philosophes, des psychanalystes mais surtout il va traquer l’image poétique dans des extraits de poésies. C’est merveilleux à lire, même si je ne comprends pas tout, rien que son écriture et la façon dont il mène son expérience sont superbes à lire. Je pense que j’aurais toujours des choses à découvrir dans ce livre et dans ses autres écrits aussi d’ailleurs.5) Quels sont les plus jolis projets que vous avez réalisés jusqu’à présent ? Et parmi ceux à venir, qu’est ce que vous avez envie de réaliser ?Le plus jolis projet que j’ai réalisé jusqu’ici, je ne sais pas trop. Mais le livre qui m’ait le plus marqué et sur lequel j’ai travaillé c’est un tapuscrit de Boris Vian de J’irai cracher sur vos tombes, pour la BNF. C’est un auteur que j’adore depuis longtemps et se retrouver devant ses pages et se l’imaginer lui derrière la machine à écrire, que ces feuilles sont les siennes, ça m’a fait quelque chose que je n’avais jamais ressenti avant. Inconsciemment, j’ai tendance à mettre de la distance entre un auteur, son livre et moi. Là je sais pas pourquoi mais ça m’a fait quelque chose d’avoir « ses » feuilles entre « mes » mains et de les lire.

    Et pour les projets avenir que j’ai envie de réaliser, il y en a un surtout qui me trotte dans la tête depuis le premier confinement. J’aimerais créer une librairie ambulante avec un conteur.se et un bar-café, qui passerait dans les villages éloignés des libraires, pour apporter de la vie, des échanges et du rêve. J’ai l’impression que c’est
    dans les campagnes que le monde d’aujourd’hui pourrait se réinventer. Pour l’instant ce n’est que à l’étape d’idée mais je pense qu’il y a de quoi faire.

 

Si le travail de cet artisan vous a plu, que vous avez envie de réaliser à votre tour un projet pour vous ou pour offrir à l’un de vos proches, n’hésitez pas à contacter Stanislas, il est très disponible et pourra réaliser vos idées, même si ce ne sont pas des choses qu’il a déjà présentées dans sa boutique, n’hésitez pas à lui en faire la demande !

Atelier du coin plissé

Un article un peu différent aujourd’hui, car il ne s’agit pas de vous parler de la lecture d’un roman mais de vous présenter un artisan, amoureux des livres et de la littérature.

Stanislas est relieur. Et pour apporter une touche moderne à son travail, il a créé une reliure « pop », afin d’habiller et de sublimer les livres en format poche. Une façon de donner une nouvelle vie à nos livres préférés et d’en faire des objets à garder ou collectionner.

Alors quand Stanislas nous a proposé de recevoir une reliure « pop » de notre choix, on a réfléchi longuement avec Laure. Il fallait choisir l’un de nos livres coup de cœur. Pour ma part j’ai choisi Le liseur de Bernard Schlinck. Un roman fort et dramatique sur l’amour entre deux personnes que tout oppose. Mais aussi un roman d’amour pour les mots, pour la littérature et un roman sur la Shoah, la culpabilité.

La reliure est personnalisable. Vous pouvez choisir parmi plusieurs coloris de cuir et de nombreuses variantes de titrages. Pour ma part j’ai choisi le Cuir nubuck Griotte et titrage gris Ferreol.

Stanislas peut alors passer aux diverses étapes de de la reliure: couture à la main avec un cousoir, collages des cahiers, massicotage des tranches, pose des plats, de tranche file, de mousseline, de couvrure en cuir, toile, tissu et marquage au pochoir.

Je vous laisse admirer la beauté de sa réalisation. Je suis totalement fan de cette reliure « Pop ». La couleur est très punchy, apportant une belle touche de lumière dans ma bibliothèque. Au toucher le cuir est tout doux. Stanislas a eu la délicate attention de marquer la couverture, d’y apposer une tranche de couleur et d’y apposer mes initiales.

 

Pour un cadeau ou pour vous même, je ne peux que vous conseiller de faire appel à cet artisan Lorrain, disponible et très sympathique. Plus d’infos et contact sur sa boutique.

Prix de l’héroïne engagée

Début octobre, les éditions Charleston nous ont proposé de participer au vote pour la dernière phase du Prix de l’héroïne engagée. Et c’est avec grand plaisir que j’ai accepté de lire les 5 derniers manuscrits en lice pour élire mon préféré.

Je me demandais bien ce qui allait se cacher derrière ce thème d’héroïne engagée, les propositions sont assez variées et ça a été vraiment chouette de découvrir les manuscrits.

Avec mes copines Lectrices Charleston 2020, nous avons prolongé le partage de notre année de lectrices en choisissant de lire les 5 manuscrits dans le même ordre pour pouvoir échanger nos impressions sur chaque lecture.

La première lecture a été celle dont le titre m’inspirait le plus, je le trouvais joli et intrigant. Et j’ai alors plongé dans une lecture qui m’a vraiment beaucoup plu. Un titre avec des héroïnes fort originales, qui sont assez uniques si on les compare aux autres héroïnes dont on a l’habitude chez Charleston. Des personnages ayant un passé très émouvant et un message engagé qui est clairement en accord avec le thème du prix. Un roman qui avait totalement sa place en finale et donc une première très belle surprise pour attaquer les 5 lectures.

Le second roman a mis en scène différents personnages, là aussi dans des situations de vie un peu critiques et au cœur, nous avons cette toute petite fille de 5 ans qui ne peut qu’inspirer la pitié tant elle subit un environnement de vie délétère. Des liens se mettent peu à peu en place et on progresse dans l’histoire vers une vie plus douce pour chacun. Le roman a alors une finalité que je n’avais pas vue venir mais qui m’a un peu déçue. J’ai trouvé le message engagé du roman un peu plus lointain sur ce titre.

La troisième lecture m’a menée dans une de mes thématiques de prédilection avec une part historique au récit et une contemporaine. Le message engagé est présent dans les deux parts et on ressent alors à quel point l’engagement est nécessaire à chaque époque, il y a toujours nécessité de se battre pour un sujet ou un autre. Néanmoins, dès le départ j’ai moins accroché à la lecture de ce titre, le style m’a moins touchée et j’ai trouvé que les différentes histoires en une me semblaient un peu lointaines à lire, je me suis parfois perdue dans le récit, ayant du mal à faire le lien entre les histoires et les personnages. L’idée du roman était vraiment sympa mais la structure m’a un peu perdue, j’ai eu du mal à suivre.

Le quatrième manuscrit n’a pas su me convaincre et  je l’ai abandonné après un tiers. Je ne voyais pas du tout vers quoi on allait, l’impression de tourner en rond et le côté engagé du roman n’y était pas à mon goût.

Et enfin le dernier a été plaisant à lire, avec un mystère qui nous donne envie de savoir de quoi il va être question car l’auteure nous met sur une piste dont on se doute bien qu’elle n’est pas la bonne. Je n’ai pas été surprise par la révélation finale car j’avais décrypté les indices qu’elle donne et avais donc deviné ce qui était arrivé à l’héroïne. Mais je ne me suis vraiment pas attachée à l’héroïne, elle m’a même été totalement antipathique et du coup je n’ai pas suffisamment adhéré à l’histoire pour ces raisons.

Les éditions Charleston ont annoncé le lauréat il y a 2 jours et j’ai été ravie de savoir que c’était mon chouchou qui avait gagné. Il s’agit du roman Filles du vent de Mathilde Faure. J’ai hâte que vous puissiez découvrir ce titre à votre tour.

Et puis, surprise, un second roman sera également édité. Il s’agit de Un jour de plus de ton absence de Mélusine Huguet que certains d’entre vous connaissent sous la blogueuse et instagrameuse Carnet Parisien.

Ces deux romans vont très vite arriver en librairie puisqu’ils sont annoncés pour début d’année 2021. On en reparlera le moment venu !

Pile à lire de Noël

Je vous partage habituellement chaque début de mois ma pile à lire du mois. Et puis là, même si j’ai programmé mes prochaines lectures comme je le fais chaque fois, j’ai eu envie de proposer autre chose. Ca fait déjà un petit peu que je vous parle lectures de Noël. Je prévoyais d’attendre début novembre pour aller racheter des titres car certains sortiront dans quelques jours. Mais, nouveau confinement oblige, j’y suis allée dans l’urgence jeudi (j’avais assez de pâtes et de PQ en stock, comprenez !)

En plus des romans que j’ai déjà chroniqués récemment (retrouvez les sous le #RomandeNoël), voici ceux qui m’attendent sagement à la maison :

  • L’adaptation BD Le conte de Noël de Charles Dickens
  • L’accro du shopping fête Noël de Sophie Kinsella
  • La surprise de Noël de Debbie Macomber
  • Joyeux Noël et laisse-moi tranquille d’Eve Borelli
  • Vous prendrez bien un dessert ? de Sophie Henrionnet
  • Noël actually, le traditionnel recueil de nouvelles de la Team RomCom
  • Les oubliés de Noël de Manon Kaljar
  • Les plus belles histoires du temps de Noël de Marc Pasteger
  • All I want for Christmas d’Emily Blaine
  • Le curieux Noël de Mrs Ellison d’Anne Perry

Je n’ai pas laissé tomber pour les sorties de novembre que j’ai commandées en librairie. On verra s’il leur est possible de les livrer malgré tout, auquel cas il est fort possible que ma PAL s’enrichisse donc de quelques titres de plus !

Et vous, est-ce que vous lisez des romans de Noël ? En avez-vous lu certains parmi ma PAL ? Je trouve que ce sont des lectures légères à souhait et en ce moment c’est vraiment une bouffée d’air pur qui nous aident tous beaucoup alors pourquoi s’en priver ?!

Je vais essayer d’alterner lecture de Noël et autre lecture pour pouvoir vous présenter un titre chaque semaine à peu près d’ici Noël. Vous serez au RDV ?

 

Prix Landerneau des lecteurs 2020

 

Cette année j’ai pu intégrer le jury du prix Landerneau des lecteurs, organisé par Leclerc Culture.

Pour la petite anecdote, je n’ai pas d’espace culture Leclerc proche de chez moi, et c’est Laure qui a déposé mon bulletin d’inscription dans son Leclerc de Bretagne. Une candidature déposée à 964 km de chez moi et la chance d’intégrer ce prix. Quand on vous dit qu’on est complémentaire et que l’on forme un binôme en or.

Mi septembre, la sélection est dévoilée. 4 titres choisis parmi les 366 nouveautés françaises de la rentrée littéraire de septembre.

Nous avons un mois pour lire ces 4 romans, et choisir le titre pour lequel nous allons voter. Un groupe Facebook qui réunit les membres du jury nous permet de débattre et d’échanger au fil des lectures. Il est intéressant de constater que chaque personne s’approprie les histoires et les personnages de façon différente. 130 membres du jury y sont inscrits, et autant d’avis et de ressentis.

Difficile de choisir dans quel ordre lire la sélection. J’ai choisi de garder le titre qui m’attirait le plus pour la fin et j’ai donc mis le roman de Véronique Olmi de coté pour m’intéresser d’abord aux 3 autres.

Avec Fille de Camille Laurens, j’ai retrouvé la plume douce et délicate de l’auteure. Un roman sur la place de fille, de femme et de mère. Comment se construire en étant juste une fille. Comment s’affirmer dans un monde d’homme. Le texte est très fluide, on se laisse vite prendre dans ce récit très dynamique. J’ai retrouvé ce que j’avais tant aimé avec Dans ces bras là ou Celle que vous croyez. Un manière de narrer, de décrire et de faire passer tant de sentiments dans des phrases simples et un récit calme, que l’on déguste et apprécie doucement. 

Avec Guillaume Poix, changement d’ambiance : Là d’où je viens a disparu est un roman choral. On part à la rencontre de plusieurs personnages, de plusieurs vies, de plusieurs destinées. On pourrait s’y perdre, ne pas comprendre cette succession de portraits et de chapitres. Puis un thème central apparaît, on comprend, on peut lier les histoires. Un roman à la construction originale et qui valorise l’ensemble. J’ai été touchée par ce roman, dès les premières pages. Je défie quiconque de le lire sans avoir une boule dans la gorge. Un roman qui parle de l’exil, de la fuite, de quête d’identité, de l’immigration. Un roman que je n’aurai surement jamais lu sans ce prix et cela aurait été vraiment dommage de rater ce moment de lecture auquel je pense encore plusieurs jours après avoir refermé le livre.

J’ai ouvert Chavirer avec beaucoup d’appréhension. J’avais vu passer quelques retours sur Instagram, et autant dire que le thème du roman ne m’intéressait pas du tout. Alors oui, l’écriture est très agréable, mais j’ai eu beaucoup de mal à me laisser embarquer dans l’histoire de Cléo. Une fondation de danse, une jeune fille qui se rêve danseuse, des promesses, puis rapidement un piège se ferme sur elle. La construction du roman m’a un peu déstabilisée, j’ai trouvé l’ensemble assez long et par moment je m’y perdais un peu. Puis au risque de me faire huer, ce texte qui surfe sur la vague #metoo, la notion de consentements, de prédation masculine, …. est bien trop loin de ce que j’ai envie de lire.

Avec Les évasion particulières de Véronique Olmi, c’est 3 sœurs qui nous suivons. Les trois filles de la famille Malivieri se dessinent, 3 destinées différentes. On est dans les années 60, c’est l’occasion de nous dépeindre la vie sociale de l’époque, le changement des mœurs, l’émancipation des femmes… On va les suivre pendant 20 ans, témoins des évolutions et des changements. Une vrai saga familiale qui aurait pu être passionnante mais qui ne m’a pas totalement convaincue. J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, question de génération peut-être. 

 

Une sélection 2020 de grande qualité, même si je reproche le fait que 3 romans sont un peu redondants sur leur thème. Logiquement pour moi, qui déteste un peu cette mode du « féminisme » à toutes les sauces, mon choix a été assez facile à faire. Mais ce n’est pas un choix par dépit pour autant.

Avec Là d’où je viens a disparu, Guillaume Poix a arraché un petit bout de mon cœur. Parce que je pense encore à Samuel et Véronique que l’on croise de façon tragique dès le début du roman. Parce que même s’il s’agit d’un roman, je sais que l’auteur s’est inspiré de la vraie vie, de vrai gens et qu’il est difficile d’accepter cela. Parce que ce roman m’a fait frissonner, m’a émue aux larmes, que ce texte est d’une bienveillance et d’une humanité folles et que le lire, contribuera peut-être à changer un peu la vision que l’on a sur ce sujet si compliqué qu’est l’exil. Une magnifique découverte.

Rendez-vous le 14 octobre pour la remise du prix.