Duo lecture : Kinderzimmer, Valentine Goby

Cette semaine, Lunatic et Zelda ont choisi de se plonger ensemble dans la lecture de Kinderzimmer.
Pourquoi ce livre ?

Zelda : Pour plusieurs raisons. Tout d’abord pour le thème de la seconde guerre mondiale et de la déportation, parce que cette période de l’histoire m’intéresse beaucoup et me touche énormément, parce que ces horreurs paraissent débarquer d’un autre monde, mais ces faits sont pourtant si récents et si inhumains.
Ensuite pour le thème de la maternité, par curiosité surtout concernant cet heureux évènement, le plus beau de la vie d’une femme, mais vécu dans des conditions physiques et psychologiques terribles, les plus dures.
Ayant déjà lu Si c’est un homme de Primo Levi et La nuit  d’Eli Wielsel notamment, j’étais aussi intriguée de ce livre racontant l’histoire d’une FEMME en camp de concentration.
Lunatic : Quand Zelda a proposé qu’on lise en binôme Kinderzimmer, j’ai dit oui de suite. Je venais juste de le recevoir et j’avais souvent vu ce roman au fil des blogs, revues littéraire, critique de presse.
J’ai lu beaucoup de romans sur le thème de la déportation, c’est un sujet qui m’intéresse, donc forcément ce livre m’avait intriguée.
La couverture 
Lunatic : La couverture est simple. Un simple berceau. Ça suffit. Ce livre n’aurait pas justifié une couverture coloré, attrayante. Il fallait quelque chose de sobre..
Zelda : Cette couverture est choisie également avec soin. Un couffin, signe de vie qui débute et de bonheur, seul au milieu d’un champ, dans le brouillard. Comme un avenir brouillé et incertain sous ce ciel sombre, mais l’espoir, toujours, avec ce temps plus clair au loin.
La quatrième de couverture :
“Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c’est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D’accord ?
– Je ne sais pas.
– Si tu dis oui c’est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.
Mila se retourne :
– Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux ?
– La même chose que toi. Une raison de vivre.”
En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.
Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.
Après lecture :
Lunatic : J’ai refermé ce livre hier soir : Un soupir, un frisson. D’ailleurs, on le referme, mais on reste dedans, on ne se sépare comme ça de Mila, de son enfant, de ses femmes. Il va me falloir quelques jours pour m’en séparer je pense…
J’ai lu ce livre en 2 jours. Il est bref (218 pages mais le format Acte Sud est très étroit donc peu de pages finalement) mais j’ai ressenti le besoin à plusieurs moment pendant ma lecture de m’arrêter, comme pour me protéger de toute cette violence, de ces mots si tranchants. Puis ce roman demande une totale attention, on ne peut pas se permettre d’être coupé par des attentions extérieures je trouve (télé, conjoint, bruit des voisins..). J’avais besoin d’un silence total, comme pour respecter au mieux ce dur récit.
L’écriture est très différente de ce que j’ai l’habitude de lire. Les phrases sont courtes, rapides, concises. Presque un style télégraphique je trouve. Une succession de phrases, de faits, comme pour accentuer le récit, la souffrance.
Le récit est dur, forcément sur le thème de la déportation, de l’extermination… mais bien plus dur que d’autres romans sur ce thème je trouve..
Certains détails sont troublants, on en viendrait presque à sentir ces odeurs décrites, à ressentir avec Mila ce froid, ces douleurs.
En même temps, j’ai trouvé que tout était décrit de façon très froide, avec beaucoup de distance, de façon « clinique » presque.
Vu le sujet, on ne peut pas parler de belle lecture. C’est une lecture qui marque. Ce roman touche, m’a mise une sacrée claque.
Je ne conseillerai pas forcément sa lecture, car ce n’est pas une lecture plaisante.. Cette lecture est comme un cri, un récit d’horreur (mais de vie aussi, de liberté…)
Je me demande comment on peut écrire sur ce sujet sans témoigner, mais en inventant l’histoire finalement. Il faut un travail de documentation énorme je suppose. Puis en écrivant ce type de récit, on ne doit pas en sortir indemne quand même, on doit vivre son roman, vivre ses personnages.
Zelda : Une lecture qui marque et perturbe, tant par le thème que la forme. Écrit de façon lapidaire, avec des phrases courtes, concises mais tellement fortes de sens et de sentiments.
Ce livre est dur, très dur, il raconte l’histoire de Mila, une jeune femme naïve, un peu perdue et qui plus est enceinte lorsqu’elle est arrêtée et déportée dans un camp de concentration. 
Impossible d’en sortir indemne tant ce roman est poignant, de vérité et de souffrance. Des mots choisis avec minutie où chaque propos est pesé et réfléchi. On sent une réelle volonté de l’auteur de nous imprégner au mieux de cet enfer. Et c’est plus que réussi. On perçoit les sons, les cris, les pleurs. On voit l’horreur, la famine, la violence. On vit avec toutes ces femmes la souffrance, la peur, l’angoisse. On sent l’insoutenable odeur des cadavres entassés qui pourrissent et des maladies qui pullulent. Il y a aussi de la proximité, imposée avec ces milliers de femmes dans les mêmes blocks, mais aussi recherchée, à cause du froid, de la peur, de la solitude. Beaucoup de désespoir mais aussi une lueur d’espoir. Cet enfant à naître. Pour qui il faut survivre, qu’il faudra nourrir et protéger pour qu’à son tour il vive et sorte de cet enfer. Il y a aussi une touche de solidarité entre ces femmes au numéro tatoué, ces cœurs meurtris réduits à de simples numéros.
Je ne regrette pas d’avoir plongé dans ce livre que je ne suis pas prête d’oublier, mais il m’a fallu des pauses et des moments de répits pour digérer l’indigérable et supporter l’insupportable.
Je vous le conseille forcément si vous aimez l’histoire et notamment cette période de l’histoire, mais attention, ce roman n’est pas facile… Les cœurs fragiles/sensibles du moment s’abstenir.
Si vous avez envie de faire une lecture en duo, n’hésitez pas, nous en ferons régulièrement en tenant compte de vos envies de lectures et les duos évolueront d’une fois sur l’autre. Faites nous un petit mail en nous disant ce que vous auriez envie de lire.
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9 réflexions sur “Duo lecture : Kinderzimmer, Valentine Goby

  1. Voilà donc ma 1ère participation à ton blog et je suis ravie de cette lecture en duo 🙂
    Bravo pour ton travail, et pourquoi pas participer à d'autres lectures communes. Bises

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  2. Merci les filles !
    Valentine Goby, je l'ai rencontrée il y a quelques années (à ses débuts) et c'est une super chouette nana, dynamique, rigolote et pleine de vie.
    Je pense lire son dernier…

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  3. Elle aurait écrit un roman sur les faiseuses d'anges, l'avortement: « Qui touche à mon corps je le tue ».. J'aurai envie de le lire, mais pas sûre de pouvoir le lire par rapport au sujet traité!

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